Orazio Puglisi

Le beau ! Quoi d'autre ?

Le Post-impressionnisme

Image d’en-tête : Georges Seurat, Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, 1884-1886, Chicago, Art Institute (Wikimedia Commons, Public domain)

Le Post-impressionnisme (vers 1880-1910), les chemins de l’art moderne

Nés de l’impressionnisme, mais insatisfaits de la seule notation des sensations fugitives, quelques peintres de génie — Cézanne, Seurat, Van Gogh, Gauguin, Toulouse-Lautrec — ont ouvert dans les années 1880 des voies radicalement nouvelles : la construction, la science de la couleur, l’expression des émotions, le symbole et le rêve. Le mot de post-impressionnisme fut inventé en 1910 par le critique anglais Roger Fry. Sans former une école, ces artistes ont posé les fondations de tout l’art du XXe siècle.

Van Gogh, La Nuit étoilée
Vincent van Gogh, La Nuit étoilée, 1889, New York, Museum of Modern Art. (Wikimedia Commons, Public domain)

Cézanne : construire la nature

Cézanne, Sainte-Victoire
Paul Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire, vers 1887, Londres, Courtauld Gallery. (Wikimedia Commons, Public domain)

Retiré à Aix-en-Provence, Paul Cézanne veut « faire de l’impressionnisme quelque chose de solide et de durable comme l’art des musées ». Il reconstruit le paysage par plans de couleur, simplifie les volumes, multiplie les points de vue dans ses natures mortes aux pommes, et peint inlassablement la montagne Sainte-Victoire. Il conseille de « traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône » : Picasso et Braque y puiseront le cubisme. Matisse et Picasso l’appelleront « notre père à tous ».

Seurat et le néo-impressionnisme

Georges Seurat étudie les théories scientifiques de la couleur du chimiste Michel-Eugène Chevreul et invente le « pointillisme » ou divisionnisme : de petites touches de couleurs pures, juxtaposées, qui se mélangent dans l’œil du spectateur. Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, présenté à la dernière exposition impressionniste en 1886, fait sensation. Mort à trente et un ans, Seurat laisse à Paul Signac et à Henri-Edmond Cross le soin de prolonger le néo-impressionnisme, dont les couleurs éclatantes annoncent le fauvisme.

Van Gogh : la couleur comme cri

Les Tournesols
Vincent van Gogh, Les Tournesols, 1888, Londres, National Gallery. (Wikimedia Commons, Public domain)

Fils de pasteur néerlandais, Vincent van Gogh ne peint que dix ans, de 1880 à 1890, et ne vend presque rien de son vivant. À Paris, il découvre l’impressionnisme et les estampes japonaises ; en Provence, à Arles (1888), il peint dans un éblouissement de lumière Les Tournesols, La Chambre à coucher, Le Café de nuit. Après la crise où il se tranche l’oreille, il est soigné à Saint-Rémy-de-Provence, où naît La Nuit étoilée, puis meurt à Auvers-sur-Oise en 1890. Ses couleurs violentes et ses touches tourbillonnantes, qui expriment ses émotions plus que la réalité, ouvrent la voie à l’expressionnisme.

Gauguin, Pont-Aven et les Nabis

Gauguin, Vision après le sermon
Paul Gauguin, La Vision après le sermon, 1888, Édimbourg, National Gallery of Scotland. (Wikimedia Commons, Public domain)

Paul Gauguin, ancien agent de change devenu peintre, cherche une peinture « primitive » et symbolique. À Pont-Aven, en Bretagne, il invente avec Émile Bernard le « synthétisme » : aplats de couleurs pures cernées de noir, comme dans les vitraux. La Vision après le sermon (1888) en est le manifeste. Son jeune disciple Paul Sérusier peint sous sa dictée Le Talisman, qui donne naissance au groupe des Nabis (« prophètes » en hébreu) : Maurice Denis, Pierre Bonnard, Édouard Vuillard. Fuyant l’Europe, Gauguin part à Tahiti en 1891, puis aux Marquises, où il meurt en 1903 après avoir peint son testament : D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?

Toulouse-Lautrec et l’affiche

Toulouse-Lautrec, La Goulue
Henri de Toulouse-Lautrec, Moulin-Rouge, La Goulue, affiche, 1891, New York, Metropolitan Museum of Art. (Wikimedia Commons, CC0)

À Montmartre, Henri de Toulouse-Lautrec peint les danseuses du Moulin-Rouge, les chanteuses de café-concert comme Aristide Bruant et Yvette Guilbert, et les maisons closes, d’un trait incisif inspiré de Degas et des estampes japonaises. Ses affiches lithographiées en couleurs, comme Moulin-Rouge, La Goulue (1891), font de lui l’inventeur de l’affiche moderne.

Les grands artistes

Chronologie

  • 1884-1886 — Seurat, Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte
  • 1886 — dernière exposition impressionniste ; Van Gogh à Paris
  • 1888 — Van Gogh à Arles ; Gauguin, La Vision après le sermon ; Sérusier, Le Talisman
  • 1889 — Van Gogh, La Nuit étoilée
  • 1890 — mort de Van Gogh à Auvers-sur-Oise
  • 1891 — Gauguin part pour Tahiti ; Toulouse-Lautrec, Moulin-Rouge, La Goulue
  • 1895 — première exposition personnelle de Cézanne chez Ambroise Vollard
  • 1897 — Gauguin, D’où venons-nous ?
  • 1906 — mort de Cézanne
  • 1910 — Roger Fry, exposition Manet and the Post-Impressionists à Londres

Galerie

Les Joueurs de cartes
Paul Cézanne, Les Joueurs de cartes, 1890-1895. (Wikimedia Commons, Public domain)
La Chambre à Arles
Vincent van Gogh, La Chambre à Arles, 1888-1889. (Wikimedia Commons, Public domain)
D’où venons-nous ?
Paul Gauguin, D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?, 1897, Boston, Museum of Fine Arts. (Wikimedia Commons, Public domain)
Le Talisman
Paul Sérusier, Le Talisman, 1888, Paris, musée d’Orsay. (Wikimedia Commons, Public domain)
Signac
Paul Signac, Le Port de Saint-Tropez, 1901, Tokyo, National Museum of Western Art. (Wikimedia Commons, Public domain)
Seurat, Le Cirque
Georges Seurat, Le Cirque, 1891, Paris, musée d’Orsay. (Wikimedia Commons, Public domain)

À voir

À télécharger (livres du domaine public, PDF)

À télécharger (livres du domaine public, PDF)

Pour aller plus loin en ligne

Pour aller plus loin

© 2026 Orazio Puglisi

Thème par Anders Norén