Orazio Puglisi

Le beau ! Quoi d'autre ?

Frédéric Chopin

Image d’en-tête : D’après Henryk Siemiradzki, Chopin jouant du piano dans le salon du prince Antoine Radziwiłł en 1829, 1887, reproduction conservée à la Bibliothèque nationale de France (Wikimedia Commons, Public domain)

Frédéric Chopin (1810-1849), le poète du piano

« Chapeau bas, messieurs, un génie ! » s’écria Schumann en découvrant ses premières œuvres. Frédéric Chopin (1810-1849), Polonais de cœur et Parisien d’adoption, a fait du piano l’instrument de l’âme romantique. Presque toute son œuvre est consacrée au clavier : nocturnes, ballades, polonaises, mazurkas, études, préludes. Mort à trente-neuf ans, il reste le compositeur le plus aimé des pianistes du monde entier.

Frédéric Chopin par Delacroix
Eugène Delacroix, Portrait de Frédéric Chopin, 1838, Paris, musée du Louvre. Ce portrait était à l’origine un double portrait avec George Sand, découpé après la mort du peintre. (Wikimedia Commons, Public domain)

L’enfant prodige de Varsovie (1810-1830)

Fryderyk Franciszek Chopin naît le 1er mars 1810 (ou le 22 février selon son acte de baptême) à Żelazowa Wola, près de Varsovie. Son père, Nicolas Chopin, est un Français de Lorraine émigré en Pologne, devenu professeur de français au lycée de Varsovie ; sa mère, Justyna Krzyżanowska, est issue de la petite noblesse polonaise. Enfant prodige comparé à Mozart, il publie une polonaise à sept ans et joue à huit ans en concert public. Il étudie au Conservatoire de Varsovie avec Józef Elsner, qui note dans son rapport : « Talent exceptionnel, génie musical ». Ses étés à la campagne lui font découvrir les danses populaires polonaises, la mazurka et la polonaise, qui nourriront toute son œuvre. À vingt ans, il a déjà écrit ses deux concertos pour piano.

L’exil et Paris (1830-1838)

En novembre 1830, Chopin quitte la Pologne pour Vienne ; quelques jours plus tard éclate l’insurrection de Novembre contre la Russie. En apprenant à Stuttgart la prise de Varsovie par les Russes (1831), il note dans son journal son désespoir — c’est la légende de l’Étude « Révolutionnaire ». Il ne reverra jamais sa patrie. Arrivé à Paris à l’automne 1831, il donne son premier concert salle Pleyel en 1832 et conquiert aussitôt la capitale. Il préfère pourtant les salons aristocratiques à la foule des concerts : il en donnera une trentaine seulement dans toute sa vie. Professeur recherché, il vit de ses leçons auprès de la haute société et de la publication de ses œuvres. Il se lie avec Franz Liszt, Hector Berlioz, Vincenzo Bellini, Eugène Delacroix, Heinrich Heine et le poète polonais Adam Mickiewicz. En 1836, ses fiançailles avec Maria Wodzińska sont rompues par la famille de la jeune fille.

Chopin, Nocturne en mi bémol majeur, op. 9 no 2 (Frédéric Chopin / Frank Lévy, Wikimedia Commons, Public domain)

George Sand : Majorque et Nohant (1838-1847)

En 1836, chez Liszt, Chopin rencontre la romancière George Sand. Leur liaison commence en 1838 et durera neuf ans. Ils passent l’hiver 1838-1839 à Majorque, dans la chartreuse de Valldemossa : le séjour, sous la pluie et dans le froid, est désastreux pour la santé de Chopin, déjà atteint de la tuberculose, mais il y achève ses 24 Préludes. Les étés suivants, à Nohant, dans le Berry, sont les plus féconds de sa vie : il y compose la Sonate funèbre, la Polonaise héroïque, la Fantaisie op. 49, la Berceuse, la Barcarolle, les dernières ballades et nocturnes. Delacroix y vient peindre. Mais les conflits familiaux avec les enfants de George Sand provoquent la rupture en 1847.

Chopin, Polonaise en la bémol majeur « Héroïque », op. 53 (interprétation libre de droits) (Frédéric Chopin / Luke Faulkner, Wikimedia Commons, Public domain)

Les dernières années (1848-1849)

Ruiné par la révolution de 1848 qui disperse ses élèves, épuisé, Chopin accepte l’invitation de son élève écossaise Jane Stirling et part pour l’Angleterre et l’Écosse, où il joue devant la reine Victoria. Il rentre mourant à Paris. Il meurt le 17 octobre 1849 dans son appartement du 12, place Vendôme. Le Requiem de Mozart est chanté à ses obsèques à l’église de la Madeleine. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise où sa tombe, sculptée par Auguste Clésinger, est toujours fleurie ; mais selon son vœu, sa sœur Ludwika emporte son cœur à Varsovie, où il repose dans un pilier de l’église Sainte-Croix.

Chopin, Marche funèbre, extraite de la Sonate no 2 op. 35, par Ivan Pitman (Composer: Frédéric Chopin; Performer: Paul Pitman, Wikimedia Commons, Public Domain)

Un art nouveau du piano

Chopin a inventé une manière nouvelle de faire chanter le piano, inspirée du bel canto de Bellini : longues mélodies ornées, rubato souple, pédale subtile, harmonies audacieuses qui annoncent Wagner et Debussy. Il a créé ou renouvelé des genres entiers : la ballade instrumentale, le nocturne (hérité de l’Irlandais John Field), l’étude qui est à la fois exercice technique et poème, le prélude bref et autonome. Ses mazurkas et polonaises ont fait de lui le symbole de la Pologne : le Concours international de piano Frédéric-Chopin, fondé à Varsovie en 1927, est l’un des plus prestigieux du monde, et l’aéroport de Varsovie porte son nom.

Chronologie

  • 1810 — naissance à Żelazowa Wola, le 1er mars
  • 1817 — première polonaise publiée
  • 1826-1829 — études au Conservatoire de Varsovie
  • 1830 — concertos pour piano ; départ pour Vienne
  • 1831 — prise de Varsovie ; arrivée à Paris
  • 1832 — premier concert à Paris, salle Pleyel
  • 1836 — rencontre de George Sand
  • 1838-1839 — hiver à Majorque ; les Préludes
  • 1839-1846 — étés à Nohant
  • 1847 — rupture avec George Sand
  • 1848 — tournée en Angleterre et en Écosse
  • 1849 — mort à Paris, le 17 octobre

Œuvres majeures

  • 2 concertos pour piano (1829-1830)
  • 21 nocturnes, dont op. 9 no 2 et op. 27 no 2
  • 4 ballades, 4 scherzos, la Fantaisie op. 49, la Barcarolle op. 60, la Berceuse op. 57
  • 27 études (op. 10 et op. 25), dont la « Révolutionnaire » et « Tristesse »
  • 24 préludes op. 28
  • 3 sonates pour piano, dont la Sonate funèbre
  • 16 polonaises (dont l’Héroïque) et près de 60 mazurkas
  • Les valses, dont la Valse minute op. 64 no 1

Galerie

Chopin en 1849
Frédéric Chopin en 1849, la seule photographie connue du compositeur, attribuée à Louis-Auguste Bisson. (Wikimedia Commons, Public domain)
George Sand
Auguste Charpentier, George Sand, 1838, Paris, musée de la Vie romantique. (Wikimedia Commons, Public domain)
Żelazowa Wola
Maison natale de Chopin à Żelazowa Wola, aujourd’hui musée. (Wikimedia Commons, Public domain)
Valldemossa
La chartreuse de Valldemossa, à Majorque. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)
Tombe de Chopin
Tombe de Chopin au cimetière du Père-Lachaise, par Auguste Clésinger. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)
Église Sainte-Croix de Varsovie
L’église Sainte-Croix de Varsovie, où repose le cœur de Chopin. (Wikimedia Commons, CC BY 3.0)

À voir et à écouter

À télécharger (livres du domaine public, PDF)

Pour aller plus loin en ligne

Pour aller plus loin

© 2026 Orazio Puglisi

Thème par Anders Norén