Orazio Puglisi

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Sergueï Rachmaninov

Image d’en-tête : Arnold Böcklin, L’Île des morts, 1883, Berlin, Alte Nationalgalerie : le tableau qui inspira à Rachmaninov son poème symphonique de 1909 (Wikimedia Commons, Public domain)

Sergueï Rachmaninov (1873-1943), le dernier romantique russe

Immense pianiste aux mains gigantesques, chef d’orchestre et compositeur, Sergueï Rachmaninov (1873-1943) a prolongé jusqu’au milieu du XXe siècle le lyrisme de Tchaïkovski. Son Deuxième Concerto pour piano, né d’une victoire sur la dépression, son Troisième Concerto, sa Rhapsodie sur un thème de Paganini, ses préludes et ses Vêpres comptent parmi les œuvres les plus aimées du public. Exilé après la révolution de 1917, il ne revit jamais la Russie.

Sergueï Rachmaninov
Sergueï Rachmaninov, photographie, Washington, Library of Congress. (Wikimedia Commons, Public domain)

Une enfance aristocratique et ruinée (1873-1892)

Sergueï Vassilievitch Rachmaninov naît le 1er avril 1873 dans le domaine familial de Semionovo, près de Novgorod, dans une famille de l’aristocratie terrienne que les dettes de son père vont ruiner. Il découvre la musique avec sa grand-mère, qui l’emmène aux offices orthodoxes : le son des cloches et des chœurs russes imprègnera toute son œuvre. Élève médiocre au conservatoire de Saint-Pétersbourg, il est envoyé à Moscou chez le sévère professeur Nikolaï Zverev, qui loge ses élèves et les fait travailler dès six heures du matin. Au conservatoire de Moscou, il obtient en 1892 la grande médaille d’or avec son opéra en un acte Aleko, salué par Piotr Ilitch Tchaïkovski. La même année, son Prélude en ut dièse mineur fait le tour du monde.

Rachmaninov, Prélude en ut dièse mineur, op. 3 no 2, joué par le compositeur (enregistrement historique) (Wikimedia Commons, Public domain)

L’échec, la dépression et le Deuxième Concerto (1897-1901)

En 1897, la création de sa Première Symphonie à Saint-Pétersbourg, sous la direction du compositeur Alexandre Glazounov, est un désastre ; le critique César Cui la compare à une « représentation des sept plaies d’Égypte ». Rachmaninov sombre dans une profonde dépression et cesse de composer pendant trois ans. Le médecin Nikolaï Dahl, qui le soigne par l’hypnose, lui redonne confiance : en 1901, Rachmaninov achève son Concerto pour piano no 2 de Rachmaninov, dédié au docteur Dahl, dont l’immense succès ne s’est jamais démenti. L’année suivante, il épouse sa cousine Natalia Satina.

Rachmaninov, Concerto pour piano no 2, op. 18, I. Moderato (Wikimedia Commons, Public domain)

Les années de gloire en Russie (1902-1917)

Rachmaninov à Ivanovka
Rachmaninov dans son domaine d’Ivanovka. (Wikimedia Commons, Public domain)

Chef d’orchestre au théâtre Bolchoï (1904-1906), Rachmaninov s’installe ensuite quelques années à Dresde, où il compose sa Deuxième Symphonie (1907) et le poème symphonique L’Île des morts (1909), inspiré du tableau d’Arnold Böcklin. Pour sa première tournée américaine, en 1909, il écrit le redoutable Concerto pour piano no 3 de Rachmaninov. L’été, il compose dans son domaine d’Ivanovka, au sud de Moscou. En 1915, il écrit les Vêpres (Les Vigiles nocturnes), chef-d’œuvre de la musique chorale orthodoxe a cappella.

L’exil (1917-1943)

Rachmaninov au piano
Rachmaninov au piano, vers 1920. (Wikimedia Commons, Public domain)

La révolution d’Octobre ruine Rachmaninov, dont le domaine est confisqué. En décembre 1917, profitant d’une invitation à donner des concerts en Scandinavie, il quitte la Russie avec sa femme et ses deux filles, emportant presque rien ; il n’y reviendra jamais. Installé aux États-Unis, il doit, à quarante-cinq ans, faire carrière comme pianiste de concert pour faire vivre sa famille : il devient l’un des plus grands pianistes de tous les temps, et ses enregistrements sont légendaires. Arraché à sa terre, il compose peu : le Quatrième Concerto, la Rhapsodie sur un thème de Paganini (1934), écrite dans sa villa de Senar, au bord du lac des Quatre-Cantons, la Troisième Symphonie et les Danses symphoniques (1940), son testament. Il meurt à Beverly Hills le 28 mars 1943, quelques jours avant ses soixante-dix ans, devenu citoyen américain, et repose au cimetière de Kensico, près de New York.

Chronologie

  • 1873 — naissance à Semionovo, le 1er avril
  • 1885 — élève de Zverev à Moscou
  • 1892 — médaille d’or du Conservatoire de Moscou ; Prélude en ut dièse mineur
  • 1897 — échec de la Première Symphonie ; dépression
  • 1901 — Concerto pour piano no 2
  • 1902 — mariage avec Natalia Satina
  • 1904-1906 — chef d’orchestre au Bolchoï
  • 1907 — Symphonie no 2
  • 1909 — L’Île des morts ; Concerto no 3 ; tournée aux États-Unis
  • 1915 — Vêpres
  • 1917 — quitte définitivement la Russie
  • 1918 — installation aux États-Unis
  • 1934 — Rhapsodie sur un thème de Paganini
  • 1940 — Danses symphoniques
  • 1943 — mort à Beverly Hills, le 28 mars

Œuvres majeures

  • 4 concertos pour piano, dont le Deuxième (1901) et le Troisième (1909)
  • Rhapsodie sur un thème de Paganini (1934)
  • 3 symphonies et les Danses symphoniques (1940)
  • L’Île des morts (1909)
  • 24 préludes, Études-tableaux, 2 sonates pour piano, Variations sur un thème de Corelli
  • Vêpres (1915) et Liturgie de saint Jean Chrysostome (1910)
  • Vocalise et 80 romances
  • La Sonate pour violoncelle et les deux trios élégiaques

Galerie

Rachmaninov jeune
Rachmaninov corrigeant des épreuves. (Wikimedia Commons, Public domain)
Théâtre Bolchoï
Le Théâtre Bolchoï de Moscou en 1900 (ballet Raymonda) : Rachmaninov y fut chef d’orchestre de 1904 à 1906. (Wikimedia Commons, Public domain)
L’Île des morts
Arnold Böcklin, L’Île des morts, autre version, 1880, Bâle, Kunstmuseum. (Wikimedia Commons, Public domain)
Tombe de Rachmaninov
La tombe de Rachmaninov au cimetière de Kensico. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)

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