Image d’en-tête : Eduard Kaiser, Robert et Clara Schumann, lithographie, 1847 (Wikimedia Commons, Public domain)
Robert Schumann (1810-1856), le poète du romantisme
Nul n’a incarné plus intensément le romantisme allemand que Robert Schumann (1810-1856) : compositeur, critique musical, amoureux passionné de la pianiste Clara Wieck, il a fait de la musique le journal intime de son âme. Ses cycles pour piano — Carnaval, Scènes d’enfants, Kreisleriana —, ses lieder, son Concerto pour piano et ses symphonies sont parmi les sommets du XIXe siècle. Sa vie, assombrie par la maladie mentale, s’acheva tragiquement à quarante-six ans.

Zwickau et Leipzig : la vocation (1810-1834)
Robert Schumann naît le 8 juin 1810 à Zwickau, en Saxe, dernier enfant d’un libraire-éditeur passionné de littérature, qui lui transmet l’amour de Jean Paul, de Lord Byron et d’E. T. A. Hoffmann. Pour plaire à sa mère, il commence des études de droit à Leipzig et à Heidelberg, mais ne pense qu’à la musique. En 1830, il devient l’élève et le pensionnaire du célèbre professeur de piano Friedrich Wieck, dont la fille Clara, âgée de onze ans, est déjà une virtuose. Rêvant d’une carrière de pianiste, il se blesse à la main droite, peut-être en utilisant un appareil mécanique pour fortifier ses doigts : il doit renoncer au concert et se consacre à la composition.
Le critique et les Compagnons de David
En 1834, Schumann fonde la Neue Zeitschrift für Musik, revue où il combat le mauvais goût et défend les jeunes talents : c’est lui qui révèle Chopin (« Chapeau bas, messieurs, un génie ! »), puis Brahms. Il y invente une société imaginaire, les « Compagnons de David » (Davidsbündler), en lutte contre les Philistins, et signe ses articles de deux noms qui représentent les deux faces de son caractère : le fougueux Florestan et le rêveur Eusebius. Ces personnages traversent ses grandes œuvres pour piano : Papillons, Carnaval (1835), les Davidsbündlertänze, les Scènes d’enfants (1838) avec la célèbre Rêverie, les Kreisleriana et la grande Fantaisie en ut majeur.
Clara (1835-1840)

Vers 1835, l’affection de Robert pour Clara Wieck devient un amour partagé. Mais Friedrich Wieck, qui veut faire de sa fille une grande virtuose et se méfie de ce musicien sans fortune et instable, s’y oppose violemment : il interdit aux jeunes gens de se voir et de s’écrire. Pendant cinq ans, ils s’aiment en secret ; Robert compose pour elle. Ils doivent finalement porter l’affaire devant les tribunaux, qui leur donnent raison : ils se marient le 12 septembre 1840, la veille des vingt et un ans de Clara. Cette année-là, Schumann, ivre de bonheur, compose près de cent cinquante lieder — Les Amours du poète sur des poèmes de Heinrich Heine, L’Amour et la vie d’une femme, les Liederkreis : c’est l’« année du lied ».
Les années de maturité (1841-1853)
Encouragé par Clara, Schumann aborde l’orchestre : la Symphonie « Le Printemps » (1841), créée par Felix Mendelssohn, le Quintette avec piano (1842), le Concerto pour piano en la mineur (1845), créé par Clara, l’oratorio Le Paradis et la Péri, les Scènes de Faust, l’opéra Genoveva. Le couple s’installe à Dresde (1844), puis à Düsseldorf (1850), où Schumann devient directeur de la musique de la ville : le Rhin lui inspire la Symphonie rhénane. Mais il est mauvais chef d’orchestre, et ses crises de dépression s’aggravent. En 1853, l’arrivée du jeune Johannes Brahms lui apporte une dernière grande joie.
La fin à Endenich (1854-1856)

En février 1854, tourmenté par des hallucinations auditives — il entend une note obsédante, puis des « voix d’anges » et de démons —, Schumann se jette dans le Rhin depuis un pont de Düsseldorf. Repêché par des bateliers, il demande lui-même à être interné dans l’asile du docteur Richarz à Endenich, près de Bonn. Il y passe deux ans, sans revoir Clara jusqu’à ses derniers jours, et y meurt le 29 juillet 1856, à quarante-six ans. Clara, qui lui survécut quarante ans, consacra sa carrière à faire connaître son œuvre dans toute l’Europe.
Chronologie
- 1810 — naissance à Zwickau, le 8 juin
- 1828 — études de droit à Leipzig
- 1830 — élève de Friedrich Wieck
- 1832 — blessure à la main droite
- 1834 — fonde la Neue Zeitschrift für Musik
- 1835 — Carnaval
- 1838 — Scènes d’enfants, Kreisleriana
- 1840 — mariage avec Clara ; l’« année du lied »
- 1841 — Symphonie no 1 « Le Printemps »
- 1844 — installation à Dresde
- 1845 — Concerto pour piano
- 1850 — directeur de la musique à Düsseldorf ; Symphonie rhénane
- 1853 — rencontre avec Brahms
- 1854 — tentative de suicide ; internement à Endenich
- 1856 — mort à Endenich, le 29 juillet
Œuvres majeures
- Piano : Papillons, Carnaval, Études symphoniques, Scènes d’enfants, Kreisleriana, Fantaisie op. 17, Album pour la jeunesse
- Lieder : Les Amours du poète, L’Amour et la vie d’une femme, Liederkreis op. 24 et op. 39
- 4 symphonies, dont Le Printemps et la Rhénane
- Concerto pour piano en la mineur, Concerto pour violoncelle
- Quintette et Quatuor avec piano, 3 quatuors à cordes
- Le Paradis et la Péri, Scènes de Faust, Manfred, l’opéra Genoveva
Galerie





À voir et à écouter
- Les Scènes d’enfants (vidéos YouTube)
- Le Concerto pour piano (vidéos YouTube)
- Les Amours du poète (Dichterliebe) (vidéos YouTube)
- Le Carnaval (vidéos YouTube)
À télécharger (livres du domaine public, PDF)
- Télécharger le PDF — Wilhelm Joseph von Wasielewski, Robert Schumann, eine Biographie, édition de 1906 (en allemand) : la biographie écrite par son ami et premier violon à Düsseldorf. (lire en ligne)
- Télécharger le PDF — Wilhelm Joseph von Wasielewski, Robert Schumann, eine Biographie, 1880 (en allemand) : la biographie écrite par son ami et premier violon à Düsseldorf. (lire en ligne)
Pour aller plus loin en ligne
Pour aller plus loin
- Marcel Brion, Schumann et l’âme romantique, Albin Michel, 1954.
- Brigitte François-Sappey, Robert Schumann, Fayard, 2000.
- Voir aussi Les grands mouvements de la musique, Les 20 œuvres musicales les plus célèbres, La Musique, Frédéric Chopin, Franz Schubert.