Image d’en-tête : Angelo Inganni, Le Teatro alla Scala, 1852, Milan, Museo teatrale alla Scala (Wikimedia Commons, CC BY 3.0)
Giuseppe Verdi (1813-1901), la voix de l’Italie
Aucun compositeur n’a été aussi intimement lié à l’histoire de son pays. Giuseppe Verdi (1813-1901), fils d’aubergiste devenu le plus grand compositeur d’opéras italien, a donné au Risorgimento ses hymnes et à la scène lyrique ses chefs-d’œuvre les plus joués : Nabucco, Rigoletto, Il trovatore, La traviata, Aida, Otello, Falstaff. Un mois après sa mort, lors du transfert de sa dépouille, une foule immense — on parla de 300 000 personnes — accompagna son cortège dans les rues de Milan, tandis qu’un chœur de huit cents voix chantait « Va, pensiero ».

Les débuts difficiles (1813-1840)
Giuseppe Fortunino Francesco Verdi naît le 10 octobre 1813 aux Roncole, hameau du duché de Parme alors annexé à l’Empire français : son acte de naissance est rédigé en français. Fils d’un aubergiste-épicier, il apprend l’orgue auprès du curé du village, puis étudie à Busseto grâce au négociant Antonio Barezzi, qui le prend sous sa protection et dont il épousera la fille, Margherita. En 1832, le Conservatoire de Milan le refuse : trop âgé, mauvaise position de la main, et « étranger » au royaume lombard. Ironie de l’histoire, le conservatoire porte aujourd’hui son nom. Il étudie alors en privé avec Vincenzo Lavigna, chef au Teatro alla Scala. Son premier opéra, Oberto, est créé à la Scala en 1839. Mais entre 1838 et 1840, il perd ses deux enfants puis sa femme. Son opéra bouffe Un giorno di regno est sifflé. Désespéré, il jure de ne plus composer.
Nabucco et les « années de galère » (1842-1850)
L’imprésario de la Scala, Bartolomeo Merelli, lui glisse de force dans la poche un livret de Temistocle Solera : Nabucco. Le livre tombe ouvert sur le chœur des Hébreux exilés, « Va, pensiero, sull’ali dorate » : Verdi est saisi. Créé à la Scala le 9 mars 1842, Nabucco triomphe ; les Italiens, sous domination autrichienne, se reconnaissent dans le peuple captif à Babylone. Commencent ce que Verdi appellera ses « années de galère » : seize opéras en dix ans — I Lombardi alla prima crociata, Ernani, Macbeth, Luisa Miller — qui font de lui le chantre de l’indépendance. Sur les murs on écrit « Viva VERDI », acronyme de « Viva Vittorio Emanuele Re D’Italia ». La soprano Giuseppina Strepponi, créatrice d’Abigaille, deviendra sa compagne puis sa seconde épouse (1859).
La « trilogie populaire » (1851-1853)
En trois ans, Verdi compose trois chefs-d’œuvre qui comptent encore parmi les opéras les plus joués au monde : Rigoletto (Venise, 1851), d’après Le roi s’amuse de Victor Hugo, avec le célèbre air du duc « La donna è mobile » ; Il trovatore (Rome, 1853), drame espagnol flamboyant ; et La traviata (Venise, 1853), d’après La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils : pour la première fois, un opéra montre une courtisane contemporaine, mourant de phtisie, en héroïne tragique. Le soir de la création, c’est un échec ; un an plus tard, un triomphe.
Le grand opéra et la gloire internationale (1855-1871)
Verdi écrit désormais pour les grandes scènes d’Europe : Les Vêpres siciliennes pour l’Opéra de Paris (1855), Simon Boccanegra, Un ballo in maschera (1859), La forza del destino pour Saint-Pétersbourg (1862), Don Carlos pour Paris (1867), d’après Schiller. Élu député au premier Parlement italien en 1861 à la demande de Cavour, puis sénateur, il vit surtout dans son domaine agricole de Sant’Agata, près de Busseto, où il se fait gentleman-farmer. Pour l’inauguration du canal de Suez et de l’Opéra khédivial du Caire, le khédive lui commande Aida, créée au Caire en 1871 : la marche triomphale du IIe acte deviendra l’une des pages les plus célèbres de la musique.
Le Requiem et les chefs-d’œuvre de la vieillesse (1874-1901)
À la mort du grand écrivain Alessandro Manzoni, qu’il vénérait, Verdi compose sa Messa da Requiem (1874), dont le Dies irae terrifiant est devenu l’une des musiques les plus célèbres du monde. Puis il se tait pendant seize ans. L’éditeur Giulio Ricordi et le poète-compositeur Arrigo Boito le convainquent de revenir à Shakespeare : à 73 ans, il donne Otello (1887), drame d’une intensité continue, et à 79 ans Falstaff (1893), comédie étincelante qui se termine par une fugue : « Tutto nel mondo è burla » (tout dans le monde n’est que farce). Il fonde à Milan la Casa di Riposo per Musicisti, maison de retraite pour musiciens âgés, financée par ses droits d’auteur, qu’il appelle « mon œuvre la plus belle ». Il meurt au Grand Hôtel de Milan le 27 janvier 1901 ; il repose dans la crypte de cette maison, aux côtés de Giuseppina Strepponi. Le 27 février 1901, lors du transfert des dépouilles, le jeune Arturo Toscanini dirige « Va, pensiero » devant la foule.
Chronologie
- 1813 — naissance aux Roncole, le 10 octobre
- 1832 — refusé au Conservatoire de Milan
- 1836 — mariage avec Margherita Barezzi
- 1839 — Oberto à la Scala
- 1838-1840 — mort de ses deux enfants et de sa femme
- 1842 — triomphe de Nabucco
- 1851 — Rigoletto
- 1853 — Il trovatore et La traviata
- 1859 — mariage avec Giuseppina Strepponi ; Un ballo in maschera
- 1861 — député au premier Parlement italien
- 1867 — Don Carlos à Paris
- 1871 — Aida au Caire
- 1874 — Requiem
- 1887 — Otello
- 1893 — Falstaff
- 1901 — mort à Milan, le 27 janvier
Œuvres majeures
- Nabucco (1842), Ernani (1844), Macbeth (1847)
- Rigoletto (1851), Il trovatore (1853), La traviata (1853)
- Les Vêpres siciliennes (1855), Simon Boccanegra (1857), Un ballo in maschera (1859)
- La forza del destino (1862), Don Carlos (1867), Aida (1871)
- Messa da Requiem (1874), Quattro pezzi sacri (1898)
- Otello (1887), Falstaff (1893)
- Un Quatuor à cordes en mi mineur (1873)
Galerie






À voir et à écouter
- Le chœur « Va, pensiero » de Nabucco (vidéos YouTube)
- La traviata (vidéos YouTube)
- Le Dies irae du Requiem de Verdi (vidéos YouTube)
- La marche triomphale d’Aida à Vérone (vidéos YouTube)
À télécharger (livres du domaine public, PDF)
- Télécharger le PDF — Arthur Pougin, Verdi, histoire anecdotique de sa vie et de ses œuvres, Paris, Calmann-Lévy, 1886. (lire en ligne)
Pour aller plus loin en ligne
- Istituto nazionale di studi verdiani (Parme)
- Partitions de Verdi sur IMSLP
- Teatro alla Scala
- Casa di Riposo per Musicisti — Casa Verdi
Pour aller plus loin
- Arthur Pougin, Verdi, 1886.
- Pierre Milza, Verdi et son temps, Perrin, 2001.
- Gilles de Van, Verdi, un théâtre en musique, Fayard, 1992.
- Alain Duault, Verdi, la musique et le drame, Gallimard, « Découvertes », 1986.
- Voir aussi Les grands mouvements de la musique, Les 20 œuvres musicales les plus célèbres et La Musique. Voir aussi L’Opéra, Histoire de la Musique Italienne et Liste de compositeurs italiens.