Image d’en-tête : Eugène Delacroix, Méphistophélès dans les airs, lithographie pour le Faust de Goethe, 1828 : le Faust qui inspira à Berlioz La Damnation de Faust (Wikimedia Commons, Public domain)
Hector Berlioz (1803-1869), le romantique flamboyant
Génie excessif et visionnaire, Hector Berlioz (1803-1869) est le grand compositeur du romantisme français. Inventeur de l’orchestre moderne, auteur de la Symphonie fantastique, de La Damnation de Faust, du Requiem et des Troyens, il fut aussi un écrivain plein de verve, critique musical redouté et mémorialiste inoubliable. Mal compris en France de son vivant, il triompha en Allemagne, en Angleterre et en Russie.

La Côte-Saint-André et la médecine (1803-1826)
Louis-Hector Berlioz naît le 11 décembre 1803 à La Côte-Saint-André, dans le Dauphiné, fils d’un médecin éclairé qui l’initie à la flûte et à la lecture de Virgile. Il apprend seul l’harmonie dans les traités et joue de la guitare — il ne sera jamais pianiste. Envoyé à Paris en 1821 pour étudier la médecine, il s’enfuit horrifié de la salle de dissection et découvre l’opéra : les œuvres de Christoph Willibald Gluck sont une révélation. Contre l’avis de ses parents, qui lui coupent les vivres, il entre au Conservatoire de Paris dans la classe de Jean-François Lesueur.
Harriet Smithson et la Symphonie fantastique (1827-1830)

En septembre 1827, Berlioz assiste à une représentation de Hamlet par une troupe anglaise : il découvre Shakespeare et tombe éperdument amoureux de l’actrice irlandaise Harriet Smithson, qui joue Ophélie. Cette passion sans retour, mêlée à la découverte des symphonies de Beethoven, lui inspire la Symphonie fantastique (1830), « épisode de la vie d’un artiste » en cinq mouvements : un jeune musicien poursuit sa bien-aimée, représentée par une mélodie obsédante, l’« idée fixe », à travers un bal, une scène aux champs, une marche au supplice et un sabbat de sorcières. Jamais l’orchestre n’avait sonné ainsi. La même année, après trois échecs, il remporte le prix de Rome.
Rome, Paganini et le Requiem (1831-1840)
Pensionnaire de la villa Médicis à Rome, Berlioz parcourt à pied les Abruzzes. De retour à Paris, il épouse enfin Harriet en 1833 ; le couple, qui aura un fils, Louis, se séparera quelques années plus tard. Le violoniste Niccolò Paganini lui commande une œuvre pour alto : ce sera Harold en Italie (1834) ; enthousiasmé, Paganini s’agenouillera devant lui et lui offrira 20 000 francs. Berlioz compose ensuite la Grande Messe des morts (1837), créée aux Invalides avec quatre fanfares de cuivres placées aux quatre coins de l’église, la symphonie dramatique Roméo et Juliette (1839) et la Symphonie funèbre et triomphale (1840). Son opéra Benvenuto Cellini échoue à l’Opéra de Paris en 1838.
Le chef d’orchestre européen (1840-1855)

Pour vivre, Berlioz écrit des critiques étincelantes au Journal des débats pendant trente ans. Il publie en 1844 son Grand Traité d’instrumentation et d’orchestration modernes, qui sera la bible des compositeurs jusqu’à Ravel et Strauss. Il part diriger ses œuvres en Allemagne, en Autriche, en Russie et en Angleterre, où il est acclamé. La Damnation de Faust, « légende dramatique » d’après Goethe, avec la célèbre Marche hongroise, est un échec à Paris en 1846 et le ruine. Il compose ensuite l’oratorio L’Enfance du Christ (1854), avec le délicat Adieu des bergers, qui obtient enfin un vrai succès parisien.
Les Troyens et les dernières années (1856-1869)
Berlioz consacre ses dernières forces à son grand œuvre, Les Troyens, immense opéra d’après l’Énéide de Virgile, son poète d’enfance ; il ne verra jamais l’œuvre entière représentée — seule la seconde partie est donnée, mutilée, en 1863. Son dernier opéra, Béatrice et Bénédict (1862), d’après Shakespeare, est créé à Baden-Baden. Veuf d’Harriet (1854) puis de sa seconde épouse, la cantatrice Marie Recio (1862), il perd en 1867 son fils Louis, capitaine au long cours. Épuisé, il achève ses Mémoires, chef-d’œuvre de la littérature romantique, et meurt à Paris le 8 mars 1869. Il repose au cimetière de Montmartre, entre ses deux épouses. Le festival Berlioz de La Côte-Saint-André célèbre chaque été sa mémoire.
Chronologie
- 1803 — naissance à La Côte-Saint-André, le 11 décembre
- 1821 — étudiant en médecine à Paris
- 1826 — entre au Conservatoire
- 1827 — découvre Shakespeare et Harriet Smithson
- 1830 — Symphonie fantastique ; prix de Rome
- 1831-1832 — à la Villa Médicis
- 1833 — mariage avec Harriet Smithson
- 1834 — Harold en Italie
- 1837 — Grande Messe des morts aux Invalides
- 1839 — Roméo et Juliette
- 1844 — Grand traité d’instrumentation
- 1846 — La Damnation de Faust
- 1854 — L’Enfance du Christ
- 1856-1858 — composition des Troyens
- 1862 — Béatrice et Bénédict
- 1869 — mort à Paris, le 8 mars
Œuvres majeures
- Symphonie fantastique (1830)
- Harold en Italie (1834), Roméo et Juliette (1839), Symphonie funèbre et triomphale (1840)
- Grande Messe des morts (1837) et Te Deum (1849)
- La Damnation de Faust (1846) et L’Enfance du Christ (1854)
- Les opéras Benvenuto Cellini, Les Troyens, Béatrice et Bénédict
- Les ouvertures Le Carnaval romain et Le Corsaire
- Le cycle de mélodies Les Nuits d’été (1841)
- Écrits : Grand traité d’instrumentation, Les Soirées de l’orchestre, Mémoires
Galerie





À voir et à écouter
- La Symphonie fantastique (vidéos YouTube)
- La Damnation de Faust (vidéos YouTube)
- Les Troyens (vidéos YouTube)
- Les Nuits d’été (vidéos YouTube)
À télécharger (livres du domaine public, PDF)
- Télécharger le PDF — Hector Berlioz, Autobiography (Mémoires), tome I, Londres, 1884. (lire en ligne)
- Télécharger le PDF — Hector Berlioz, Mémoires, tome I, Paris, Calmann-Lévy. (lire en ligne)
Pour aller plus loin en ligne
- Musée Hector-Berlioz (La Côte-Saint-André)
- Festival Berlioz
- The Hector Berlioz Website
- Partitions de Berlioz sur IMSLP
Pour aller plus loin
- Hector Berlioz, Mémoires, 1870.
- Henry Barraud, Hector Berlioz, Fayard, 1989.
- Christian Wasselin, Berlioz, les deux ailes de l’âme, Gallimard, « Découvertes », 1989.
- Voir aussi Les grands mouvements de la musique, Les 20 œuvres musicales les plus célèbres, La Musique, Franz Liszt, Richard Wagner, La Musique française.