Orazio Puglisi

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Georg Friedrich Haendel

Image d’en-tête : Canaletto, La City de Londres et la Tamise, avec la cathédrale Saint-Paul, le jour du lord-maire, vers 1747-1748, Prague, palais Lobkowicz (Wikimedia Commons, CC BY 2.0)

Georg Friedrich Haendel (1685-1759), le génie de l’oratorio

Né la même année que Bach, à quelques dizaines de kilomètres de lui, Georg Friedrich Haendel (1685-1759) a eu une destinée toute différente : Allemand formé en Italie, il devint le plus célèbre musicien d’Angleterre, impresario d’opéra, inventeur de l’oratorio anglais et auteur du Messie, l’une des œuvres les plus jouées de toute l’histoire de la musique. Beethoven le tenait pour « le plus grand compositeur qui ait jamais vécu ».

Haendel
Balthasar Denner, Portrait de Georg Friedrich Haendel, vers 1726-1728, Londres, National Portrait Gallery. (Wikimedia Commons, Public domain)

Halle, Hambourg et l’Italie (1685-1710)

Georg Friedrich Händel naît le 23 février 1685 à Halle, en Saxe, fils d’un barbier-chirurgien âgé qui le destine au droit et lui interdit la musique ; selon la légende, l’enfant s’exerce la nuit sur un clavicorde caché au grenier. Le duc de Saxe-Weissenfels, l’ayant entendu à l’orgue, convainc le père de lui faire donner des leçons : l’organiste Friedrich Wilhelm Zachow lui apprend tout. En 1703, Haendel part pour Hambourg, centre de l’opéra allemand, où il joue dans l’orchestre et se lie d’amitié avec Johann Mattheson — avec qui il se bat en duel à l’épée : un bouton de son habit lui sauve la vie. De 1706 à 1710, il parcourt l’Italie : à Rome, il rencontre Arcangelo Corelli et affronte Domenico Scarlatti dans une joute amicale (Scarlatti l’emporte au clavecin, Haendel à l’orgue) ; à Venise, son opéra Agrippina triomphe en 1709 aux cris de « Viva il caro Sassone ! » (« Vive le cher Saxon ! »).

Londres et l’opéra italien (1710-1737)

La Tamise
Canaletto, La Tamise et la City de Londres vues depuis Richmond House (détail), 1747, Goodwood House : la Tamise où fut jouée la Water Music. (Wikimedia Commons, Public domain)

Maître de chapelle de l’Électeur de Hanovre en 1710, Haendel obtient aussitôt un congé pour Londres, où son opéra Rinaldo (1711) fait sensation. Il ne repartira plus : quand l’Électeur devient roi d’Angleterre sous le nom de George Ier en 1714, Haendel est déjà installé à Londres. Pour une promenade royale sur la Tamise, le 17 juillet 1717, il compose la Water Music, jouée par cinquante musiciens sur une barge ; le roi la fait rejouer trois fois. Directeur musical de la Royal Academy of Music, il compose une quarantaine d’opéras italiens — Giulio Cesare, Rodelinda, Alcina, Serse — pour les plus grands castrats et prime donne de l’époque. Naturalisé britannique en 1727, il écrit pour le couronnement de George II l’hymne Zadok the Priest, chanté à chaque sacre depuis. Mais la mode de l’opéra italien passe : la satirique L’Opéra du gueux (1728) et la concurrence ruinent Haendel, frappé d’une attaque en 1737.

Haendel, Water Music, Air et Bourrée, par le Hallé Orchestra dirigé par Malcolm Sargent, dans l’arrangement de Hamilton Harty (enregistrement historique) (Wikimedia Commons, Public domain)

L’oratorio et le Messie (1738-1751)

Haendel invente alors un genre nouveau : l’oratorio en anglais, drame sacré sans mise en scène, où le chœur tient le premier rôle. Après Saul et Israël en Égypte (1739), il compose en vingt-quatre jours, à l’été 1741, Le Messie sur un livret de Charles Jennens tiré de la Bible. Créé à Dublin le 13 avril 1742 au profit des prisonniers pour dettes, il connaît un succès immense ; la tradition veut que le roi George II se soit levé, à Londres, pendant le chœur de l’Alléluia, et que toute la salle l’ait imité — on se lève encore aujourd’hui. Suivent Samson, Judas Maccabaeus, Solomon, Theodora. En 1749, sa Musique pour les feux d’artifice royaux, jouée à Green Park pour célébrer la paix d’Aix-la-Chapelle, attire 12 000 personnes lors de sa répétition publique aux jardins de Vauxhall, provoquant un embouteillage de trois heures sur le pont de Londres.

Haendel, Le Messie : chœur de l’Alléluia (enregistrement de 1916) (Wikimedia Commons, Public domain)

Les dernières années et la gloire posthume

Monument de Haendel
Louis-François Roubiliac, Monument de Haendel, 1762, Londres, abbaye de Westminster. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

Devenu aveugle en 1751 pendant la composition de Jephtha — opéré sans succès par le même charlatan que Bach, John Taylor —, Haendel continue de diriger ses oratorios de mémoire, à l’orgue. Il meurt dans sa maison de Brook Street le 14 avril 1759, quelques jours après avoir assisté une dernière fois au Messie, et il est enterré avec les honneurs à l’abbaye de Westminster, où se dresse son monument sculpté par Louis-François Roubiliac. Il est l’un des premiers compositeurs dont la musique n’a jamais cessé d’être jouée depuis sa mort. Mozart réorchestra le Messie ; Haydn, l’entendant à Londres, pleura et s’écria : « Il est notre maître à tous ! » Sa maison de Brook Street, où vécut aussi plus tard Jimi Hendrix, est aujourd’hui un musée.

Haendel, Sarabande de la Suite en ré mineur HWV 437 (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)

Chronologie

  • 1685 — naissance à Halle, le 23 février
  • 1702 — organiste à la cathédrale de Halle
  • 1703 — à Hambourg, violoniste à l’opéra
  • 1706-1710 — séjour en Italie ; Agrippina à Venise (1709)
  • 1710 — maître de chapelle à Hanovre ; premier voyage à Londres
  • 1711 — Rinaldo à Londres
  • 1717 — Water Music
  • 1719 — directeur de la Royal Academy of Music
  • 1727 — naturalisé britannique ; Zadok the Priest
  • 1739 — Israel in Egypt
  • 1741 — composition du Messie
  • 1742 — création du Messie à Dublin
  • 1749 — Music for the Royal Fireworks
  • 1751 — devient aveugle
  • 1759 — mort à Londres, le 14 avril

Œuvres majeures

  • Le Messie (1742), Israel in Egypt, Saul, Samson, Judas Maccabaeus, Solomon, Jephtha
  • Les opéras Rinaldo, Giulio Cesare, Rodelinda, Alcina, Serse (avec l’air « Ombra mai fu »)
  • Water Music (1717) et Music for the Royal Fireworks (1749)
  • Les Coronation Anthems, dont Zadok the Priest (1727)
  • Les Concerti grossi op. 6 et les concertos pour orgue
  • Les suites pour clavecin, dont la Sarabande en ré mineur et « L’Harmonieux Forgeron »

Galerie

Maison natale de Haendel
La maison natale de Haendel à Halle, aujourd’hui musée. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)
Haendel par Hudson
Thomas Hudson, Haendel, 1756. (Wikimedia Commons, Public domain)
Feux d’artifice de 1749
Le pavillon du feu d’artifice royal construit à Green Park en 1749, gravure. (Wikimedia Commons, Public domain)
Manuscrit du Messie
Manuscrit autographe du Messie, Londres, British Library. (Wikimedia Commons, Public domain)
Maison de Brook Street
Handel Hendrix House, 25 Brook Street, Londres. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)
Statue de Haendel
Statue de Haendel sur la place du Marché de Halle, 1859. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

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