Orazio Puglisi

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Piotr Ilitch Tchaïkovski

Image d’en-tête : Décor du IIe acte du Lac des cygnes (le lac au clair de lune) pour la production de Marius Petipa et Lev Ivanov au théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, 1895 (Wikimedia Commons, Public domain)

Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), l’âme russe

Aucun compositeur russe n’est aussi aimé dans le monde entier. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), homme d’une sensibilité extrême et d’une mélancolie profonde, a uni l’âme russe et la tradition occidentale dans des œuvres d’un lyrisme irrésistible : les ballets Le Lac des cygnes, La Belle au bois dormant et Casse-Noisette, le Premier Concerto pour piano, le Concerto pour violon, l’opéra Eugène Onéguine et la bouleversante Symphonie « Pathétique ».

Tchaïkovski
Piotr Ilitch Tchaïkovski, photographie de l’atelier Reutlinger, Paris, vers 1888. (Wikimedia Commons, Public domain)

Du fonctionnaire au musicien (1840-1866)

Piotr Ilitch Tchaïkovski naît le 7 mai 1840 à Votkinsk, dans l’Oural, où son père dirige une usine métallurgique. Enfant hypersensible, il apprend le piano avec une gouvernante française, Fanny Dürbach, qui l’appelle « l’enfant de verre ». Envoyé à l’École impériale de jurisprudence de Saint-Pétersbourg, il perd sa mère, emportée par le choléra en 1854 — un deuil dont il ne se remettra jamais. Fonctionnaire au ministère de la Justice, il s’inscrit en 1862 au tout nouveau conservatoire de Saint-Pétersbourg, fondé par Anton Rubinstein, et quitte l’administration pour la musique. Diplômé en 1865, il est appelé l’année suivante par Nikolaï Rubinstein, frère d’Anton, comme professeur d’harmonie au nouveau conservatoire de Moscou.

Les années de Moscou (1866-1877)

À Moscou, Tchaïkovski compose sa Première Symphonie « Rêves d’hiver » (1866) et l’ouverture-fantaisie Roméo et Juliette (1869), sur les conseils de Mili Balakirev, chef du Groupe des Cinq. Son Concerto pour piano no 1 (1875), jugé injouable par Nikolaï Rubinstein, est créé triomphalement à Boston par Hans von Bülow. En 1877, le Bolchoï crée Le Lac des cygnes, son premier ballet, d’abord mal compris : il ne triomphera qu’en 1895, dans la nouvelle chorégraphie de Marius Petipa et Lev Ivanov, après la mort du compositeur.

Tchaïkovski, Concerto pour piano no 1, op. 23, premier mouvement, cadence du piano (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)

Madame von Meck et la crise de 1877

Nadejda von Meck
Nadejda von Meck, protectrice et confidente de Tchaïkovski. (Wikimedia Commons, Public domain)

L’année 1877 bouleverse sa vie. Une riche veuve, Nadejda von Meck, admiratrice passionnée, lui verse une pension qui lui permet de quitter le conservatoire et de se consacrer à la composition ; ils échangeront plus de 1 200 lettres pendant quatorze ans, à la condition de ne jamais se rencontrer. La même année, Tchaïkovski, qui cache son homosexualité dans une société qui la condamne, épouse précipitamment une ancienne élève, Antonina Milioukova : le mariage tourne au désastre en quelques semaines, et il s’enfuit en Suisse et en Italie. De cette crise naissent la Symphonie no 4 de Tchaïkovski, dédiée « à ma meilleure amie », l’opéra Eugène Onéguine d’après Pouchkine (1879) et le Concerto pour violon (1878).

La gloire internationale (1878-1892)

Maison de Tchaïkovski à Kline
La maison de Tchaïkovski à Kline, près de Moscou, où il vécut ses dernières années ; aujourd’hui musée. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

Devenu le compositeur russe le plus joué en Europe, Tchaïkovski voyage sans cesse et dirige lui-même ses œuvres. Il compose l’Ouverture solennelle 1812 (1880), avec ses coups de canon et ses cloches célébrant la retraite de Napoléon, la Sérénade pour cordes, la symphonie Manfred, la Cinquième Symphonie (1888), l’opéra La Dame de pique (1890) et, pour le théâtre Mariinsky, les ballets La Belle au bois dormant (1890) et Casse-Noisette (1892), où il fait entendre pour la première fois le célesta, découvert à Paris, dans la Danse de la Fée Dragée. En 1891, il inaugure à New York le Carnegie Hall. En 1890, Madame von Meck rompt brutalement leur relation, ce qui le blesse profondément.

Tchaïkovski, Casse-Noisette : Danse de la Fée Dragée (Wikimedia Commons, CC BY 3.0)

La Pathétique et la mort (1893)

En 1893, l’université de Cambridge le fait docteur honoris causa. Le 28 octobre, il dirige à Saint-Pétersbourg la création de sa Symphonie no 6 de Tchaïkovski, la « Pathétique », qu’il considère comme sa meilleure œuvre et qui s’achève, contre toutes les règles, par un adagio qui s’éteint dans le silence. Neuf jours plus tard, le 6 novembre 1893, il meurt, officiellement du choléra contracté en buvant de l’eau non bouillie ; les circonstances de sa mort ont fait naître des hypothèses que les historiens continuent de discuter. Il est enterré au cimetière Tikhvine du monastère Saint-Alexandre-Nevski de Saint-Pétersbourg. Le conservatoire de Moscou et le grand concours international qui s’y tient portent son nom.

Tchaïkovski, Le Lac des cygnes, extrait de l’acte III (Wikimedia Commons, Public domain)

Chronologie

  • 1840 — naissance à Votkinsk, le 7 mai
  • 1854 — mort de sa mère
  • 1859 — fonctionnaire au ministère de la Justice
  • 1862 — entre au Conservatoire de Saint-Pétersbourg
  • 1866 — professeur au Conservatoire de Moscou ; Symphonie no 1
  • 1869 — Roméo et Juliette
  • 1875 — Concerto pour piano no 1 créé à Boston
  • 1877 — Le Lac des cygnes ; mariage malheureux ; début de la correspondance avec Mme von Meck
  • 1878 — Concerto pour violon ; Symphonie no 4
  • 1879 — Eugène Onéguine
  • 1880 — Ouverture 1812
  • 1890 — La Belle au bois dormant ; La Dame de pique
  • 1891 — inauguration du Carnegie Hall à New York
  • 1892 — Casse-Noisette
  • 1893 — docteur de Cambridge ; Pathétique (28 octobre) ; mort à Saint-Pétersbourg, le 6 novembre

Œuvres majeures

  • Les ballets Le Lac des cygnes (1877), La Belle au bois dormant (1890), Casse-Noisette (1892)
  • 6 symphonies, dont la Quatrième, la Cinquième et la Sixième « Pathétique » ; la symphonie Manfred
  • Le Concerto pour piano no 1 et le Concerto pour violon
  • Les opéras Eugène Onéguine et La Dame de pique
  • Roméo et Juliette, Francesca da Rimini, Ouverture 1812, Capriccio italien
  • La Sérénade pour cordes, les Variations sur un thème rococo pour violoncelle
  • Les Saisons pour piano

Galerie

Tchaïkovski jeune
Tchaïkovski en 1863, étudiant au conservatoire. (Wikimedia Commons, Public domain)
Conservatoire de Moscou
La Grande Salle du Conservatoire Tchaïkovski de Moscou. (Wikimedia Commons, CC0)
Carnegie Hall
Le Carnegie Hall de New York, inauguré en 1891 en présence de Tchaïkovski. (Wikimedia Commons, CC BY 2.0)
Tombe de Tchaïkovski
La tombe de Tchaïkovski au cimetière Tikhvine, Saint-Pétersbourg. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

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