Orazio Puglisi

Le beau ! Quoi d'autre ?

Christoph Willibald Gluck

Image d’en-tête : Camille Corot, Orphée ramenant Eurydice des Enfers, 1861, Houston, Museum of Fine Arts (Wikimedia Commons, Public domain)

Christoph Willibald Gluck (1714-1787), le réformateur de l’opéra

Fils d’un garde forestier de Bavière devenu le favori de Marie-Antoinette, Christoph Willibald Gluck (1714-1787) a révolutionné l’opéra. Contre les excès des chanteurs virtuoses et des intrigues compliquées, il a voulu une « belle simplicité » où la musique sert le drame et l’émotion. Son Orphée et Eurydice, avec la Danse des esprits bienheureux et l’air « J’ai perdu mon Eurydice », son Alceste, ses deux Iphigénie et son Armide ont ouvert la voie à Mozart, à Berlioz et à Wagner.

Gluck
Joseph-Siffred Duplessis, Portrait de Christoph Willibald Gluck au clavecin, 1775, Vienne, Kunsthistorisches Museum. (Wikimedia Commons, Public domain)

Une jeunesse vagabonde (1714-1745)

Christoph Willibald Gluck naît le 2 juillet 1714 à Erasbach, dans le Haut-Palatinat bavarois, fils d’un garde forestier qui veut en faire son successeur. À treize ou quatorze ans, l’adolescent s’enfuit pour devenir musicien et gagne Prague, où il chante dans les églises et joue du violoncelle. Après un passage à Vienne, un prince lombard l’emmène à Milan (1737), où il étudie avec Giovanni Battista Sammartini. En 1741, son premier opéra, Artaserse, sur un livret du célèbre Métastase, est un succès ; il en écrit une dizaine d’autres dans le style italien de l’époque.

Londres, les tournées et Vienne (1745-1761)

En 1745, Gluck se rend à Londres, où il rencontre Georg Friedrich Haendel — qui aurait déclaré, avec mauvaise foi, que Gluck « n’en savait pas plus en contrepoint que son cuisinier ». Il voyage ensuite avec une troupe d’opéra itinérante à travers l’Allemagne et le Danemark. En 1750, il épouse Maria Anna Bergin, fille d’un riche négociant viennois, qui lui assure l’indépendance financière. Installé à Vienne, il devient maître de chapelle de la cour et écrit des opéras-comiques sur des livrets français pour le théâtre impérial, et le ballet Don Juan (1761).

La réforme : Orphée et Alceste (1762-1770)

Le 5 octobre 1762, Gluck présente à Vienne Orfeo ed Euridice, sur un livret du poète Ranieri de’ Calzabigi : plus de vocalises gratuites ni d’intrigues secondaires, mais l’histoire nue d’Orphée qui descend aux Enfers chercher son épouse et la perd en se retournant. Les chœurs participent à l’action, le récitatif est accompagné par l’orchestre, la danse fait partie du drame. Dans la préface d’Alceste (1767), véritable manifeste, Gluck écrit qu’il a voulu « restreindre la musique à sa véritable fonction, qui est de servir la poésie », et rechercher « une belle simplicité ».

Gluck, Orphée et Eurydice : Danse des esprits bienheureux, par l’Orchestre philharmonique de New York dirigé par Arturo Toscanini (enregistrement historique) (Wikimedia Commons, Public domain)

Paris et Marie-Antoinette (1774-1779)

Marie-Antoinette
Élisabeth Vigée Le Brun, Marie-Antoinette à la rose, 1783, Versailles : la reine fut l’élève et la protectrice de Gluck. (Wikimedia Commons, Public domain)

En 1774, Gluck arrive à Paris sous la protection de la nouvelle dauphine, puis reine, Marie-Antoinette, qui avait été son élève de chant à Vienne. Iphigénie en Aulide (1774) triomphe à l’Opéra, suivie de la version française d’Orphée et Eurydice, avec l’air « J’ai perdu mon Eurydice », d’Alceste (1776), d’Armide (1777) et de son chef-d’œuvre, Iphigénie en Tauride (1779). Paris se divise en « gluckistes » et « piccinnistes », partisans de l’Italien Niccolò Piccinni : la querelle passionne la cour et la ville. Après l’échec d’Écho et Narcisse (1779) et une attaque d’apoplexie, Gluck rentre à Vienne.

Gluck, Orphée et Eurydice : « Che farò senza Euridice » (« J’ai perdu mon Eurydice »), chanté en allemand par la contralto Ernestine Schumann-Heink, 1907 (Wikimedia Commons, Public domain)

Les dernières années et l’héritage (1780-1787)

Riche et honoré, Gluck passe ses dernières années à Vienne, où il reçoit Mozart, qui assiste aux reprises de ses opéras et s’en souviendra dans Idoménée et La Flûte enchantée. Il meurt à Vienne le 15 novembre 1787, après une nouvelle attaque. Il repose au cimetière central de Vienne. Le jeune Hector Berlioz, qui découvrit ses opéras à Paris, le vénéra toute sa vie, et Wagner se réclama de sa réforme : en rendant l’opéra au drame, Gluck a ouvert la voie à l’opéra moderne.

Chronologie

  • 1714 — naissance à Erasbach, le 2 juillet
  • vers 1727 — fugue vers Prague
  • 1737 — à Milan, élève de Sammartini
  • 1741 — Artaserse, premier opéra
  • 1745-1746 — séjour à Londres ; rencontre avec Haendel
  • 1750 — mariage avec Maria Anna Bergin
  • 1754 — maître de chapelle de la cour de Vienne
  • 1761 — ballet Don Juan
  • 1762 — Orfeo ed Euridice
  • 1767 — Alceste et sa préface-manifeste
  • 1774 — à Paris : Iphigénie en Aulide ; Orphée et Eurydice
  • 1777 — Armide
  • 1779 — Iphigénie en Tauride ; retour à Vienne
  • 1787 — mort à Vienne, le 15 novembre

Œuvres majeures

  • Orfeo ed Euridice (Vienne, 1762) et Orphée et Eurydice (Paris, 1774)
  • Alceste (Vienne, 1767 ; Paris, 1776)
  • Paride ed Elena (1770)
  • Iphigénie en Aulide (1774) et Iphigénie en Tauride (1779)
  • Armide (1777)
  • Le ballet Don Juan (1761)
  • Des opéras-comiques, dont La Rencontre imprévue (1764)

Galerie

Buste de Gluck
Buste de Gluck, XVIIIe siècle. (Wikimedia Commons, CC BY 4.0)
Orphée et Eurydice
Pierre Paul Rubens, Orphée et Eurydice, 1636-1638, Madrid, musée du Prado : le mythe au cœur de l’opéra de Gluck. (Wikimedia Commons, Public domain)
Monument à Gluck
Monument à Gluck à Weidenwang, près de son village natal. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)
Tombe de Gluck
La tombe de Gluck au cimetière central de Vienne. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 de)

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