Orazio Puglisi

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Gustav Mahler

Image d’en-tête : Gustav Klimt, L’Attersee, 1900, Vienne, Leopold Museum : le lac au bord duquel Mahler composa ses Deuxième et Troisième Symphonies (Wikimedia Commons, Public domain)

Gustav Mahler (1860-1911), la symphonie comme un monde

« La symphonie doit être comme le monde : elle doit tout embrasser. » Chef d’orchestre le plus célèbre de son temps, directeur de l’Opéra de Vienne, Gustav Mahler (1860-1911) ne composait que l’été, dans de petites cabanes au bord des lacs autrichiens. Ses dix symphonies, immenses fresques où se mêlent marches militaires, chants populaires, valses, chorals et visions de l’au-delà, et ses cycles de lieder ont été longtemps incompris. « Mon temps viendra », disait-il : il est venu, et Mahler est aujourd’hui l’un des compositeurs les plus joués au monde.

Gustav Mahler
Gustav Mahler en 1909, photographie d’Aimé Dupont, New York. (Wikimedia Commons, Public domain)

Une enfance en Bohême (1860-1880)

Gustav Mahler naît le 7 juillet 1860 à Kaliště, en Bohême, dans une famille juive de langue allemande qui s’installe peu après à Jihlava (Iglau). Deuxième de quatorze enfants, dont huit meurent en bas âge, il grandit entre un père brutal et une mère douce et malade, et entend chaque jour les fanfares de la caserne voisine et les chansons populaires : on les retrouvera dans toutes ses symphonies. « Je suis trois fois apatride, disait-il : Bohémien en Autriche, Autrichien parmi les Allemands, et Juif dans le monde entier. » À quinze ans, il entre au Conservatoire de Vienne ; il y suit aussi les cours de Anton Bruckner, qu’il vénère.

Le chef d’orchestre (1880-1897)

Cabane de composition
La cabane de composition de Mahler à Steinbach, au bord de l’Attersee, où il écrivit ses Deuxième et Troisième Symphonies. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)

Pour gagner sa vie, Mahler devient chef d’orchestre : de petits théâtres d’Autriche, puis Ljubljana, Olomouc, Kassel, Prague, Leipzig, l’Opéra royal de Budapest (1888) et le Stadttheater de Hambourg (1891). Exigeant jusqu’à la tyrannie, il impose partout une discipline et une exigence artistique inouïes. Il compose pendant les vacances : la Symphonie no 1 de Mahler « Titan » (1888), dont le troisième mouvement transforme la ronde enfantine Frère Jacques en marche funèbre, puis la Symphonie no 2 de Mahler « Résurrection » et la Troisième, écrites à Steinbach, au bord de l’Attersee : au jeune chef Bruno Walter qui admire le paysage, il lance : « Inutile de regarder : j’ai déjà tout mis en musique ! »

Mahler, Symphonie no 4, III. Ruhevoll (Paisible) (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)

Le directeur de l’Opéra de Vienne (1897-1907)

En 1897, après s’être converti au catholicisme — condition alors nécessaire —, Mahler devient directeur de l’Opéra d’État de Vienne, le poste musical le plus prestigieux d’Europe. Pendant dix ans, avec le décorateur Alfred Roller, il réforme tout : il fait éteindre la lumière dans la salle, interdit l’entrée aux retardataires, supprime les claques, renouvelle la mise en scène de Mozart et de Wagner. En 1902, il épouse la belle et brillante Alma Mahler, de dix-neuf ans sa cadette, compositrice, dont il aura deux filles. Chaque été, à Maiernigg, au bord du Wörthersee, il compose les Quatrième, Cinquième — avec son célèbre Adagietto, lettre d’amour à Alma —, Sixième « Tragique » et Septième symphonies, et les Kindertotenlieder sur des poèmes de Rückert.

Les dernières années (1907-1911)

Frise Beethoven
Gustav Klimt, Frise Beethoven : « Les souffrances de la faible humanité », 1902, Vienne, Palais de la Sécession. Le chevalier en armure aurait les traits de Mahler, qui dirigea la Neuvième de Beethoven à l’inauguration de l’exposition. (Wikimedia Commons, Public domain)

L’année 1907 frappe Mahler de trois coups du destin : les cabales antisémites le poussent à quitter l’Opéra de Vienne ; sa fille aînée Maria meurt de la diphtérie ; les médecins lui découvrent une maladie du cœur. Il part pour New York, où il dirige le Metropolitan Opera puis l’Orchestre philharmonique de New York. En 1910, à Munich, la création de sa gigantesque Symphonie no 8 de Mahler, dite « des Mille », est le plus grand triomphe de sa vie. Il compose encore Le Chant de la Terre, d’après des poèmes chinois, et la Neuvième Symphonie, qui s’éteint dans le silence, et laisse la Dixième inachevée. Malade, il rentre à Vienne pour y mourir le 18 mai 1911. Il repose au cimetière de Grinzing. Défendu par Bruno Walter, Leonard Bernstein et le cinéma (Mort à Venise de Visconti, sur l’Adagietto), il triomphe depuis les années 1960.

Mahler, Symphonie no 5 : Adagietto (IVe mouvement) (Wikimedia Commons, CC0)

Chronologie

  • 1860 — naissance à Kaliště (Bohême), le 7 juillet
  • 1875 — entre au Conservatoire de Vienne
  • 1880 — premier poste de chef d’orchestre
  • 1888 — Symphonie no 1 ; directeur de l’Opéra de Budapest
  • 1891 — premier chef au Stadttheater de Hambourg
  • 1894 — Symphonie no 2 « Résurrection »
  • 1897 — directeur de l’Opéra de Vienne
  • 1902 — mariage avec Alma Schindler ; Symphonie no 5
  • 1904 — Kindertotenlieder ; Symphonie no 6
  • 1907 — démission de Vienne ; mort de sa fille Maria
  • 1908 — chef au Metropolitan Opera de New York
  • 1909 — Le Chant de la Terre
  • 1910 — triomphe de la Symphonie no 8 à Munich
  • 1911 — mort à Vienne, le 18 mai

Œuvres majeures

  • 10 symphonies, dont la Première « Titan », la Deuxième « Résurrection », la Cinquième, la Huitième « des Mille » et la Neuvième
  • Le Chant de la Terre (Das Lied von der Erde, 1909)
  • Kindertotenlieder (Chants pour les enfants morts)
  • Lieder eines fahrenden Gesellen (Chants d’un compagnon errant)
  • Des Knaben Wunderhorn (Le Cor merveilleux de l’enfant)
  • Rückert-Lieder, dont « Ich bin der Welt abhanden gekommen »

Galerie

Alma Mahler
Gustav et Alma Mahler, photographie. (Wikimedia Commons, Public domain)
Tombe de Mahler
La tombe de Mahler au cimetière de Grinzing, Vienne. (Wikimedia Commons, CC BY 4.0)
Buste de Mahler par Rodin
Auguste Rodin, Buste de Gustav Mahler, 1909. (Wikimedia Commons, CC0)

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