Orazio Puglisi

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Franz Schubert

Image d’en-tête : Moritz von Schwind, Une soirée chez Joseph von Spaun (Schubertiade), 1868, dessin, Vienne, Wien Museum : Schubert au piano, à côté du chanteur Vogl (Wikimedia Commons, Public domain)

Franz Schubert (1797-1828), le prince du lied

Mort à trente et un ans, Franz Schubert (1797-1828) a laissé plus de mille œuvres, dont plus de six cents lieder. Timide, myope, pauvre, presque inconnu du grand public de son vivant, il fut l’âme des « schubertiades », ces soirées où ses amis viennois chantaient et dansaient sur sa musique. Héritier de Mozart et contemporain de Beethoven, il a ouvert la voie au romantisme avec Le Roi des aulnes, La Truite, La Jeune Fille et la Mort, la Symphonie inachevée et le Voyage d’hiver.

Franz Schubert
Wilhelm August Rieder, Franz Schubert, huile sur toile, 1875, d’après son aquarelle de 1825, Vienne, Wien Museum. (Wikimedia Commons, Public domain)

Une enfance viennoise (1797-1813)

Franz Peter Schubert naît le 31 janvier 1797 à Vienne, dans le faubourg de Himmelpfortgrund, douzième enfant d’un instituteur. Son père lui apprend le violon, son frère aîné le piano ; l’organiste de la paroisse avoue n’avoir rien à lui enseigner. En 1808, sa voix lui ouvre les portes de la chapelle impériale et du Stadtkonvikt, le séminaire impérial, où il joue dans l’orchestre des élèves et découvre les symphonies de Haydn, de Mozart et de Beethoven. Il y reçoit les leçons d’Antonio Salieri, le maître de chapelle de la cour, qui le forme gratuitement pendant plusieurs années.

Le miracle des lieder (1814-1818)

Devenu instituteur adjoint dans l’école de son père pour échapper au service militaire, Schubert compose avec une facilité stupéfiante. Le 19 octobre 1814, à dix-sept ans, il écrit Marguerite au rouet sur un texte du Faust de Goethe : c’est la naissance du lied romantique, où le piano ne se contente plus d’accompagner, mais peint le rouet, l’eau, le galop, l’émotion. En 1815, il compose près de cent quarante lieder, dont Le Roi des aulnes, galop haletant d’un père qui emporte son enfant mourant dans la nuit, écrit, dit-on, en une après-midi. En 1818, il abandonne l’enseignement pour vivre de sa musique, hébergé tour à tour par ses amis.

Schubert, Ave Maria (Ellens dritter Gesang), D 839 (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)

Les schubertiades

Les amis de Schubert
Leopold Kupelwieser, Jeu de charades des amis de Schubert à Atzenbrugg, 1821, Vienne, Wien Museum : Schubert est assis au piano. (Wikimedia Commons, Public domain)

Autour de Schubert se forme un cercle d’amis fidèles : le poète Johann Mayrhofer, Franz von Schober, Joseph von Spaun, les peintres Moritz von Schwind et Leopold Kupelwieser, le grand baryton Johann Michael Vogl, qui fait connaître ses lieder. Dans les salons bourgeois de Vienne, ils organisent des soirées où l’on chante, joue et danse : les « schubertiades ». Schubert y improvise des valses et des ländler pendant des heures. Ces années voient naître le Quintette La Truite (1819), écrit pour un amateur de Steyr, et en 1822 la Symphonie inachevée, deux mouvements sublimes que Schubert ne termina jamais et dont la partition, confiée à un ami, ne sera créée qu’en 1865.

Schubert, Symphonie no 8 « Inachevée », D 759, premier mouvement (Wikimedia Commons, EEF OAL-1)

Maladie et chefs-d’œuvre (1823-1828)

En 1823, Schubert tombe gravement malade. Il ne cesse pourtant de composer, avec une profondeur nouvelle : le cycle La Belle Meunière (1823), le quatuor La Jeune Fille et la Mort (1824), la « Grande » Symphonie en ut majeur, les Impromptus, puis en 1827 le Voyage d’hiver, vingt-quatre lieder d’une désolation bouleversante sur des poèmes de Wilhelm Müller. Il admire passionnément Beethoven, qu’il n’ose aborder ; en mars 1827, il est l’un des porteurs de flambeau à ses funérailles. Le 26 mars 1828, il donne enfin son unique concert public, qui est un succès. Dans les derniers mois, il compose le Quintette à deux violoncelles, ses trois dernières sonates pour piano et les lieder du Schwanengesang. Il meurt le 19 novembre 1828, à trente et un ans, sans doute du typhus. Selon son vœu, il est enterré près de Beethoven ; le poète Franz Grillparzer écrit son épitaphe : « La musique a enseveli ici un riche trésor, mais de bien plus belles espérances encore. »

Schubert, Ständchen (Sérénade), extrait du Schwanengesang, D 957 (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

La redécouverte

Tombes de Schubert et Beethoven
Les tombes de Beethoven et de Schubert au cimetière central de Vienne. (Wikimedia Commons, Public domain)

La plupart de ses œuvres sont restées dans des tiroirs. En 1838, Robert Schumann découvre chez le frère de Schubert le manuscrit de la Grande Symphonie en ut, que Felix Mendelssohn crée à Leipzig en 1839 ; Schumann y salue ses « divines longueurs ». Franz Liszt transcrit ses lieder pour piano, Johannes Brahms édite ses œuvres. En 1951, le musicologue Otto Erich Deutsch publie le catalogue complet de son œuvre, d’où les numéros « D » qui l’identifient aujourd’hui. Depuis 1888, Schubert repose au cimetière central de Vienne, à côté de Beethoven.

Chronologie

  • 1797 — naissance à Vienne, le 31 janvier
  • 1808 — enfant de chœur de la chapelle impériale ; élève de Salieri
  • 1814 — Marguerite au rouet
  • 1815 — Le Roi des aulnes ; près de 140 lieder
  • 1818 — quitte l’enseignement
  • 1819 — Quintette La Truite
  • 1822 — Symphonie inachevée
  • 1823 — La Belle Meunière ; grave maladie
  • 1824 — La Jeune Fille et la Mort
  • 1827 — Voyage d’hiver ; porte un flambeau aux funérailles de Beethoven
  • 1828 — unique concert public (26 mars) ; mort à Vienne, le 19 novembre
  • 1839 — création de la Grande Symphonie en ut par Mendelssohn
  • 1865 — création de la Symphonie inachevée

Œuvres majeures

  • Plus de 600 lieder, dont Marguerite au rouet, Le Roi des aulnes, La Truite, Ave Maria, Sérénade
  • Les cycles La Belle Meunière, Le Voyage d’hiver et Le Chant du cygne
  • Les symphonies no 5, no 8 « Inachevée » et no 9 « La Grande »
  • Le Quintette La Truite et le Quintette à deux violoncelles
  • Le quatuor La Jeune Fille et la Mort
  • Les Impromptus, les Moments musicaux, la Fantaisie Wanderer et les trois dernières sonates pour piano
  • La Fantaisie en fa mineur pour piano à quatre mains
  • Les musiques de scène de Rosamunde

Galerie

Les schubertiens à Atzenbrugg
Leopold Kupelwieser, Excursion des schubertiens d’Atzenbrugg, 1820. (Wikimedia Commons, Public domain)
Maison natale de Schubert
La maison natale de Schubert, Nussdorfer Straße, Vienne. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)
Monument de Schubert
Carl Kundmann, Monument de Schubert, 1872, Vienne, Stadtpark. (Wikimedia Commons, CC BY 3.0)
Manuscrit de Schubert
Manuscrit autographe de Schubert : le lied Mut du Voyage d’hiver. (Wikimedia Commons, Public domain)
Schubert par Kriehuber
Josef Kriehuber, Franz Schubert, lithographie, 1846. (Wikimedia Commons, Public domain)

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