Image d’en-tête : Leopoldo Metlicovitz, affiche de Madama Butterfly, Milan, G. Ricordi, 1904 (Wikimedia Commons, Public domain)
Giacomo Puccini (1858-1924), le dernier grand maître de l’opéra italien
Héritier de Verdi, Giacomo Puccini (1858-1924) a écrit quelques-uns des opéras les plus aimés du monde : La Bohème, Tosca, Madama Butterfly, Turandot. Mélodiste incomparable, homme de théâtre d’une efficacité redoutable, il a fait pleurer des générations de spectateurs avec ses héroïnes fragiles et passionnées — Mimì, Tosca, Cio-Cio-San, Liù — et donné aux ténors leurs airs les plus célèbres, de « Che gelida manina » à « Nessun dorma ».

Lucques et Milan (1858-1884)
Giacomo Puccini naît le 22 décembre 1858 à Lucques, en Toscane, dans une famille où l’on est musicien d’église de père en fils depuis cinq générations. Orphelin de père à cinq ans, il est destiné à lui succéder comme organiste de la cathédrale San Martino. Mais en 1876, à dix-sept ans, il fait à pied les trente kilomètres qui le séparent de Pise pour assister à une représentation d’Aida de Verdi : c’est la révélation, il sera compositeur d’opéras. Grâce à une bourse de la reine Marguerite et à l’aide d’un grand-oncle, il entre en 1880 au conservatoire de Milan, où il étudie avec Amilcare Ponchielli, l’auteur de La Gioconda, et partage une mansarde avec Pietro Mascagni. Son premier opéra, Le Villi (1884), attire l’attention de l’éditeur Giulio Ricordi, qui le soutiendra toute sa vie.
Manon Lescaut et La Bohème (1893-1896)
Après l’échec d’Edgar, Puccini triomphe en 1893 avec Manon Lescaut, d’après l’abbé Prévost : le critique George Bernard Shaw voit en lui « l’héritier de Verdi ». Il s’installe à Torre del Lago, au bord du lac de Massaciuccoli, où il partage son temps entre la composition, la chasse aux oiseaux d’eau et les automobiles. En 1896, La Bohème, d’après les Scènes de la vie de bohème d’Henri Murger, est créée à Turin sous la direction du jeune Arturo Toscanini : l’histoire de Mimì et Rodolfo, jeunes artistes pauvres du Quartier latin, devient l’un des opéras les plus joués au monde. Ses librettistes, Luigi Illica et Giuseppe Giacosa, seront aussi ceux de Tosca et de Butterfly.
Tosca et Madama Butterfly (1900-1904)

En 1900, Tosca, d’après le drame de Victorien Sardou créé par Sarah Bernhardt, est créée à Rome : en trois actes situés dans trois lieux réels de la ville — l’église Sant’Andrea della Valle, le palais Farnèse et le château Saint-Ange —, la cantatrice Floria Tosca affronte le cruel baron Scarpia, chef de la police, pour sauver son amant, le peintre Cavaradossi. En 1904, Madama Butterfly, l’histoire d’une jeune geisha abandonnée par un officier américain, est sifflée à la Scala lors de sa création ; remaniée, elle triomphe trois mois plus tard à Brescia et devient l’opéra préféré de son auteur. Puccini s’y est documenté sur la musique japonaise et cite de vraies mélodies populaires.
L’Amérique, le Triptyque et les années difficiles (1904-1918)
En 1903, un grave accident de voiture l’immobilise plusieurs mois. En 1909, le suicide de sa jeune servante Doria Manfredi, injustement accusée par Elvira, l’épouse jalouse de Puccini, provoque un procès et un scandale qui l’accablent. Il se remet au travail pour le Metropolitan Opera de New York, qui crée en 1910 La fanciulla del West, western lyrique dirigé par Toscanini avec Enrico Caruso. Suivent La rondine (Monte-Carlo, 1917) et Il trittico (New York, 1918), trois opéras en un acte : le sombre Il tabarro, le mystique Suor Angelica et le comique Gianni Schicchi, inspiré de Dante, avec l’air célèbre « O mio babbino caro ».
Turandot, l’œuvre inachevée (1920-1926)
Pour son dernier opéra, Puccini choisit un conte chinois de Carlo Gozzi : Turandot, la princesse cruelle qui fait décapiter les prétendants incapables de résoudre ses trois énigmes. Il y travaille quatre ans, cherchant un langage nouveau, admirant Debussy, Stravinsky et Schönberg. Atteint d’un cancer de la gorge, il part se faire soigner à Bruxelles, où il meurt le 29 novembre 1924, laissant inachevé le duo final. L’opéra est terminé par Franco Alfano. Le 25 avril 1926, à la Scala, Toscanini s’arrête à l’endroit où Puccini avait posé la plume, après la mort de la petite esclave Liù, se tourne vers le public et dit : « Ici s’achève l’opéra, laissé inachevé par la mort du maestro. » L’air du prince Calaf, « Nessun dorma », est devenu au XXe siècle l’air d’opéra le plus célèbre du monde.
Chronologie
- 1858 — naissance à Lucques, le 22 décembre
- 1876 — va à pied à Pise voir Aida de Verdi
- 1880 — entre au conservatoire de Milan
- 1884 — Le Villi
- 1893 — Manon Lescaut
- 1896 — La Bohème à Turin
- 1900 — Tosca à Rome
- 1903 — grave accident de voiture
- 1904 — Madama Butterfly ; mariage avec Elvira
- 1909 — affaire Doria Manfredi
- 1910 — La fanciulla del West au Metropolitan Opera
- 1917 — La rondine
- 1918 — Il trittico
- 1924 — mort à Bruxelles, le 29 novembre
- 1926 — création posthume de Turandot à la Scala
Œuvres majeures
- Manon Lescaut (1893)
- La Bohème (1896)
- Tosca (1900)
- Madama Butterfly (1904)
- La fanciulla del West (1910)
- La rondine (1917)
- Il trittico : Il tabarro, Suor Angelica, Gianni Schicchi (1918)
- Turandot (1926, posthume)
- La Messa di Gloria (1880) et le Crisantemi pour quatuor à cordes
Galerie




À voir et à écouter
- La Bohème (vidéos YouTube)
- « Nessun dorma » (vidéos YouTube)
- « Vissi d’arte » (Tosca) (vidéos YouTube)
- « Un bel dì vedremo » (Butterfly) (vidéos YouTube)
À télécharger (livres du domaine public, PDF)
- Télécharger le PDF — Wakeling Dry, Giacomo Puccini, Londres, John Lane, 1906. (lire en ligne)
Pour aller plus loin en ligne
- Fondation Giacomo Puccini (Lucques)
- Festival Puccini de Torre del Lago
- Partitions de Puccini sur IMSLP
Pour aller plus loin
- Sylvain Fort, Puccini, Actes Sud, 2010.
- Voir aussi Les grands mouvements de la musique, Les 20 œuvres musicales les plus célèbres, La Musique, Giuseppe Verdi, L’Opéra, Histoire de la Musique Italienne.