Orazio Puglisi

Le beau ! Quoi d'autre ?

Johannes Brahms

Image d’en-tête : Willy von Beckerath, Brahms au piano, 1896, dessin, Hambourg (Wikimedia Commons, Public domain)

Johannes Brahms (1833-1897), le classique romantique

Barbe de patriarche, cigare et cœur secret : Johannes Brahms (1833-1897) est le dernier des grands classiques et l’un des plus profonds des romantiques. Fils d’un contrebassiste de Hambourg, protégé de Robert et Clara Schumann, il s’installa à Vienne où il devint l’héritier de Beethoven, avec ses quatre symphonies, ses concertos, son Requiem allemand, sa musique de chambre et ses lieder. Le chef d’orchestre Hans von Bülow l’a uni à Bach et à Beethoven dans la formule des « trois B ».

Johannes Brahms
Johannes Brahms, photographie, vers 1889. (Wikimedia Commons, Public domain)

Hambourg, le port et les tavernes (1833-1853)

Johannes Brahms naît le 7 mai 1833 dans le quartier pauvre du port de Hambourg, fils d’un contrebassiste qui joue dans les orchestres de danse et les fanfares. Élève brillant du pianiste Eduard Marxsen, il doit dès l’adolescence gagner sa vie en jouant du piano la nuit dans les tavernes et les dancings du port, une expérience qui le marque durablement. En 1853, il part en tournée avec le violoniste hongrois Ede Reményi, qui lui fait découvrir la musique tzigane, puis se lie avec le grand violoniste Joseph Joachim, qui sera l’ami de toute sa vie, et rencontre Liszt à Weimar.

Robert et Clara Schumann (1853-1862)

Clara Schumann
Franz Hanfstaengl, Clara Schumann, photographie, vers 1857. (Wikimedia Commons, Public domain)

Le 30 septembre 1853, Brahms, vingt ans, frappe à la porte de Robert Schumann et de Clara Schumann à Düsseldorf. Schumann est ébloui ; dans un article célèbre, « Voies nouvelles », il le présente au monde comme le musicien « appelé à exprimer de façon idéale la plus haute expression de son époque ». Quelques mois plus tard, Schumann, malade, se jette dans le Rhin et est interné à Endenich, où il meurt en 1856. Brahms se dévoue à Clara et à ses sept enfants ; il voue à la grande pianiste, de quatorze ans son aînée, un amour passionné et respectueux qui deviendra l’amitié de toute une vie. Il ne se mariera jamais.

Brahms, Danse hongroise no 5, version pour piano (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

Vienne et le Requiem allemand (1862-1876)

En 1862, Brahms s’installe à Vienne, la ville de Beethoven et de Schubert, qu’il ne quittera plus. Il y dirige des chœurs, publie les Danses hongroises, qui font sa fortune, et la célèbre Berceuse de Brahms (1868). La mort de sa mère en 1865 lui inspire Un requiem allemand (1868), écrit sur des textes de la Bible de Luther et non sur la liturgie latine : un requiem pour consoler les vivants plutôt que pour prier pour les morts. Le critique Eduard Hanslick fait de lui le champion de la « musique pure » contre la « musique de l’avenir » de Wagner et de Liszt : c’est la « guerre des romantiques ».

Les quatre symphonies (1876-1885)

Le Musikverein de Vienne
Le Musikverein de Vienne, où furent créées plusieurs œuvres de Brahms, qui dirigea la Société des amis de la musique. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

Écrasé par l’ombre de Beethoven — « Vous ne savez pas ce que c’est d’entendre toujours derrière soi les pas d’un géant ! » —, Brahms met plus de vingt ans à achever sa Symphonie no 1 de Brahms (1876), que Hans von Bülow surnomme « la Dixième de Beethoven ». Suivent rapidement la lumineuse Deuxième (1877), la Troisième (1883), avec son poco allegretto mélancolique, et la Quatrième (1885), qui s’achève par une immense passacaille. Entre-temps naissent le Concerto pour violon (1878) pour Joachim, le Deuxième Concerto pour piano (1881) et l’Ouverture pour une fête académique (1880), remerciement pour son doctorat de l’université de Breslau, bâtie sur des chansons d’étudiants.

Brahms, Symphonie no 3, III. Poco allegretto, par le Musopen Symphony Orchestra (Wikimedia Commons, Public domain)

Les dernières années (1886-1897)

Riche et célèbre, Brahms mène à Vienne une vie simple de vieux garçon, dans un modeste appartement de la Karlsgasse ; il passe l’été à la montagne, à Bad Ischl ou à Thoune. En 1889, il enregistre sur un cylindre d’Thomas Edison un fragment de sa Première Danse hongroise : c’est l’un des premiers enregistrements d’un grand compositeur. Le clarinettiste Richard Mühlfeld lui inspire ses derniers chefs-d’œuvre de musique de chambre, le Quintette pour clarinette (1891) et deux sonates. Il compose encore les Quatre Chants sérieux, méditation sur la mort, alors que Clara Schumann s’éteint en mai 1896. Atteint d’un cancer du foie, Brahms meurt à Vienne le 3 avril 1897 ; il repose au cimetière central de Vienne, près de Beethoven et de Schubert.

Brahms, Berceuse (Wiegenlied), op. 49 no 4, par la contralto Ernestine Schumann-Heink (enregistrement historique) (Wikimedia Commons, Public domain)

Chronologie

  • 1833 — naissance à Hambourg, le 7 mai
  • 1853 — tournée avec Reményi ; rencontre de Joachim, de Liszt et des Schumann
  • 1854 — internement de Robert Schumann
  • 1859 — Concerto pour piano no 1
  • 1862 — installation à Vienne
  • 1868 — Un requiem allemand à Brême ; Berceuse
  • 1869 — Danses hongroises
  • 1876 — Symphonie no 1
  • 1877 — Symphonie no 2
  • 1878 — Concerto pour violon
  • 1880 — Ouverture pour une fête académique
  • 1883 — Symphonie no 3
  • 1885 — Symphonie no 4
  • 1889 — enregistrement sur cylindre Edison
  • 1891 — Quintette pour clarinette
  • 1896 — mort de Clara Schumann ; Quatre Chants sérieux
  • 1897 — mort à Vienne, le 3 avril

Œuvres majeures

  • 4 symphonies (1876-1885)
  • 2 concertos pour piano, le Concerto pour violon, le Double Concerto pour violon et violoncelle
  • Un requiem allemand (1868), la Rhapsodie pour contralto, le Chant du destin
  • Les Danses hongroises et les Valses op. 39
  • L’Ouverture pour une fête académique et l’Ouverture tragique
  • Musique de chambre : Quintette avec piano, sextuors, quatuors, trios, sonates pour violon, pour violoncelle, Quintette pour clarinette
  • Piano : Variations sur un thème de Haendel, Variations Paganini, Intermezzi
  • Plus de 200 lieder, dont la Berceuse et les Quatre Chants sérieux

Galerie

Brahms jeune
Johannes Brahms à vingt ans, dessin de Jean-Joseph-Bonaventure Laurens, 1853. (Wikimedia Commons, Public domain)
Joseph Joachim
Joseph Joachim, le grand violoniste ami de Brahms. (Wikimedia Commons, Public domain)
Musée Brahms de Hambourg
Le Brahms-Museum de Hambourg. (Wikimedia Commons, CC BY 4.0)
Bad Ischl
Bad Ischl, où Brahms passait ses étés. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)
Tombe de Brahms
La tombe de Brahms au cimetière central de Vienne. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)
Brahms en 1889
Rudolf Krziwanek, Johannes Brahms, photographie, vers 1894. (Wikimedia Commons, Public domain)

À voir et à écouter

À télécharger (livres du domaine public, PDF)

  • Télécharger le PDF — Florence May, The Life of Johannes Brahms, tome I, Londres, 1905 : la biographie écrite par une élève de Clara Schumann qui connut Brahms. (lire en ligne)

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