Orazio Puglisi

Le beau ! Quoi d'autre ?

Jean-Sébastien Bach

Image d’en-tête : L’église Saint-Thomas de Leipzig, où Bach fut cantor de 1723 à 1750, photographie (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)

Jean-Sébastien Bach (1685-1750), le maître du contrepoint

Pour beaucoup de musiciens, il est « le commencement et la fin de toute musique » (Max Reger). Organiste, cantor et compositeur prodigieux, Jean-Sébastien Bach (1685-1750) a porté à son sommet l’art du contrepoint et de la fugue, et laissé plus de mille œuvres qui fondent encore aujourd’hui l’enseignement de la musique. Peu célèbre de son vivant hors d’Allemagne, presque oublié après sa mort, il a été redécouvert au XIXe siècle et n’a cessé depuis de grandir dans l’admiration universelle.

Jean-Sébastien Bach
Elias Gottlob Haussmann, Portrait de Jean-Sébastien Bach tenant le Canon triplex BWV 1076, 1746, Leipzig, Stadtgeschichtliches Museum. (Wikimedia Commons, Public domain)

Une dynastie de musiciens (1685-1703)

Johann Sebastian Bach naît le 21 mars 1685 à Eisenach, en Thuringe, au pied de la Wartbourg où Martin Luther avait traduit la Bible. Il appartient à la plus grande famille de musiciens de l’histoire : depuis plus d’un siècle, les Bach sont organistes, cantors et musiciens de ville dans toute la Thuringe, au point que le mot « Bach » y désigne simplement un musicien. Son père Johann Ambrosius, violoniste municipal, lui apprend le violon. Orphelin à dix ans, il est recueilli par son frère aîné Johann Christoph, organiste à Ohrdruf, qui lui enseigne le clavier ; la légende veut que l’enfant ait recopié en cachette, à la lueur de la lune, un recueil de pièces que son frère lui interdisait. À quinze ans, il part à pied pour Lunebourg, où il chante à l’école Saint-Michel et découvre la musique française et l’orgue de l’Allemagne du Nord.

Organiste à Arnstadt et Mühlhausen (1703-1708)

Organiste à Arnstadt à dix-huit ans, il obtient en 1705 un congé de quatre semaines pour aller entendre le grand Dietrich Buxtehude à Lübeck : il fait le trajet à pied (plus de 400 km) et reste… quatre mois, au grand mécontentement du consistoire. Ses audaces harmoniques déroutent les fidèles. De cette époque datent probablement la célèbre Toccata et fugue en ré mineur et ses premières cantates. En 1707, il devient organiste à Mühlhausen et épouse sa cousine Maria Barbara Bach, qui lui donnera sept enfants, dont Wilhelm Friedemann Bach et Carl Philipp Emanuel Bach.

Weimar : le maître de l’orgue (1708-1717)

À la cour du duc de Saxe-Weimar, Bach est organiste puis maître de concert. Il y compose l’essentiel de son œuvre pour orgue — préludes, fugues, toccatas, l’Orgelbüchlein — et découvre, en les transcrivant, les concertos de Antonio Vivaldi, dont la clarté formelle le marque profondément. Sa réputation de virtuose est telle qu’en 1717, à Dresde, le célèbre organiste français Louis Marchand aurait préféré quitter la ville plutôt que de l’affronter en joute. Voulant partir, Bach est emprisonné un mois par le duc pour insubordination.

Köthen : le temps de la musique instrumentale (1717-1723)

Maître de chapelle du jeune prince Léopold d’Anhalt-Köthen, mélomane et calviniste (le culte n’y demande pas de grande musique), Bach compose ses chefs-d’œuvre instrumentaux : les six Concertos brandebourgeois (1721), les Suites pour violoncelle seul, les Sonates et partitas pour violon seul, les Suites orchestrales et le premier livre du Clavier bien tempéré (1722), 24 préludes et fugues dans toutes les tonalités qui démontrent les possibilités du nouvel accord « tempéré ». En 1720, rentrant d’un voyage, il apprend que sa femme est morte et déjà enterrée. Il épouse en 1721 la chanteuse Anna Magdalena Bach, qui lui donnera treize enfants, dont Johann Christian Bach, le futur « Bach de Londres » qui influencera Mozart.

J.-S. Bach, Concerto brandebourgeois no 3, BWV 1048, premier mouvement (Allegro) (Johann Sebastian Bach, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0)

Leipzig : le cantor de Saint-Thomas (1723-1750)

Église Saint-Thomas de Leipzig
L’église Saint-Thomas de Leipzig (Thomaskirche), où Bach fut cantor de 1723 à sa mort, et où il repose depuis 1950. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)

En 1723, Bach devient cantor de Saint-Thomas et directeur de la musique de la ville de Leipzig — le conseil municipal l’a choisi faute d’avoir pu engager Georg Philipp Telemann. Il doit fournir chaque dimanche une cantate pour les églises Saint-Thomas et Saint-Nicolas, enseigner aux élèves de l’école et diriger les chœurs. Dans ses premières années, il compose ainsi près de trois cents cantates, dont environ deux cents nous sont parvenues, la Passion selon saint Jean (1724), la Passion selon saint Matthieu (1727), monument de la musique sacrée, le Magnificat et l’Oratorio de Noël. Il dirige aussi le Collegium musicum qui donne des concerts au café Zimmermann — c’est là que fut créée la plaisante Cantate du café. Les relations avec ses employeurs sont orageuses : Bach, homme de principes et au caractère entier, se plaint sans cesse de ses moyens et de ses chanteurs.

J.-S. Bach, Toccata et fugue en ré mineur, BWV 565, dans la célèbre transcription pour orchestre de Leopold Stokowski, Orchestre de Philadelphie, 1927 (1re face du disque) (Wikimedia Commons, Public domain)

Les dernières années : la science du contrepoint

À partir des années 1730, Bach rassemble et publie son œuvre de clavier, la Clavier-Übung : les Partitas, le Concerto italien, les Variations Goldberg (1741), écrites selon la tradition pour un comte insomniaque. En 1747, il rend visite à Frédéric II de Prusse à Potsdam, où son fils Carl Philipp Emanuel est claveciniste : le roi lui donne un thème sur lequel il improvise, et dont il tirera l’Offrande musicale. Il achève la Messe en si mineur, synthèse de toute sa musique sacrée, et travaille à L’Art de la fugue, laissé inachevé. Devenu presque aveugle, il est opéré en 1750 par le charlatan anglais John Taylor — qui opérera aussi Haendel — et meurt le 28 juillet 1750.

J.-S. Bach, Variations Goldberg, BWV 988, Aria, par Kimiko Ishizaka (Open Goldberg Variations) (Johann Sebastian Bach, Wikimedia Commons, CC0)

Oubli et redécouverte

Après sa mort, Bach passe pour un savant démodé ; ses fils, qui pratiquent le nouveau style galant, sont alors bien plus célèbres. Mais les connaisseurs le vénèrent : Mozart découvre ses fugues chez le baron Gottfried van Swieten en 1782 et en est bouleversé ; Beethoven grandit avec le Clavier bien tempéré. En 1829, le jeune Felix Mendelssohn dirige à Berlin la Passion selon saint Matthieu, pour la première fois depuis la mort de Bach : c’est le début de la « Bach-Renaissance ». La Bach-Gesellschaft publie l’intégrale de son œuvre de 1850 à 1900, et le catalogue BWV (1950) recense plus de 1100 œuvres. Aujourd’hui, de Pablo Casals à Glenn Gould, tous les interprètes se mesurent à lui. Une de ses œuvres voyage même dans l’espace, gravée sur le disque d’or de Voyager.

Chronologie

  • 1685 — naissance à Eisenach, le 21 mars
  • 1695 — orphelin, recueilli par son frère à Ohrdruf
  • 1700 — élève à Lunebourg
  • 1703 — organiste à Arnstadt
  • 1705 — voyage à pied à Lübeck pour entendre Buxtehude
  • 1707 — organiste à Mühlhausen ; mariage avec Maria Barbara
  • 1708 — organiste de la cour de Weimar
  • 1717 — maître de chapelle à Köthen
  • 1721 — Concertos brandebourgeois ; mariage avec Anna Magdalena
  • 1722 — Clavier bien tempéré, livre I
  • 1723 — cantor de Saint-Thomas à Leipzig
  • 1727 — Passion selon saint Matthieu
  • 1741 — Variations Goldberg
  • 1747 — visite à Frédéric II ; Offrande musicale
  • 1749 — achèvement de la Messe en si mineur
  • 1750 — mort à Leipzig, le 28 juillet

Œuvres majeures

  • Passion selon saint Matthieu BWV 244 et Passion selon saint Jean BWV 245
  • Messe en si mineur BWV 232, Magnificat BWV 243, Oratorio de Noël BWV 248
  • Plus de 200 cantates, dont Jesu, meine Freude et Wachet auf BWV 140
  • Concertos brandebourgeois BWV 1046-1051 ; 4 suites pour orchestre (dont l’« Air » de la 3e)
  • Le Clavier bien tempéré (48 préludes et fugues), Variations Goldberg, Inventions, Suites anglaises et françaises
  • 6 suites pour violoncelle seul ; sonates et partitas pour violon seul (dont la Chaconne)
  • Toccata et fugue en ré mineur, Passacaille et fugue, chorals pour orgue
  • L’Offrande musicale et L’Art de la fugue

Galerie

Maison natale de Bach à Eisenach
Le Bachhaus d’Eisenach, musée consacré à Bach dans sa ville natale. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0)
La Wartbourg
La Wartbourg, au-dessus d’Eisenach. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)
Manuscrit de Bach
Manuscrit autographe de Bach : Sonate pour violon seul BWV 1001. (Wikimedia Commons, Public domain)
Tombe de Bach
Tombe de Bach dans le chœur de l’église Saint-Thomas de Leipzig. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)
Statue de Bach à Leipzig
Carl Seffner, Statue de Bach, 1908, devant l’église Saint-Thomas. (Wikimedia Commons, CC BY 4.0)
La famille de Bach
Toby Edward Rosenthal, La Prière du matin dans la famille de Bach, 1870. (Wikimedia Commons, Public domain)
Orgue Arp Schnitger
Orgue d’Arp Schnitger, Hambourg : le grand orgue d’Allemagne du Nord que Bach admirait. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)

À voir et à écouter

À télécharger (livres du domaine public, PDF)

  • Télécharger le PDF — Philipp Spitta, Johann Sebastian Bach, His Work and Influence on the Music of Germany, tome I, Londres, Novello, 1899 (traduction anglaise de la grande biographie allemande de 1873-1880). (lire en ligne)
  • Télécharger le PDF — Albert Schweitzer, J.-S. Bach, le musicien-poète, Leipzig, 1905. (lire en ligne)

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