Orazio Puglisi

Le beau ! Quoi d'autre ?

Erik Satie

Image d’en-tête : Théophile-Alexandre Steinlen, affiche de la Tournée du Chat Noir, 1896 : le cabaret de Montmartre où Satie fut pianiste (Wikimedia Commons, Public domain)

Erik Satie (1866-1925), le « Velvet Gentleman »

Excentrique en costume de velours, chapeau melon et parapluie, Erik Satie (1866-1925) a dynamité les conventions de la musique avec un humour et une simplicité désarmants. Ses Gymnopédies et ses Gnossiennes, d’une nudité mélancolique, sont parmi les pièces pour piano les plus jouées au monde ; ses titres farfelus — Trois morceaux en forme de poire, Embryons desséchés — et son ballet Parade, avec Picasso et Cocteau, ont fait de lui le précurseur du minimalisme, de la musique d’ambiance et de bien des avant-gardes.

Erik Satie par Suzanne Valadon
Suzanne Valadon, Portrait d’Erik Satie, 1892-1893, Paris, Centre Pompidou : la seule histoire d’amour connue du compositeur. (Wikimedia Commons, Public domain)

Honfleur et le Conservatoire (1866-1887)

Éric Alfred Leslie Satie naît le 17 mai 1866 à Honfleur, en Normandie, d’un père courtier maritime et d’une mère écossaise, qui meurt quand il a six ans. Il est élevé en partie par ses grands-parents, puis rejoint son père à Paris. Au Conservatoire de Paris, ses professeurs le jugent « paresseux » et « le plus paresseux du Conservatoire » ; il en est renvoyé. Il s’engage dans l’infanterie pour s’en libérer, puis s’arrange, dit-on, pour attraper une bronchite afin d’être réformé.

Montmartre et les Gymnopédies (1887-1898)

Satie par Ramon Casas
Ramon Casas, Le Bohème (portrait d’Erik Satie à Montmartre), 1891, Evanston, Northwestern University. (Wikimedia Commons, Public domain)

Installé à Montmartre, Satie devient pianiste au célèbre cabaret du Chat Noir, puis à l’Auberge du Clou, où il rencontre Claude Debussy, qui sera son ami pendant trente ans. Il compose en 1888 les trois Gymnopédies, lentes et dépouillées, puis les Gnossiennes, écrites sans barres de mesure, avec des indications comme « Sur le bout de la pensée » ou « Postulez en vous-même ». Compositeur attitré de l’ordre ésotérique de la Rose-Croix du Sâr Péladan, il fonde ensuite sa propre « Église métropolitaine d’art de Jésus conducteur », dont il est l’unique fidèle. En 1893, il vit une passion orageuse de six mois avec la peintre Suzanne Valadon, qui fait son portrait ; il ne se mariera jamais.

Satie, Gymnopédie no 1 (Wikimedia Commons, Public domain)

Arcueil et la Schola Cantorum (1898-1915)

En 1898, Satie, pauvre, s’installe dans une petite chambre à Arcueil, dans la banlieue sud de Paris, où personne n’entrera de son vivant ; chaque jour, il se rend à pied à Paris et rentre la nuit. Il gagne sa vie en accompagnant des chanteurs de café-concert et écrit des valses à succès comme Je te veux. En 1905, à trente-neuf ans, il s’inscrit comme élève à la Schola Cantorum pour étudier le contrepoint avec Albert Roussel et Vincent d’Indy. Il publie des pièces aux titres et aux indications humoristiques : Trois morceaux en forme de poire, Véritables préludes flasques (pour un chien), Embryons desséchés, Sports et divertissements. En 1911, Ravel et Debussy font jouer ses œuvres anciennes : Satie devient soudain une figure admirée.

Satie, Gnossienne no 1 (Wikimedia Commons, Public domain)

Parade et les dernières années (1917-1925)

Le 18 mai 1917, en pleine guerre, les Ballets russes de Serge de Diaghilev créent au théâtre du Châtelet Parade (ballet), sur un argument de Jean Cocteau, avec des décors et des costumes cubistes de Pablo Picasso et une musique de Satie où résonnent machines à écrire, sirènes et coups de revolver : c’est un scandale retentissant. Les jeunes musiciens du Groupe des Six — Poulenc, Milhaud, Honegger — font de lui leur maître. Il compose encore le drame symphonique Socrate (1918), sur des textes de Platon, invente la « musique d’ameublement », destinée à ne pas être écoutée, et, en 1924, le ballet Relâche, avec le film Entr’acte de René Clair. Il meurt à Paris le 1er juillet 1925. Dans sa chambre d’Arcueil, ses amis découvrent deux pianos attachés l’un sur l’autre, une centaine de parapluies, douze costumes de velours identiques et des milliers de papiers.

Satie, Je te veux, valse (Wikimedia Commons, Public domain)

Chronologie

  • 1866 — naissance à Honfleur, le 17 mai
  • 1879 — entre au Conservatoire de Paris
  • 1887 — installation à Montmartre ; pianiste au Chat Noir
  • 1888 — Gymnopédies
  • 1890 — Gnossiennes
  • 1891 — compositeur de la Rose-Croix
  • 1893 — liaison avec Suzanne Valadon
  • 1898 — installation à Arcueil
  • 1903 — Trois morceaux en forme de poire
  • 1905-1908 — élève de la Schola Cantorum
  • 1917 — Parade, avec Cocteau et Picasso
  • 1918 — Socrate
  • 1924 — Relâche et Entr’acte
  • 1925 — mort à Paris, le 1er juillet

Œuvres majeures

  • Gymnopédies (1888) et Gnossiennes (1890)
  • Trois morceaux en forme de poire (1903) pour piano à quatre mains
  • Je te veux, La Diva de l’Empire, Tendrement (chansons de café-concert)
  • Véritables préludes flasques, Embryons desséchés, Sports et divertissements
  • Vexations, à répéter 840 fois
  • Les ballets Parade (1917), Mercure et Relâche (1924)
  • Socrate, drame symphonique (1918)

Galerie

Maison natale de Satie
La maison natale de Satie à Honfleur, aujourd’hui les Maisons Satie,, musée consacré au compositeur. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

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