Image d’en-tête : Balthasar Wigand, Exécution de « La Création » de Haydn dans la grande salle de l’ancienne université de Vienne, le 27 mars 1808, couvercle de boîte, gouache, Vienne, Wien Museum (Wikimedia Commons, CC0)
Joseph Haydn (1732-1809), le père de la symphonie
Fils d’un charron de village devenu le compositeur le plus célèbre d’Europe, Joseph Haydn (1732-1809) a donné ses formes définitives à la symphonie et au quatuor à cordes. Pendant près de trente ans au service des princes Esterházy, « coupé du monde », il fut, disait-il, « forcé de devenir original ». Ami de Mozart, maître de Beethoven, il est le fondateur du classicisme viennois et l’auteur de 104 symphonies, de 68 quatuors et des oratorios La Création et Les Saisons.

L’enfant de chœur de Saint-Étienne (1732-1757)
Franz Joseph Haydn naît le 31 mars 1732 à Rohrau, village de Basse-Autriche proche de la frontière hongroise, dans la famille d’un charron qui joue de la harpe à l’oreille. Remarqué pour sa voix, il est envoyé à six ans chez un cousin maître d’école à Hainburg, puis devient en 1740 enfant de chœur à la cathédrale Saint-Étienne de Vienne. Renvoyé en 1749 quand sa voix mue — et après avoir coupé la natte d’un camarade —, il connaît des années de misère, logeant dans une mansarde, donnant des leçons et jouant dans les rues. Il apprend seul la composition dans le Gradus ad Parnassum de Fux et les sonates de Carl Philipp Emanuel Bach, et devient le valet et accompagnateur du compositeur italien Nicola Porpora, qui lui enseigne le chant et l’italien.
Au service des Esterházy (1761-1790)

Après quelques années chez le comte Morzin, pour qui il écrit ses premières symphonies, Haydn entre en 1761 au service des princes Esterházy, la plus riche famille de Hongrie, d’abord comme vice-maître de chapelle à Eisenstadt, puis comme maître de chapelle en 1766. Le prince Nicolas Ier Joseph Esterházy, dit « le Magnifique », fait bâtir dans les marais du lac de Neusiedl le palais d’Eszterháza, le « Versailles hongrois », avec son théâtre d’opéra et son théâtre de marionnettes. Haydn y dirige un orchestre d’une vingtaine de musiciens, compose symphonies, opéras, messes et pièces pour le baryton, instrument favori du prince. En 1772, les musiciens, retenus trop longtemps loin de leurs familles, lui demandent d’intercéder : c’est la Symphonie des adieux, dont les musiciens quittent la scène un à un en soufflant leur bougie ; le prince comprend et donne congé dès le lendemain. Ses quatuors de l’opus 33 (1781), écrits « d’une manière toute nouvelle », fixent le genre.
L’amitié avec Mozart
Haydn rencontre Wolfgang Amadeus Mozart à Vienne vers 1784. Entre le jeune génie et le maître de vingt-quatre ans son aîné naît une amitié profonde ; ils jouent ensemble des quatuors, et Mozart lui dédie six quatuors « fruit d’un long et laborieux travail ». En 1785, Haydn déclare à Léopold Mozart : « Je vous le dis devant Dieu, en honnête homme, votre fils est le plus grand compositeur que je connaisse, en personne ou de nom. » Mozart l’appelle affectueusement « Papa Haydn ». Les deux amis se quittent en larmes en décembre 1790 : ils ne se reverront pas.
Le triomphe de Londres (1791-1795)
À la mort du prince Nicolas en 1790, son successeur dissout l’orchestre. Haydn, libre, accepte l’invitation de l’impresario Johann Peter Salomon et part pour Londres où il donne, en deux séjours (1791-1792 et 1794-1795), ses douze dernières symphonies, les « Symphonies londoniennes » : la Symphonie no 94 de Haydn « La Surprise », avec son coup de timbale destiné à réveiller les dames assoupies, Le Miracle, Militaire, L’Horloge, Roulement de timbales, Londres. L’université d’Oxford le fait docteur. À Westminster, en entendant le Messie de Haendel, il découvre la puissance des grands oratorios.
La Création et les dernières années (1795-1809)
De retour à Vienne, Haydn — qui a eu entre-temps pour élève le jeune Ludwig van Beethoven — compose ses six dernières grandes messes pour la princesse Esterházy, dont la Messe Nelson, et deux oratorios : La Création (1798), qui commence par une « représentation du chaos » et l’explosion lumineuse de « Et la lumière fut », puis Les Saisons (1801). Pour l’anniversaire de l’empereur François Ier d’Autriche, il écrit en 1797 l’hymne Gott erhalte Franz den Kaiser, dont il reprend la mélodie dans son Quatuor « L’Empereur » : c’est aujourd’hui l’hymne national allemand. En mars 1808, une exécution triomphale de La Création réunit en son honneur toute l’aristocratie viennoise, Beethoven et Salieri. Il meurt à Vienne le 31 mai 1809, pendant l’occupation de la ville par les troupes françaises ; Napoléon Ier fait placer une garde d’honneur devant sa maison. Son crâne, volé par des phrénologues, ne rejoindra son corps, dans la Bergkirche d’Eisenstadt, qu’en 1954.
Chronologie
- 1732 — naissance à Rohrau, le 31 mars
- 1740 — enfant de chœur à Saint-Étienne de Vienne
- 1749 — renvoyé de la maîtrise ; années de misère
- 1757 — au service du comte Morzin ; premières symphonies
- 1761 — vice-maître de chapelle des princes Esterházy
- 1766 — maître de chapelle ; installation à Eszterháza
- 1772 — Symphonie des adieux
- 1781 — quatuors op. 33
- 1784 — rencontre avec Mozart
- 1791-1792 — premier séjour à Londres
- 1792 — Beethoven devient son élève
- 1794-1795 — second séjour à Londres
- 1797 — hymne Gott erhalte Franz den Kaiser
- 1798 — La Création
- 1801 — Les Saisons
- 1809 — mort à Vienne, le 31 mai
Œuvres majeures
- 104 symphonies, dont Les Adieux (no 45), La Surprise (no 94), Militaire (no 100), L’Horloge (no 101), Londres (no 104)
- 68 quatuors à cordes, dont l’op. 33 et l’op. 76 (L’Empereur, Le Lever du soleil)
- Les oratorios La Création (1798) et Les Saisons (1801)
- 14 messes, dont la Messe Nelson et la Harmoniemesse
- Les Sept Dernières Paroles du Christ en croix (1787)
- Le Concerto pour trompette (1796) et les concertos pour violoncelle
- Plus de 50 sonates pour piano et 45 trios avec piano
Galerie





À voir et à écouter
- La Création de Haydn (vidéos YouTube)
- La Symphonie des adieux (vidéos YouTube)
- Le Concerto pour trompette (vidéos YouTube)
- Le Quatuor « L’Empereur » (vidéos YouTube)
À télécharger (livres du domaine public, PDF)
- Télécharger le PDF — William Henry Hadow, A Croatian Composer : Notes toward the Study of Joseph Haydn, Londres, 1897. (lire en ligne)
- Télécharger le PDF — James Cuthbert Hadden, Haydn, Londres, Dent, 1902. (lire en ligne)
Pour aller plus loin en ligne
Pour aller plus loin
- Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard, 1988.
- H. C. Robbins Landon, Haydn, Lattès, 1983.
- Stendhal, Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase, 1815.
- Voir aussi Les grands mouvements de la musique, Les 20 œuvres musicales les plus célèbres, La Musique, Mozart, Beethoven, Georg Friedrich Haendel.