Image d’en-tête : L’église de la Madeleine à Paris, vers 1890-1900, photochrome, Washington, Library of Congress : Saint-Saëns en fut l’organiste de 1858 à 1877 (Wikimedia Commons, Public domain)
Camille Saint-Saëns (1835-1921), le « Mozart français »
Enfant prodige comparé à Mozart, organiste de la Madeleine, pianiste virtuose, chef d’orchestre, savant, poète et grand voyageur, Camille Saint-Saëns (1835-1921) traversa presque tout un siècle de musique française, de Berlioz à Stravinsky. Il fonda la Société nationale de musique pour défendre la musique française et laissa des œuvres d’une élégance et d’une clarté toutes classiques : la Danse macabre, Le Carnaval des animaux, Samson et Dalila et la Symphonie avec orgue.

L’enfant prodige (1835-1852)
Charles-Camille Saint-Saëns naît à Paris le 9 octobre 1835. Son père meurt trois mois plus tard ; il est élevé par sa mère et sa grand-tante, qui lui apprend le piano dès deux ans et demi. Doué d’une mémoire et d’une oreille prodigieuses, il compose à trois ans et donne à dix ans, en 1846, à la salle Pleyel, un concert retentissant : en bis, il propose de jouer de mémoire n’importe laquelle des trente-deux sonates de Beethoven. Au Conservatoire de Paris, il étudie l’orgue avec Benoist et la composition avec Fromental Halévy ; il échoue deux fois au prix de Rome, mais sa Première Symphonie (1853) est saluée par Berlioz et Gounod.
L’organiste de la Madeleine (1858-1877)

Organiste de Saint-Merry, puis de l’église de la Madeleine de 1858 à 1877, Saint-Saëns y improvise avec un tel génie que Franz Liszt, l’entendant, le déclare « le premier organiste du monde ». Professeur à l’École Niedermeyer, il y a pour élève le jeune Gabriel Fauré, qui restera son ami fidèle. Admirateur de Bach, de Mozart, de Liszt et de Wagner à une époque où la France les connaissait mal, il fonde en 1871, après la défaite contre la Prusse, la Société nationale de musique, avec pour devise Ars gallica, pour faire jouer la musique des compositeurs français vivants. Il invente en France le poème symphonique : Le Rouet d’Omphale, Phaéton et la Danse macabre (1874), où la Mort, jouant du violon désaccordé, fait danser les squelettes à minuit jusqu’au chant du coq.
Samson et Dalila et les épreuves (1875-1886)
En 1875, Saint-Saëns épouse Marie-Laure Truffot, de vingt ans plus jeune. En 1878, leurs deux petits garçons meurent à six semaines d’intervalle ; le couple se sépare quelques années plus tard. La même année 1877, son opéra Samson et Dalila, refusé par les théâtres parisiens, est créé à Weimar grâce à Liszt ; il ne sera joué à l’Opéra de Paris qu’en 1892, et l’air de Dalila « Mon cœur s’ouvre à ta voix » deviendra l’un des plus célèbres du répertoire. Pour se consoler, Saint-Saëns voyage sans cesse : Algérie, Égypte, îles Canaries, Ceylan, Indochine, Amérique du Sud. En 1886, il compose pour un concert privé de Mardi gras Le Carnaval des animaux, « grande fantaisie zoologique » dont il interdit la publication de son vivant — à l’exception du Cygne —, et sa grande Symphonie avec orgue, dédiée à la mémoire de Liszt.
Le patriarche de la musique française (1886-1921)

Membre de l’Institut, grand-croix de la Légion d’honneur, Saint-Saëns devient l’une des gloires nationales. Esprit universel, il écrit sur l’astronomie, l’archéologie, la philosophie, publie des poèmes et des pièces de théâtre. En 1908, il compose la musique de L’Assassinat du duc de Guise, l’une des toutes premières musiques originales écrites pour le cinéma. Mais, défenseur de la clarté classique, il ne comprend ni Debussy ni Stravinsky, et quitte, dit-on, la création du Sacre du printemps en 1913. Il donne encore des concerts à plus de quatre-vingts ans et compose, l’année de sa mort, trois sonates pour instruments à vent. Il meurt à Alger, où il aimait passer l’hiver, le 16 décembre 1921 ; la France lui fait des funérailles nationales à la Madeleine et il repose au cimetière du Montparnasse.
Chronologie
- 1835 — naissance à Paris, le 9 octobre
- 1846 — concert à la salle Pleyel, à dix ans
- 1848 — entre au Conservatoire
- 1858 — organiste de la Madeleine
- 1861-1865 — professeur à l’École Niedermeyer ; Fauré est son élève
- 1871 — fonde la Société nationale de musique
- 1874 — Danse macabre
- 1875 — mariage avec Marie-Laure Truffot
- 1877 — Samson et Dalila à Weimar
- 1878 — mort de ses deux fils
- 1881 — élu à l’Académie des beaux-arts
- 1886 — Symphonie avec orgue ; Le Carnaval des animaux
- 1908 — musique de L’Assassinat du duc de Guise
- 1921 — mort à Alger, le 16 décembre
Œuvres majeures
- Symphonie no 3 « avec orgue » (1886)
- Le Carnaval des animaux (1886), avec Le Cygne
- Les poèmes symphoniques Danse macabre, Le Rouet d’Omphale, Phaéton, La Jeunesse d’Hercule
- L’opéra Samson et Dalila (1877) et douze autres opéras
- 5 concertos pour piano (dont le Deuxième et l’Égyptien), 3 concertos pour violon, 2 pour violoncelle
- Introduction et Rondo capriccioso et Havanaise pour violon et orchestre
- L’Oratorio de Noël et le Requiem
- Musique de chambre : sonates, trios, Septuor, Sonate pour clarinette
Galerie




À voir et à écouter
- Le Carnaval des animaux (vidéos YouTube)
- La Symphonie avec orgue (vidéos YouTube)
- La Danse macabre (vidéos YouTube)
- « Mon cœur s’ouvre à ta voix » (vidéos YouTube)
À télécharger (livres du domaine public, PDF)
- Télécharger le PDF — Camille Saint-Saëns, Musical Memories, Boston, 1919 : ses souvenirs. (lire en ligne)
- Télécharger le PDF — Camille Saint-Saëns, Portraits et souvenirs, Paris, 1900. (lire en ligne)
Pour aller plus loin en ligne
Pour aller plus loin
- Jean Gallois, Camille Saint-Saëns, Mardaga, 2004.
- Camille Saint-Saëns, École buissonnière, 1913.
- Voir aussi Les grands mouvements de la musique, Les 20 œuvres musicales les plus célèbres, La Musique, Franz Liszt, Hector Berlioz, La Musique française.