Image d’en-tête : Ilia Répine, Portrait de Modeste Moussorgski, mars 1881, Moscou, galerie Tretiakov : peint à l’hôpital quelques jours avant la mort du compositeur (Wikimedia Commons, Public domain)
Modeste Moussorgski (1839-1881), le génie de la Russie profonde
Officier de la Garde devenu fonctionnaire, musicien en grande partie autodidacte, Modeste Moussorgski (1839-1881) fut le plus original et le plus audacieux des compositeurs du Groupe des Cinq. Son opéra Boris Godounov, ses Tableaux d’une exposition et Une nuit sur le mont Chauve font entendre le peuple russe, ses chants, ses cloches, sa langue et ses légendes avec une vérité brutale qui fascina Debussy et Ravel. Sa vie fut brève et tragique.
Un officier musicien (1839-1861)
Modeste Petrovitch Moussorgski naît le 21 mars 1839 à Karevo, dans la province de Pskov, au sein d’une famille de propriétaires terriens. Sa nourrice lui raconte les contes et légendes populaires russes qui nourriront toute son œuvre. Il apprend le piano avec sa mère, puis entre à l’école des cadets de la Garde et devient officier du prestigieux régiment Preobrajenski à Saint-Pétersbourg. En 1857, il rencontre le compositeur Alexandre Dargomyjski et Mili Balakirev, qui devient son professeur ; l’année suivante, il quitte l’armée pour se consacrer à la musique.
Le Groupe des Cinq et le mont Chauve (1861-1868)
Autour de Balakirev se forme le « Puissant Petit Groupe », que les Français appelleront le Groupe des Cinq : avec Moussorgski, Alexandre Borodine, Nikolaï Rimski-Korsakov et César Cui, tous musiciens amateurs, ils veulent créer une musique authentiquement russe, libre des règles des conservatoires. L’abolition du servage en 1861 ruine la famille de Moussorgski, qui doit devenir fonctionnaire. En 1867, il compose Une nuit sur le mont Chauve, sabbat de sorcières dans la nuit de la Saint-Jean, et des mélodies qui imitent les inflexions de la parole russe.
Boris Godounov (1868-1874)

D’après le drame de Alexandre Pouchkine, Moussorgski compose Boris Godounov, l’histoire du tsar usurpateur rongé par le remords d’avoir fait assassiner le jeune tsarévitch Dimitri. Refusée en 1869 par les Théâtres impériaux, faute de grand rôle féminin, l’œuvre est remaniée et créée triomphalement au théâtre Mariinsky en 1874. Le véritable héros en est le peuple russe, misérable et soumis, dont les chœurs, la scène du couronnement au son des cloches du Kremlin et la mort de Boris sont parmi les plus saisissantes de l’histoire de l’opéra.
Les Tableaux d’une exposition (1874)

En 1873 meurt brutalement son ami le peintre et architecte Viktor Hartmann. L’année suivante, une exposition de ses dessins et aquarelles inspire à Moussorgski, en trois semaines, une suite pour piano : les Tableaux d’une exposition. Une Promenade revient entre les pièces, comme le visiteur qui passe d’un tableau à l’autre : Gnomus, Le Vieux Château, la charrette à bœufs Bydło, le Ballet des poussins dans leurs coques, Baba Yaga et la grandiose Grande Porte de Kiev. L’orchestration qu’en fit Maurice Ravel en 1922 a rendu l’œuvre universellement célèbre.
La fin (1874-1881)
Les dernières années de Moussorgski sont assombries par la misère, la solitude et l’alcoolisme. Il compose encore les cycles de mélodies Sans soleil et Chants et danses de la mort, et travaille à deux opéras qu’il ne terminera pas, La Khovanchtchina et La Foire de Sorotchintsy. Hospitalisé en février 1881, il pose pour son ami Ilia Répine, qui peint en quatre séances son célèbre portrait. Il meurt le 28 mars 1881, à quarante-deux ans, et repose au cimetière Tikhvine de Saint-Pétersbourg, près de Tchaïkovski. Rimski-Korsakov acheva et orchestra ses œuvres, les rendant célèbres, mais en adoucissant leurs audaces que l’on a redécouvertes au XXe siècle.
Chronologie
- 1839 — naissance à Karevo, le 21 mars
- 1852 — école des cadets de la Garde
- 1856 — officier du régiment Preobrajenski
- 1857 — rencontre de Dargomyjski et de Balakirev
- 1858 — quitte l’armée
- 1861 — abolition du servage ; ruine de la famille
- 1867 — Une nuit sur le mont Chauve
- 1869 — première version de Boris Godounov
- 1873 — mort de Viktor Hartmann
- 1874 — création de Boris Godounov ; Tableaux d’une exposition
- 1874-1877 — Sans soleil, Chants et danses de la mort
- 1881 — portrait par Répine ; mort à Saint-Pétersbourg, le 28 mars
Œuvres majeures
- Boris Godounov (1869-1874)
- La Khovanchtchina et La Foire de Sorotchintsy (inachevés)
- Tableaux d’une exposition (1874), orchestrés par Ravel (1922)
- Une nuit sur le mont Chauve (1867)
- Les cycles de mélodies La Chambre d’enfants, Sans soleil, Chants et danses de la mort
- La Chanson de la puce
Galerie


À voir et à écouter
- Tableaux d’une exposition (vidéos YouTube)
- Une nuit sur le mont Chauve (vidéos YouTube)
- Boris Godounov (vidéos YouTube)
- Chaliapine chante Boris (vidéos YouTube)
À télécharger (livres du domaine public, PDF)
Pour aller plus loin en ligne
Pour aller plus loin
- Michel-Dimitri Calvocoressi, Moussorgsky, Alcan, 1908.
- Voir aussi Les grands mouvements de la musique, Les 20 œuvres musicales les plus célèbres, La Musique, Piotr Ilitch Tchaïkovski, Le Monde slave, Ravel.