Orazio Puglisi

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Jean-Philippe Rameau

Image d’en-tête : L’Opéra royal du château de Versailles, inauguré en 1770 (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

Jean-Philippe Rameau (1683-1764), le savant et le poète

Organiste de province pendant la moitié de sa vie, théoricien de génie qui fonda la science moderne de l’harmonie, Jean-Philippe Rameau (1683-1764) n’écrivit son premier opéra qu’à cinquante ans — et devint aussitôt le plus grand compositeur français de son siècle. Ses tragédies lyriques, de Hippolyte et Aricie aux Indes galantes, ses pièces de clavecin — La Poule, Le Rappel des oiseaux, Les Sauvages — et son Traité de l’harmonie font de lui l’égal de Bach et de Haendel.

Jean-Philippe Rameau
Jacques Aved (attribué), Portrait de Jean-Philippe Rameau, vers 1728, Dijon, musée des Beaux-Arts. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

Dijon et les années d’orgue (1683-1722)

Jean-Philippe Rameau naît le 25 septembre 1683 à Dijon, fils d’un organiste qui lui apprend la musique avant même qu’il sache lire. Destiné au droit, il préfère la musique : vers dix-huit ans, il part pour l’Italie, mais ne dépasse pas Milan. Commencent alors vingt années d’errance d’organiste en organiste : Avignon, Clermont-Ferrand, Paris, Dijon, Lyon, puis de nouveau Clermont. Il publie en 1706 un premier livre de pièces de clavecin. Il étudie surtout avec passion les lois de l’harmonie.

Le Traité de l’harmonie (1722)

En 1722, Rameau publie le Traité de l’harmonie réduite à ses principes naturels, ouvrage capital qui fonde la théorie moderne des accords : il y explique la « basse fondamentale », le renversement des accords et le rôle de la tonique, de la dominante et de la sous-dominante. L’ouvrage fait de lui le premier théoricien d’Europe ; on enseigne encore l’harmonie selon ses principes. Installé définitivement à Paris, il publie ses recueils de pièces de clavecin (1724, 1729-1730), petits tableaux pleins d’esprit : Le Rappel des oiseaux, Les Tendres Plaintes, Les Cyclopes, La Poule, L’Égyptienne.

Rameau, La Poule, pièce de clavecin, par Marcelle Meyer (1953) (Wikimedia Commons, Public domain)

La révélation de l’opéra (1733-1739)

Les Indes galantes
Les Indes galantes, page de titre de l’édition de 1736. (Wikimedia Commons, Public domain)

Grâce à la protection du riche fermier général Alexandre Le Riche de La Pouplinière, dont il dirige l’orchestre privé pendant vingt ans, Rameau peut enfin aborder l’opéra. Le 1er octobre 1733, à cinquante ans, il fait représenter Hippolyte et Aricie : la richesse de son harmonie et de son orchestre stupéfie et divise le public entre « lullistes », fidèles à la tradition de Jean-Baptiste Lully, et « ramistes » ou « rameauneurs ». Suivent Les Indes galantes (1735), ballet héroïque en quatre « entrées » exotiques — Turquie, Pérou, Perse, Amérique du Nord — avec la célèbre danse des Sauvages, Castor et Pollux (1737), avec l’air « Tristes apprêts », et Dardanus (1739).

Rameau, Les Sauvages, pièce de clavecin dont Rameau reprit la mélodie dans la danse des Sauvages des Indes galantes (Wikimedia Commons, Public domain)

Le compositeur du roi (1745-1764)

Rameau par Carmontelle
Louis Carmontelle, Rameau, dessin, vers 1760 : la célèbre silhouette du vieux compositeur. (Wikimedia Commons, Public domain)

En 1745, Rameau compose pour le mariage du Dauphin Platée, irrésistible comédie lyrique sur une nymphe des marais, laide et vaniteuse, qui se croit aimée de Jupiter. Louis XV le nomme compositeur de la Chambre du roi. En 1752 éclate la querelle des Bouffons : Jean-Jacques Rousseau et les Encyclopédistes, champions de la simplicité mélodique italienne, attaquent l’opéra français et son représentant, Rameau, qui leur répond par de nombreux écrits. Il compose encore Zoroastre, Les Paladins et, à quatre-vingts ans, Les Boréades, dont les répétitions sont interrompues en 1763 et qui ne sera créée qu’en 1982. Anobli par le roi, il meurt à Paris le 12 septembre 1764 et est inhumé en l’église Saint-Eustache. Son neveu Jean-François a inspiré à Diderot Le Neveu de Rameau.

Rameau, Les Tourbillons, pièce de clavecin, par Marcelle Meyer (1953) (Wikimedia Commons, Public domain)

Chronologie

  • 1683 — naissance à Dijon, le 25 septembre
  • vers 1701 — voyage en Italie
  • 1702-1722 — organiste à Avignon, Clermont, Paris, Dijon, Lyon
  • 1706 — Premier Livre de pièces de clavecin
  • 1722 — Traité de l’harmonie
  • 1724 — Pièces de clavessin
  • 1726 — mariage avec Marie-Louise Mangot
  • 1733 — Hippolyte et Aricie
  • 1735 — Les Indes galantes
  • 1737 — Castor et Pollux
  • 1739 — Dardanus
  • 1745 — Platée ; compositeur de la Chambre du roi
  • 1752 — Querelle des Bouffons
  • 1763 — répétitions des Boréades
  • 1764 — mort à Paris, le 12 septembre

Œuvres majeures

  • Tragédies lyriques : Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux, Dardanus, Zoroastre, Les Boréades
  • Opéras-ballets : Les Indes galantes, Les Fêtes d’Hébé
  • Comédie lyrique : Platée
  • Pièces de clavecin (1706, 1724, 1729-1730) et Pièces de clavecin en concerts (1741)
  • Cantates et grands motets
  • Écrits théoriques : Traité de l’harmonie (1722), Nouveau système de musique théorique (1726)

Galerie

Statue de Rameau à Dijon
Statue de Rameau à Dijon. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)
Saint-Eustache
L’église Saint-Eustache à Paris, où repose Rameau. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)
Platée
Une représentation de Platée, comédie lyrique de 1745, aux Pays-Bas. (Wikimedia Commons, CC0)
Lully
Jean-Baptiste Lully, le grand prédécesseur de Rameau. (Wikimedia Commons, CC0)

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