Orazio Puglisi

Le beau ! Quoi d'autre ?

Antonio Vivaldi

Image d’en-tête : Canaletto, La Riva degli Schiavoni avec la Piazzetta, Munich, Alte Pinakothek (Wikimedia Commons, Public domain)

Antonio Vivaldi (1678-1741), le Prêtre roux de Venise

Le « Prêtre roux » de Venise est l’un des musiciens les plus joués au monde : ses Quatre Saisons résonnent partout, des salles de concert aux standards téléphoniques. Violoniste virtuose, maître du concerto, auteur de plus de 500 concertos et d’une cinquantaine d’opéras, Antonio Vivaldi (1678-1741) fut célèbre dans toute l’Europe, puis totalement oublié pendant deux siècles, avant une résurrection spectaculaire au XXe siècle.

Antonio Vivaldi
Portrait présumé d’Antonio Vivaldi, anonyme, vers 1723, Bologne, Museo internazionale e biblioteca della musica. (Wikimedia Commons, Public domain)

Le fils du barbier-violoniste (1678-1703)

Antonio Lucio Vivaldi naît le 4 mars 1678 à Venise, le jour d’un tremblement de terre ; de santé fragile, il est ondoyé en urgence. Son père, Giovanni Battista, barbier devenu violoniste à la basilique Saint-Marc, lui transmet son art ; tous deux ont les cheveux roux, signe distinctif de la famille. Destiné à la prêtrise, voie classique d’ascension sociale, Antonio est ordonné prêtre en 1703 : on l’appellera désormais il Prete rosso, le Prêtre roux. Mais il cesse presque aussitôt de dire la messe, invoquant un « serrement de poitrine » — sans doute de l’asthme — qui l’en empêche.

Le maître de violon de la Pietà

La Pietà à Venise
L’église de la Pietà (Santa Maria della Visitazione), sur la Riva degli Schiavoni à Venise : l’Ospedale voisin accueillait les jeunes filles dont Vivaldi fut le maître de musique. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

En 1703, Vivaldi devient maître de violon à l’Ospedale della Pietà, l’un des quatre grands orphelinats de Venise, qui accueillait les enfants abandonnés. Les jeunes filles douées y reçoivent une formation musicale d’exception : leur orchestre et leur chœur, cachés derrière des grilles dans la tribune de l’église, attirent les voyageurs de toute l’Europe. Pendant près de quarante ans, avec des interruptions, Vivaldi écrit pour elles des centaines de concertos, faisant de chaque musicienne une soliste — violon, violoncelle, flûte, hautbois, basson, mandoline, viole d’amour. Le président Charles de Brosses raconte qu’« elles chantent comme des anges, jouent du violon, de la flûte, de l’orgue, du hautbois, du violoncelle, du basson ».

L’inventeur du concerto moderne

En 1711, son recueil L’estro armonico (« l’inspiration harmonique »), publié à Amsterdam, fait sensation dans toute l’Europe. Vivaldi y fixe la forme du concerto en trois mouvements (vif-lent-vif) et la forme ritournelle : un refrain d’orchestre alterne avec les épisodes virtuoses du soliste. Bach, à Weimar, transcrit pour clavier et orgue plusieurs de ces concertos. Suivent La stravaganza, puis en 1725 Il cimento dell’armonia e dell’inventione, dont les quatre premiers concertos sont les célèbres Quatre Saisons : chacun est accompagné d’un sonnet qui décrit le chant des oiseaux, l’orage, le berger endormi, la chasse ou la glace — l’un des premiers exemples de musique à programme.

Vivaldi, Le Printemps (La primavera), concerto RV 269, I. Allegro, par John Harrison (violon) (Antonio Vivaldi, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

L’homme de théâtre

Vivaldi est aussi un impresario et un compositeur d’opéras infatigable : il prétendait en avoir écrit 94. Il dirige le Teatro Sant’Angelo à Venise, fait représenter ses œuvres à Mantoue, Rome, Florence, Vérone, Prague. Parmi ses opéras : Orlando furioso, L’Olimpiade, Farnace. Il voyage avec la cantatrice Anna Girò et sa sœur, ce qui fait jaser : en 1737, le cardinal de Ferrare lui interdit d’entrer dans la ville, reprochant à ce prêtre de ne pas dire la messe et de fréquenter une chanteuse. Sa musique sacrée — le Gloria RV 589, le Stabat Mater, le Magnificat — compte pourtant parmi ses plus belles pages.

Vivaldi, L’Hiver (L’inverno), concerto RV 297, I. Allegro non molto, par John Harrison (violon) (Music by Antonio Vivaldi published in 1725; Record, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

La mort à Vienne et la résurrection

Passé de mode à Venise, où le goût change, Vivaldi part en 1740 pour Vienne, espérant la protection de l’empereur Charles VI qui l’admirait. Mais l’empereur meurt peu après. Vivaldi meurt pauvre à Vienne le 28 juillet 1741 et il est enterré dans un cimetière des pauvres, aujourd’hui disparu, près de l’actuelle Karlskirche. Il tombe dans un oubli complet. Au XIXe siècle, on le redécouvre d’abord à travers les transcriptions de Bach. En 1926-1930, le musicologue Alberto Gentili retrouve dans un collège piémontais, puis chez les héritiers du comte Giacomo Durazzo, des centaines de manuscrits autographes, achetés pour la Bibliothèque nationale universitaire de Turin. Grâce à Alfredo Casella, à la « semaine Vivaldi » de Sienne en 1939, puis aux disques des I Musici (1955), Vivaldi devient l’un des compositeurs les plus enregistrés du monde. Le catalogue Ryom (RV) recense plus de 800 œuvres.

Chronologie

  • 1678 — naissance à Venise, le 4 mars
  • 1703 — ordonné prêtre ; maître de violon à l’Ospedale della Pietà
  • 1711 — L’estro armonico, op. 3, publié à Amsterdam
  • 1713 — premier opéra, Ottone in villa, à Vicence
  • 1716 — oratorio Juditha triumphans
  • 1718-1720 — maître de chapelle à Mantoue
  • 1725 — Il cimento dell’armonia, op. 8, avec Les Quatre Saisons
  • 1727 — Orlando furioso
  • 1737 — interdit de séjour à Ferrare
  • 1740 — départ pour Vienne
  • 1741 — mort à Vienne, le 28 juillet
  • 1926-1930 — redécouverte des manuscrits de Turin

Œuvres majeures

  • Les Quatre Saisons (concertos pour violon RV 269, 315, 293, 297)
  • L’estro armonico, op. 3 ; La stravaganza, op. 4 ; La cetra, op. 9
  • Concertos pour mandoline, pour flûte (Il gardellino), pour basson, pour deux violoncelles
  • Gloria RV 589, Stabat Mater RV 621, Nisi Dominus, Magnificat
  • L’oratorio Juditha triumphans (1716)
  • Les opéras Orlando furioso, L’Olimpiade, Farnace, Bajazet, Griselda

Galerie

Caricature de Vivaldi
Pier Leone Ghezzi, Caricature du Prêtre roux, 1723, Bibliothèque apostolique vaticane. (Wikimedia Commons, Public domain)
Venise
Canaletto, Le Bassin de Saint-Marc, vers 1738, Boston, Museum of Fine Arts : Venise au temps de Vivaldi. (Wikimedia Commons, Public domain)
Manuscrit de Vivaldi
Manuscrit autographe du Gloria RV 589 de Vivaldi, Turin, Bibliothèque nationale universitaire. (Wikimedia Commons, Public domain)
Karlskirche de Vienne
La Karlskirche de Vienne, près de laquelle Vivaldi fut inhumé. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 de)
Le Concert
Pietro Longhi, Le Petit Concert (Il concertino), 1741, Venise, Gallerie dell’Accademia : la musique dans un salon vénitien. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

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