Orazio Puglisi

Le beau ! Quoi d'autre ?

Richard Strauss

Image d’en-tête : Richard Strauss, photographie, Washington, Library of Congress (Wikimedia Commons, Public domain)

Richard Strauss (1864-1949), le dernier des romantiques

Maître de l’orchestre, chef d’orchestre légendaire, compositeur de poèmes symphoniques éblouissants et de quinze opéras, Richard Strauss (1864-1949) a connu une carrière de plus de soixante-dix ans, de l’Allemagne de Bismarck à celle de l’après-guerre. Le début d’Ainsi parlait Zarathoustra, rendu célèbre par le film 2001, l’Odyssée de l’espace, le scandale de Salomé, la grâce viennoise du Chevalier à la rose et la sérénité des Quatre Derniers Lieder ont fait de lui le dernier grand romantique.

Richard Strauss
Richard Strauss vers 1900, photographie. (Wikimedia Commons, Public domain)

Munich et Meiningen (1864-1889)

Richard Georg Strauss naît à Munich le 11 juin 1864. Son père, Franz Strauss, premier cor de l’orchestre de la cour de Bavière, est l’un des meilleurs cornistes d’Europe — et un adversaire acharné de Wagner, dont il joue pourtant les créations. Sa mère appartient à la riche famille des brasseurs Pschorr. Enfant prodige, Richard compose dès six ans. En 1885, le grand chef Hans von Bülow l’engage comme assistant à Meiningen ; le jeune homme y découvre, grâce au violoniste Alexander Ritter, la musique de Liszt et de Wagner, et se convertit à la « musique de l’avenir ».

Les poèmes symphoniques (1889-1898)

Avec Don Juan (1889), créé à Weimar où il est maître de chapelle, Strauss s’impose d’un coup comme le plus brillant compositeur allemand de sa génération. Suivent Mort et Transfiguration (1890), Till l’Espiègle (1895), farce sur le célèbre farceur du folklore allemand, Ainsi parlait Zarathoustra (1896), d’après Nietzsche, dont le lever de soleil initial est devenu l’une des pages les plus célèbres de la musique, Don Quichotte (1897) et Une vie de héros (1898), où le héros n’est autre que Strauss lui-même. En 1894, il épouse la soprano Pauline de Ahna, au caractère orageux, qui lui inspirera nombre de ses lieder et de ses héroïnes.

Richard Strauss, Don Juan, op. 20 (extrait) (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

Richard Strauss, Ainsi parlait Zarathoustra : introduction (« Lever du soleil ») (Wikimedia Commons, CC BY 3.0)

Salomé, Elektra et le Chevalier à la rose (1905-1911)

Salomé
Max Tilke, affiche de Salomé de Richard Strauss. (Wikimedia Commons, Public domain)

Premier chef de l’Opéra royal de Berlin à partir de 1898, Strauss se consacre à l’opéra. Salomé (opéra) (Dresde, 1905), d’après la pièce d’Oscar Wilde, fait scandale avec sa « danse des sept voiles » et sa scène finale où l’héroïne embrasse la tête coupée de Jean-Baptiste ; c’est pourtant un triomphe qui permet à Strauss de se faire construire une villa à Garmisch-Partenkirchen. Avec le poète autrichien Hugo von Hofmannsthal commence une collaboration de vingt-cinq ans : Elektra (1909), tragédie d’une violence inouïe, puis, en contraste total, Le Chevalier à la rose (1911), comédie nostalgique dans la Vienne de Marie-Thérèse, avec ses valses enivrantes et son sublime trio final.

De Vienne à Salzbourg (1912-1933)

Salzbourg
Florian Joseph Altmann, Paysage près de Salzbourg, XIXe siècle : la ville de Mozart, où Strauss fonda le festival en 1920. (Wikimedia Commons, Public domain)

Strauss et Hofmannsthal donnent encore Ariane à Naxos (1912-1916), La Femme sans ombre (1919) et Arabella (1933). Codirecteur de l’Opéra d’État de Vienne de 1919 à 1924, Strauss fonde en 1920, avec Hofmannsthal et le metteur en scène Max Reinhardt, le festival de Salzbourg, consacré à Mozart, son dieu musical. Il est aussi l’un des grands chefs d’orchestre de son temps.

Les années sombres et les Quatre Derniers Lieder (1933-1949)

Villa Strauss
La villa de Richard Strauss à Garmisch-Partenkirchen. (Wikimedia Commons, CC BY 4.0)

En 1933, le régime nazi nomme Strauss, sans le consulter, président de la Chambre de musique du Reich. Il accepte, pensant protéger la musique allemande et sa famille — sa belle-fille est juive. Mais il collabore avec l’écrivain juif Stefan Zweig pour La Femme silencieuse (1935) ; une lettre où il écrit à Zweig son mépris pour le régime est interceptée par la Gestapo, et il est contraint de démissionner. À la fin de la guerre, bouleversé par la destruction des opéras de Munich, Dresde et Vienne, il compose Métamorphoses (1945), lamentation pour 23 cordes. Après la guerre, il écrit en Suisse, à quatre-vingt-quatre ans, ses Quatre Derniers Lieder (1948), adieu serein à la vie et à la voix de soprano qu’il a tant aimée. Il meurt à Garmisch le 8 septembre 1949.

Chronologie

  • 1864 — naissance à Munich, le 11 juin
  • 1885 — assistant de Hans von Bülow à Meiningen
  • 1889 — Don Juan ; maître de chapelle à Weimar
  • 1894 — mariage avec Pauline de Ahna
  • 1895 — Till l’Espiègle
  • 1896 — Ainsi parlait Zarathoustra
  • 1898 — premier chef de l’Opéra royal de Berlin ; Une vie de héros
  • 1905 — Salomé à Dresde
  • 1909 — Elektra
  • 1911 — Le Chevalier à la rose
  • 1919-1924 — codirecteur de l’Opéra de Vienne
  • 1920 — fonde le Festival de Salzbourg
  • 1933-1935 — président de la Chambre de musique du Reich
  • 1945 — Métamorphoses
  • 1948 — Quatre Derniers Lieder
  • 1949 — mort à Garmisch, le 8 septembre

Œuvres majeures

  • Poèmes symphoniques : Don Juan, Mort et Transfiguration, Till l’Espiègle, Ainsi parlait Zarathoustra, Don Quichotte, Une vie de héros, Symphonie alpestre
  • Opéras : Salomé, Elektra, Le Chevalier à la rose, Ariane à Naxos, La Femme sans ombre, Arabella, Capriccio
  • Métamorphoses pour 23 cordes (1945)
  • Quatre Derniers Lieder (1948) et plus de 200 lieder, dont Morgen ! et Zueignung
  • 2 concertos pour cor, un Concerto pour hautbois

Galerie

Strauss jeune
Richard Strauss en 1888, à vingt-quatre ans. (Wikimedia Commons, Public domain)
Hofmannsthal
Nicola Perscheid, Hugo von Hofmannsthal, vers 1910 : le librettiste de Strauss. (Wikimedia Commons, Public domain)
Munich
L’Opéra national de Bavière à Munich, ville natale de Strauss. (Wikimedia Commons, CC BY 2.0)
Strauss par Liebermann
Max Liebermann, Richard Strauss, 1918. (Wikimedia Commons, CC0)

À voir et à écouter

À télécharger (livres du domaine public, PDF)

Pour aller plus loin en ligne

Pour aller plus loin

© 2026 Orazio Puglisi

Thème par Anders Norén