Orazio Puglisi

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Gioachino Rossini

Image d’en-tête : Salvatore Fergola, L’Incendie du Teatro di San Carlo de Naples, 1816 : le théâtre dont Rossini était directeur musical brûla le 13 février 1816 et fut reconstruit en moins d’un an (Wikimedia Commons, Public domain)

Gioachino Rossini (1792-1868), le Cygne de Pesaro

Le compositeur le plus célèbre d’Europe dans les années 1820 fut un Italien jovial, gourmand et paresseux de réputation — qui écrivit pourtant trente-neuf opéras en dix-neuf ans. Gioachino Rossini (1792-1868), maître de l’opéra bouffe avec Le Barbier de Séville, L’Italienne à Alger et La Cenerentola, auteur de l’ouverture de Guillaume Tell, cessa d’écrire pour la scène à trente-sept ans et vécut encore près de quarante ans, admiré, spirituel et fin gastronome.

Gioachino Rossini
Vincenzo Camuccini, Portrait de Gioachino Rossini, vers 1816, Milan, Museo teatrale alla Scala. (Wikimedia Commons, CC BY 3.0)

Pesaro et Bologne : un enfant de la balle (1792-1810)

Gioachino Antonio Rossini naît le 29 février 1792 à Pesaro, sur l’Adriatique, fils d’un corniste municipal aux idées républicaines et d’une chanteuse d’opéra. Il grandit dans les coulisses des théâtres où se produisent ses parents. Installé à Bologne, il étudie au Liceo musicale le violoncelle, le piano et le contrepoint, et se passionne pour Haydn et Mozart — on le surnomme « le petit Allemand ». À dix-huit ans, en 1810, il fait représenter à Venise son premier opéra, La cambiale di matrimonio.

La conquête de l’Italie (1810-1815)

En quelques années, Rossini devient le maître de la scène italienne. En 1813, il donne à Venise deux triomphes : l’opéra sérieux Tancredi, dont l’air « Di tanti palpiti » est chanté dans toutes les rues, et l’irrésistible L’Italienne à Alger. Son génie comique, sa verve rythmique et ses fameux « crescendos rossiniens », où l’orchestre enfle peu à peu jusqu’à l’ivresse, enthousiasment le public.

Rossini, Le Barbier de Séville : ouverture, par l’Orchestre philharmonique de New York dirigé par Arturo Toscanini (enregistrement historique) (Wikimedia Commons, Public domain)

Naples et le Barbier (1815-1822)

Teatro di San Carlo
La salle du Teatro di San Carlo de Naples, inauguré en 1737. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

En 1815, le puissant impresario Domenico Barbaja l’engage comme directeur musical du Teatro di San Carlo de Naples, le plus grand théâtre d’Italie. Rossini y écrit des opéras sérieux pour la grande soprano espagnole Isabella Colbran, qu’il épousera en 1822 : Otello, Armida, Mosè in Egitto, La donna del lago. Mais c’est à Rome qu’il crée en 1816, écrit en moins de trois semaines, Le Barbier de Séville, d’après Beaumarchais : la première est un chahut organisé par les partisans du vieux Paisiello, qui avait mis le même sujet en musique ; dès la deuxième représentation, c’est un triomphe qui dure encore. Suivent La Cenerentola et La Pie voleuse (1817).

Rossini, Le Barbier de Séville : « Largo al factotum », cavatine de Figaro, enregistrement de la Scala de Milan dirigé par Lorenzo Molajoli, 1929 (Wikimedia Commons, Public domain)

Vienne, Paris et Guillaume Tell (1822-1829)

En 1822, Vienne lui fait un accueil délirant ; il y rend visite à Beethoven, qui lui conseille de « faire encore beaucoup de Barbiers ». Après Semiramide (Venise, 1823), il s’installe à Paris, où il dirige le Théâtre-Italien et devient compositeur du roi. Il adapte ses œuvres au goût français et écrit Le Comte Ory (1828), puis Guillaume Tell (1829), immense fresque historique qui ouvre l’ère du grand opéra romantique. Son ouverture, avec le galop final, est l’une des pages les plus célèbres de toute la musique.

Rossini, Guillaume Tell : ouverture complète, sous la direction de Fritz Reiner (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

Le grand silence et les Péchés de vieillesse (1829-1868)

Rossini âgé
Étienne Carjat, Gioachino Rossini, photographie, 1865. (Wikimedia Commons, Public domain)

À trente-sept ans, au sommet de la gloire, Rossini cesse d’écrire des opéras. Les raisons de ce silence restent mystérieuses : la révolution de 1830 qui annule son contrat, la mort de sa mère, une santé fragile, la lassitude. Il compose encore un admirable Stabat Mater (1841). Après des années difficiles à Bologne et à Florence, il revient en 1855 à Paris avec sa seconde épouse, Olympe Pélissier, et retrouve la santé et l’humour. Dans sa villa de Passy, ses « samedis soir » réunissent le Tout-Paris musical — Verdi, Liszt, Saint-Saëns, Patti. Il écrit pour ces soirées les spirituels Péchés de vieillesse et la Petite messe solennelle (1863). Gourmet célèbre, il a donné son nom au tournedos Rossini. Il meurt à Passy le 13 novembre 1868 ; d’abord inhumé au Père-Lachaise, il repose depuis 1887 dans la basilique Santa Croce de Florence, près de Michel-Ange et de Galilée.

Chronologie

  • 1792 — naissance à Pesaro, le 29 février
  • 1806 — élève du Liceo musicale de Bologne
  • 1810 — premier opéra à Venise
  • 1813 — Tancredi et L’Italienne à Alger
  • 1815 — directeur musical du San Carlo de Naples
  • 1816 — Le Barbier de Séville à Rome
  • 1817 — La Cenerentola et La Pie voleuse
  • 1822 — mariage avec Isabella Colbran ; visite à Beethoven
  • 1823 — Semiramide
  • 1824 — installation à Paris
  • 1829 — Guillaume Tell, son dernier opéra
  • 1841 — Stabat Mater
  • 1846 — mariage avec Olympe Pélissier
  • 1855 — retour à Paris, villa de Passy
  • 1863 — Petite messe solennelle
  • 1868 — mort à Passy, le 13 novembre

Œuvres majeures

  • Le Barbier de Séville (1816)
  • L’Italienne à Alger (1813), Le Turc en Italie (1814), La Cenerentola (1817)
  • Tancredi (1813), Otello (1816), La Pie voleuse (1817), Mosè in Egitto (1818), La donna del lago (1819)
  • Semiramide (1823), Le Voyage à Reims (1825), Le Comte Ory (1828)
  • Guillaume Tell (1829)
  • Stabat Mater (1841) et Petite messe solennelle (1863)
  • Péchés de vieillesse (plus de 150 pièces)
  • 6 Sonates à quatre pour cordes, écrites à douze ans

Galerie

Maison natale de Rossini
La maison natale de Rossini à Pesaro, aujourd’hui musée. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)
Isabella Colbran
Isabella Colbran, première épouse de Rossini. (Wikimedia Commons, Public domain)
Tombe de Rossini
Le tombeau de Rossini dans la basilique Santa Croce de Florence. (Wikimedia Commons, CC BY 2.0)
Statue de Rossini à Pesaro
Statue de Rossini à Pesaro. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

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