Image d’en-tête : Canaletto, L’Abbaye de Westminster et la procession des chevaliers de l’ordre du Bain, 1749, Londres, abbaye de Westminster (Wikimedia Commons, Public domain)
Henry Purcell (1659-1695), l’Orphée britannique
Mort à trente-six ans, Henry Purcell (1659-1695) est resté pendant deux siècles le plus grand compositeur né en Angleterre. Organiste de l’abbaye de Westminster, musicien de quatre rois, il a écrit le premier grand opéra anglais, Didon et Énée, dont la « Lamentation de Didon » est l’une des pages les plus déchirantes de la musique, ainsi que des semi-opéras, des odes, des anthems et une musique funèbre pour la reine Marie qui fut jouée, quelques mois plus tard, à ses propres funérailles.

L’enfant de la Chapelle royale (1659-1679)
Henry Purcell naît en 1659 à Westminster, au cœur de Londres, dans une famille de musiciens de la cour. L’année suivante, la Restauration anglaise ramène sur le trône Charles II, qui rouvre les églises et les théâtres fermés par les puritains et fait venir à Londres la musique française qu’il a aimée pendant son exil auprès de Louis XIV. Enfant de chœur de la Chapelle royale, Henry y étudie avec Pelham Humfrey, formé à Paris auprès de Lully, puis avec John Blow. Il compose dès l’adolescence et devient en 1677, à dix-huit ans, compositeur des violons du roi.
Organiste de Westminster (1679-1688)

En 1679, Purcell succède à son maître Blow comme organiste de l’abbaye de Westminster, puis devient en 1682 organiste de la Chapelle royale. Il écrit pour la cour des « welcome songs » qui accueillent le roi, des anthems pour la liturgie anglicane — dont My Heart Is Inditing pour le couronnement de Jacques II en 1685 —, des fantaisies pour violes d’une science contrapuntique stupéfiante et des sonates en trio « à l’imitation des plus célèbres maîtres italiens ». Il sert successivement Charles II, Jacques II, puis Guillaume III et Marie II.
Didon et Énée
Vers 1689, Purcell compose sur un livret de Nahum Tate Didon et Énée, joué — selon la tradition — par les jeunes filles d’un pensionnat de Chelsea. En moins d’une heure, ce chef-d’œuvre raconte, d’après l’Énéide de Virgile, l’amour de la reine de Carthage pour le héros troyen, que les sorcières font partir pour l’Italie. Abandonnée, Didon meurt en chantant « When I am laid in earth » (« Quand je serai couchée en terre »), lamentation sur une basse obstinée descendante qui se répète inlassablement : c’est l’un des sommets de la musique vocale.
Le théâtre et les semi-opéras (1690-1695)
Dans les dernières années de sa vie, Purcell écrit pour le théâtre de Londres des musiques de scène pour une quarantaine de pièces et des « semi-opéras » où le chant alterne avec le théâtre parlé : King Arthur (1691) sur un livret de John Dryden, avec le saisissant « Cold Song » du génie du froid, The Fairy-Queen (1692), d’après Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, The Indian Queen (1695). Son ode pour la Sainte-Cécile Hail, Bright Cecilia (1692) célèbre la patronne des musiciens.
La mort de l’Orphée britannique
À la mort de la reine Marie II, en décembre 1694, Purcell compose la Music for the Funeral of Queen Mary (1695), avec sa marche solennelle pour trombones et timbales. Quelques mois plus tard, le 21 novembre 1695, il meurt à trente-six ans, peut-être de la tuberculose ; la même musique est jouée à ses propres funérailles. Il est enterré dans l’abbaye de Westminster, au pied de l’orgue ; son épitaphe dit qu’il est « parti vers le lieu bienheureux où seule son harmonie peut être surpassée ». Ses chants sont rassemblés en 1698 sous le titre Orpheus Britannicus. Redécouvert au XXe siècle, il inspira Benjamin Britten, dont le Guide de l’orchestre pour les jeunes repose sur un thème d’Abdelazer.
Chronologie
- 1659 — naissance à Westminster
- 1660 — restauration de Charles II
- 1668 — enfant de chœur de la Chapelle royale
- 1677 — compositeur des violons du roi
- 1679 — organiste de l’abbaye de Westminster
- 1682 — organiste de la Chapelle royale
- 1685 — My Heart Is Inditing pour le couronnement de Jacques II
- vers 1689 — Didon et Énée
- 1691 — King Arthur
- 1692 — The Fairy-Queen ; Hail, Bright Cecilia
- 1695 — Musique pour les funérailles de la reine Marie ; mort à Westminster, le 21 novembre
- 1698 — Orpheus Britannicus
Œuvres majeures
- Didon et Énée (vers 1689)
- Les semi-opéras Dioclesian, King Arthur, The Fairy-Queen, The Indian Queen
- Musiques de scène, dont Abdelazer (1695)
- Music for the Funeral of Queen Mary (1695)
- Odes et welcome songs, dont Hail, Bright Cecilia et Come, Ye Sons of Art
- Anthems, dont Rejoice in the Lord Alway et My Heart Is Inditing
- Fantaisies pour violes et sonates en trio
- Pièces pour clavecin et le recueil Orpheus Britannicus
Galerie





À voir et à écouter
- Didon et Énée (vidéos YouTube)
- La Lamentation de Didon (vidéos YouTube)
- Le Cold Song de King Arthur (vidéos YouTube)
- Musique pour les funérailles de la reine Marie (vidéos YouTube)
À télécharger (livres du domaine public, PDF)
- Télécharger le PDF — William Hayman Cummings, Purcell, Londres, 1881. (lire en ligne)
Pour aller plus loin en ligne
Pour aller plus loin
- Robert King, Henry Purcell, Thames and Hudson, 1994.
- Voir aussi Les grands mouvements de la musique, Les 20 œuvres musicales les plus célèbres, La Musique, Georg Friedrich Haendel, La Musique anglaise.