Orazio Puglisi

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Franz Liszt

Image d’en-tête : Josef Danhauser, Liszt au piano (Liszt am Flügel), 1840, huile sur bois, Berlin, Alte Nationalgalerie (Wikimedia Commons, Public domain)

Franz Liszt (1811-1886), le virtuose et le visionnaire

Le plus grand pianiste de son siècle fut aussi l’un de ses compositeurs les plus inventifs et l’un de ses hommes les plus généreux. Franz Liszt (1811-1886), Hongrois de naissance, Français de culture, Européen de cœur, a inventé le récital de piano et le poème symphonique, soutenu Wagner, Berlioz, Chopin et Grieg, formé des centaines d’élèves sans jamais leur demander un sou, avant de finir abbé à Rome. Ses dernières œuvres annoncent la musique du XXe siècle.

Franz Liszt
Henri Lehmann, Portrait de Franz Liszt, 1839, Paris, musée Carnavalet. (Wikimedia Commons, Public domain)

L’enfant prodige (1811-1827)

Ferenc Liszt naît le 22 octobre 1811 à Raiding (Doborján), en Hongrie, où son père Adam est intendant des princes Esterházy — ceux-là mêmes que Haydn avait servis. Enfant prodige, il donne son premier concert à neuf ans ; des magnats hongrois financent ses études à Vienne, où il reçoit les leçons de Carl Czerny et d’Antonio Salieri. Selon une tradition qu’il aimait raconter, Beethoven l’aurait embrassé sur le front après un concert en 1823. La même année, sa famille s’installe à Paris, mais le Conservatoire, dirigé par Luigi Cherubini, refuse d’admettre un étranger. Le « petit Litz » triomphe pourtant dans les salons et à Londres, et compose à quatorze ans un opéra, Don Sanche. La mort de son père en 1827 le laisse seul responsable de sa mère.

Paganini, Marie d’Agoult et les années de pèlerinage (1832-1839)

En 1832, Liszt entend Niccolò Paganini à Paris : ébloui, il décide de devenir le « Paganini du piano » et réinvente la technique de l’instrument. Il se lie avec Chopin, Berlioz, George Sand, Lamartine, Hugo, et avec l’abbé Félicité de Lamennais. En 1835, il s’enfuit en Suisse avec la comtesse Marie d’Agoult, écrivaine sous le nom de Daniel Stern, qui lui donnera trois enfants, dont Cosima Wagner, future épouse de Wagner. Leurs voyages en Suisse et en Italie lui inspirent les Années de pèlerinage, carnet de voyage musical où passent les lacs suisses, Pétrarque, Raphaël, Michel-Ange et Dante.

Liszt, Liebestraum no 3 (Rêve d’amour), par Wilhelm Backhaus (enregistrement historique, disque HMV) (Wikimedia Commons, Public domain)

La « Lisztomanie » (1839-1847)

Pendant huit ans, Liszt parcourt l’Europe, de Lisbonne à Constantinople et de Dublin à Moscou, donnant plus de mille concerts. Il invente le récital : le premier, il joue seul, de mémoire, tout un programme, le piano placé de profil pour que le public voie son visage. Le poète Heinrich Heine baptise « Lisztomanie » l’hystérie qu’il provoque : les femmes s’évanouissent, se disputent ses gants et ses mouchoirs. Généreux, il donne d’immenses sommes aux victimes des inondations de Pest et finance presque seul le monument à Beethoven de Bonn, inauguré en 1845. Ses Rhapsodies hongroises font découvrir à l’Europe la musique tzigane de son pays natal.

Liszt, Rhapsodie hongroise no 2, version pour orchestre, par l’Orchestre de Philadelphie dirigé par Leopold Stokowski (enregistrement historique) (Wikimedia Commons, Public domain)

Weimar : le compositeur (1848-1861)

L’Altenburg de Weimar
L’Altenburg de Weimar, où Liszt vécut de 1848 à 1861. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

En 1847, Liszt rencontre à Kiev la princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein et renonce à la carrière de virtuose. Installé avec elle à Weimar, à l’Altenburg, comme maître de chapelle du grand-duc, il fait de la petite ville de Goethe la capitale de la musique nouvelle : il y crée Lohengrin de Wagner (1850), alors exilé, ainsi que des œuvres de Berlioz et de Schumann. Il invente le poème symphonique — Les Préludes, Mazeppa, Orpheus, Hungaria — et compose la Faust-Symphonie, la Dante-Symphonie, les deux concertos pour piano et la grande Sonate en si mineur (1853), dédiée à Schumann, chef-d’œuvre de la forme cyclique.

L’abbé Liszt et la « vie trifurquée » (1861-1886)

Liszt en 1886
Nadar, Franz Liszt, photographie, mars 1886, quatre mois avant sa mort. (Wikimedia Commons, Public domain)

Venu à Rome en 1861 pour épouser la princesse, Liszt voit le mariage empêché la veille même par l’opposition de la famille. Profondément croyant, il reçoit en 1865 les ordres mineurs et devient « l’abbé Liszt ». Il compose alors des oratorios, La Légende de sainte Élisabeth et Christus. Ses dernières années se partagent entre Rome, Weimar et Budapest, où il fonde l’Académie de musique Franz-Liszt : c’est sa « vie trifurquée ». Il enseigne gratuitement à des centaines d’élèves venus du monde entier. Ses dernières pièces — La Lugubre Gondola, Nuages gris, la Bagatelle sans tonalité — dépouillées et énigmatiques, annoncent Debussy, Bartók et Schönberg. Venu au festival de Bayreuth chez sa fille Cosima, il y meurt d’une pneumonie le 31 juillet 1886. Il est enterré à Bayreuth.

Liszt, La Campanella, d’après Paganini, par Greiss (Wikimedia Commons, Public domain)

Chronologie

  • 1811 — naissance à Raiding (Hongrie), le 22 octobre
  • 1820 — premier concert, à neuf ans
  • 1822-1823 — élève de Czerny et de Salieri à Vienne
  • 1823 — installation à Paris
  • 1832 — entend Paganini
  • 1835 — départ en Suisse avec Marie d’Agoult
  • 1837 — naissance de Cosima
  • 1839-1847 — tournées triomphales dans toute l’Europe
  • 1845 — inauguration du monument à Beethoven de Bonn
  • 1847 — rencontre de la princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein
  • 1848 — maître de chapelle à Weimar
  • 1850 — création de Lohengrin de Wagner
  • 1853 — Sonate en si mineur
  • 1861 — installation à Rome
  • 1865 — reçoit les ordres mineurs
  • 1875 — président de l’Académie de musique de Budapest
  • 1886 — mort à Bayreuth, le 31 juillet

Œuvres majeures

  • Années de pèlerinage (Suisse, Italie, troisième année)
  • Sonate en si mineur (1853)
  • 19 Rhapsodies hongroises
  • Études d’exécution transcendante et Grandes études de Paganini (dont La Campanella)
  • Liebesträume (Rêves d’amour), Consolations, Harmonies poétiques et religieuses
  • 2 concertos pour piano et la Totentanz (Danse macabre)
  • 13 poèmes symphoniques, dont Les Préludes et Mazeppa ; Faust-Symphonie et Dante-Symphonie
  • Les oratorios La Légende de sainte Élisabeth et Christus
  • Des centaines de transcriptions (symphonies de Beethoven, lieder de Schubert, opéras de Verdi et de Wagner)

Galerie

Maison natale de Liszt
La maison natale de Liszt à Raiding (Burgenland, Autriche). (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)
Marie d’Agoult
Henri Lehmann, Marie d’Agoult, 1843. (Wikimedia Commons, Public domain)
Académie Liszt de Budapest
L’Académie de musique Franz-Liszt de Budapest. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)
Tombe de Liszt
La tombe de Liszt au cimetière de Bayreuth. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

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