{"id":15709,"date":"2025-03-03T16:10:11","date_gmt":"2025-03-03T15:10:11","guid":{"rendered":"https:\/\/oraziopuglisi.art\/?page_id=15709"},"modified":"2025-03-04T01:00:40","modified_gmt":"2025-03-04T00:00:40","slug":"histoire-de-la-peinture-chinoise","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/oraziopuglisi.art\/index.php\/histoire-de-la-peinture-chinoise\/","title":{"rendered":"Histoire de la Peinture Chinoise"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: 10px;\"><em>Image mise en avant : La d\u00e9esse de la lune. Artiste inconnu.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La\u00a0<b>peinture chinoise<\/b>, l&rsquo;une des formes de l&rsquo;<a title=\"Art chinois\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Art_chinois\">art chinois<\/a>, d\u00e9signe toute forme de peinture originaire de Chine ou pratiqu\u00e9e en Chine ou par des artistes\u00a0<a title=\"Chinois (nation)\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Chinois_(nation)\">chinois<\/a>\u00a0hors de Chine.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"&quot;La r\u00e9ception de la peinture chinoise en Occident.&quot; par Chang Ming Peng\" width=\"600\" height=\"338\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/mpFnW11W7KU?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"LA CHINE ET MOI - la peinture traditionnelle chinoise\" width=\"600\" height=\"338\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/j4Ea7Hcf2Cw?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La peinture chinoise sur rouleaux est tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre. Elle se pr\u00e9sente sous divers formats verticaux ou horizontaux, et le support peut \u00eatre en soie ou en papier. Mais il existe aussi de nombreuses peintures sur \u00e9ventails de soie ou de papier, et des albums de, souvent, douze feuilles. Par ailleurs la peinture murale a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s employ\u00e9e dans les palais et dans les temples\u00a0; les tombes en ont conserv\u00e9 de vastes ensembles. La\u00a0<a title=\"C\u00e9ramique chinoise\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/C%C3%A9ramique_chinoise\">c\u00e9ramique chinoise<\/a>\u00a0est aussi un support, tridimensionnel, pour la peinture et ce depuis la\u00a0<a title=\"Pr\u00e9histoire de la Chine\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pr%C3%A9histoire_de_la_Chine\">pr\u00e9histoire de la Chine<\/a>. Actuellement, l&rsquo;art contemporain chinois se permet d&#8217;employer une multitude de supports pour la peinture et de l&rsquo;int\u00e9grer dans des ensembles\u00a0<a title=\"Multim\u00e9dia\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Multim%C3%A9dia\">multim\u00e9dia<\/a><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"LA CHINE ET MOI - la peinture traditionnelle chinoise\" width=\"600\" height=\"338\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/j4Ea7Hcf2Cw?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les fonctions traditionnelles de la peinture en Chine sont multiples\u00a0: rituelle, religieuse et ornementale d\u00e8s l&rsquo;origine, elle eut aussi des fonctions m\u00e9morielles, de divertissement, \u00e9ducatives, po\u00e9tiques et philosophiques, cherchant \u00e0 procurer un sentiment de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, voire de purification morale. Traditionnellement les peintures chinoises sont class\u00e9es en trois grands groupes\u00a0: la peinture de personnages, la peinture de paysage et la peinture de fleurs et d&rsquo;oiseaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour prendre l&rsquo;exemple le plus connu de la peinture de paysage, c&rsquo;est sa dimension expressive qui en fait, en Chine, la valeur essentielle et la po\u00e9sie calligraphi\u00e9e l&rsquo;accompagne naturellement, car cette peinture se lit. Ce type de paysage est n\u00e9 par l&rsquo;exercice de certains\u00a0<a title=\"Peinture de lettr\u00e9s\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Peinture_de_lettr%C3%A9s\">lettr\u00e9s<\/a>\u00a0qui revendiquent leur pratique d&rsquo;amateurs et non de professionnels. Habiles au pinceau par leur travail quotidien d&rsquo;administrateurs ou leur rapport constant \u00e0 l&rsquo;exercice de l&rsquo;\u00e9crit et \u00e0 l&rsquo;appr\u00e9ciation de l&rsquo;\u00e9crit \u00e0 l&rsquo;encre sur un support blanc, les lettr\u00e9s ont pratiqu\u00e9 la r\u00e9duction des moyens traditionnels de la peinture chinoise\u00a0: la couleur appliqu\u00e9e avec soin a quasiment disparu au profit de l&rsquo;encre simplement additionn\u00e9e ou non d&rsquo;eau. Ce mouvement de peinture lettr\u00e9e s&rsquo;est manifest\u00e9 \u00e0 partir de la\u00a0<a title=\"Dynastie Song\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dynastie_Song\">dynastie Song<\/a>, d\u00e8s le\u00a0<a title=\"XIe si\u00e8cle\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/XIe_si%C3%A8cle\"><abbr class=\"abbr\" title=\"11\u1d49 si\u00e8cle\"><span class=\"romain\">xi<\/span><sup>e<\/sup><\/abbr>\u00a0si\u00e8cle<\/a>\u00a0et au cours des si\u00e8cles suivants jusqu&rsquo;\u00e0 incarner la peinture chinoise dans l&rsquo;esprit du public. La peinture produite par cette \u00e9lite lettr\u00e9e se distingue des autres peintures, celles qui sont plus s\u00e9duisantes et qui frappent le regard par leur pr\u00e9cision ou leur puissance narrative et qui existent depuis bien plus longtemps, sans pour autant dispara\u00eetre ensuite. Ces peintures s\u00e9duisantes ou narratives, ces portraits de famille ou de h\u00e9ros, ces peintures religieuses ont \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9es, de tous temps, par des artistes professionnels, voire des familles d&rsquo;artistes professionnels, avec souvent son style, voire sa sp\u00e9cialit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin la complexit\u00e9 des questions esth\u00e9tiques d\u00e9battues et la sophistication de la litt\u00e9rature conserv\u00e9e se rapportant \u00e0 la peinture et \u00e0 la calligraphie caract\u00e9risent la peinture chinoise \u00e0 travers les si\u00e8cles depuis au moins la\u00a0<a title=\"Dynastie Han\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dynastie_Han\">dynastie Han<\/a>.<\/p>\n<header class=\"entry-header\">\n<h1 class=\"entry-title\">La peinture chinoise<\/h1>\n<p>R\u00e9gine Pietra<\/p>\n<\/header>\n<div class=\"entry-content\">\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/cheminstraverse-philo.fr\/wp-content\/uploads\/t%C3%A9l%C3%A9chargement_0.jpg?itok=i4LpTFEf\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est un peu d\u00e9risoire de tenter de saisir en peu de temps un art qui s\u2019\u00e9tend sur plus de quinze si\u00e8cles. On pourrait, certes, se limiter \u00e0 une \u00e9poque mais j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 donner une vue d\u2019ensemble, montrer une \u00e9volution, en prenant le risque de sch\u00e9matiser \u00e0 l\u2019extr\u00eame.\u00a0Au point de d\u00e9part, il faudrait montrer les diff\u00e9rences entre la peinture occidentale et la peinture chinoise, d\u00e9gager la sp\u00e9cificit\u00e9 de cette derni\u00e8re et r\u00e9pondre aux questions qu\u2019on se pose habituellement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne trouve pas trace de peinture avant le III<sup>e<\/sup>, IV<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle de notre \u00e8re. Ant\u00e9rieurement on va trouver, des sculptures (dans les grottes de Dunhuang), puis des peintures murales dans les tombes, des peintures sur briques, dont certains estampages (gravures ult\u00e9rieures) portent t\u00e9moignage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La peinture proprement dite est toujours une peinture\u00a0<strong>\u00e0 l\u2019eau<\/strong>, r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 l\u2019aide de l\u2019encre, sur soie ou papier\u00a0: c\u2019est le\u00a0<strong>lavis.<\/strong>\u00a0Les Chinois ont jusqu\u2019au XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle ignor\u00e9 ou voulu ignorer la couleur. Ces trois \u00e9l\u00e9ments, pinceau, encre, support (papier ou soie) se d\u00e9clinent de multiples fa\u00e7ons\u00a0: grand nombre de pinceaux (crini\u00e8re de poney, poils de ch\u00e8vre), de fa\u00e7ons de le tenir (droit, inclin\u00e9, appuy\u00e9, etc.). Ne jamais oublier que, pour les Chinois, l\u2019art premier est la calligraphie et que la peinture en d\u00e9coule. Dans une m\u00eame \u0153uvre seront pr\u00e9sentes la calligraphie d\u2019un po\u00e8me et la peinture. La plupart des peintres ont \u00e9t\u00e9 aussi des calligraphes. Quant \u00e0 l\u2019encre, elle peut \u00eatre plus ou moins \u00e9paisse, dilu\u00e9e, s\u00e8che, onctueuse. C\u2019est par les jeux d\u2019encre que la peinture chinoise traduit ce qui, dans la peinture occidentale, est ombre et lumi\u00e8re. Certains peintres, dit-on, ont le pinceau et non pas l\u2019encre, d\u2019autres ont l\u2019encre et n\u2019ont pas le pinceau. Le pinceau forme l\u2019ossature, l\u2019encre constitue la chair\u00a0: nous retrouvons l\u00e0 l\u2019opposition du\u00a0<em>yang<\/em>\u00a0et du\u00a0<em>yin.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Opposition entre l\u2019Orient et l\u2019Occident dans le domaine de la peinture, non seulement dans les mat\u00e9riaux employ\u00e9s, mais plus fondamentalement, plus en amont, dans la conception m\u00eame de l\u2019\u0153uvre. Car, en Chine, l\u2019\u0153uvre est moins l\u2019expression d\u2019un g\u00e9nie individuel que\u00a0<strong>participation au mouvement du cosmos<\/strong>, \u00e0 cet ordre qui unit la terre, le ciel et l\u2019homme, le\u00a0<em>Dao<\/em>. Un m\u00eame souffle de vie anime tous les \u00eatres, pris dans le dynamisme des\u00a0<strong>transformations (yi,<\/strong><strong>\u6613<\/strong><strong>)\u00a0<\/strong>incessantes dont le\u00a0<strong>Vide (xu,\u00a0<\/strong><strong>\u865a<\/strong><strong>)<\/strong>\u00a0est le lieu. On comprend d\u00e8s lors que c\u2019est \u00e0 ressaisir cet influx spirituel, ce rythme, que le peintre doit collaborer. L\u2019inspiration est ce moment (rare) o\u00f9 la fusion avec la Nature a lieu\u00a0; d\u00e8s lors le pinceau va avec aisance se mettre en marche. Aucun labeur. La peinture, disent les Chinois, \u00e9mane de l\u2019intellect, le\u00a0<strong><em>Xin<\/em><\/strong>\u00a0(c\u0153ur-intellect). On verra souvent dans les lavis de l\u2019\u00e9poque Song le peintre, assis sur une terrasse promontoire devant un paysage ouvert largement\u00a0; au loin des pics montagneux perdus dans la brume\u00a0; dans la vall\u00e9e, inaper\u00e7ue mais entendue, la rivi\u00e8re (paysage se dit montagne et eaux,\u00a0<strong>\u5c71\u6c34<\/strong>)\u00a0; pr\u00e8s du peintre un petit serviteur, fournira pinceau, encre et papier, une fois la\u00a0<strong>m\u00e9ditation-contemplation<\/strong>\u00a0du sage achev\u00e9e. \u00c0 aucun moment, il ne s\u2019agit de copier le paysage. Su Dongpo, peintre et po\u00e8te du XI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle dira\u00a0: \u00ab\u00a0Discuter de peinture d\u2019un point de vue de ressemblance formelle, c\u2019est de l\u2019enfantillage. \u00bb L\u2019acte de peindre exige cette pr\u00e9paration asc\u00e9tique que Guo Xi, au XI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, dans son livre\u00a0<em>Le haut message des for\u00eats et des sources<\/em>, (<strong>Linquan Gaozhi,\u00a0<\/strong><strong>\u6797\u6cc9\u9ad8\u81f4<\/strong>) nous d\u00e9crit en parlant de son p\u00e8re\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Il avait l\u2019habitude lorsqu\u2019il allait peindre, de s\u2019asseoir pr\u00e8s d\u2019une fen\u00eatre claire. Il mettait en ordre la table, br\u00fblait de l\u2019encens et disposait soigneusement l\u2019encre et le pinceau devant lui. Ensuite il se lavait les mains comme pour recevoir un h\u00f4te distingu\u00e9. Il restait silencieux longtemps, afin de calmer son esprit et de rassembler ses pens\u00e9es. C\u2019est seulement lorsqu\u2019il poss\u00e9dait la vision exacte qu\u2019il commen\u00e7ait \u00e0 peindre. \u00bb (F. Cheng,\u00a0<em>Vide et plein<\/em>, p. 16.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre opposition Orient-Occident\u00a0: elle concerne\u00a0<strong>la perspective<\/strong>. Dans le tableau en Occident le spectateur est plac\u00e9 face \u00e0 la surface de l\u2019\u0153uvre, dont la perception co\u00efncide avec la perception visuelle. Si montagne il y a, le spectateur ne voit pas ce qu\u2019il y a derri\u00e8re la montagne\u00a0; telle n\u2019est pas la perspective chinoise, dite perspective cavali\u00e8re ou a\u00e9rienne\u00a0: le paysage est parcouru\u00a0: le spectateur voit la montagne mais aussi la franchit et voit derri\u00e8re elle. Paysage d\u00e9ploy\u00e9, d\u2019o\u00f9 ces nombreux rouleaux chinois qui se d\u00e9roulent franchissant fleuves et monts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Diff\u00e9rences encore\u00a0dans la fa\u00e7on dont la peinture est expos\u00e9e c\u2019est-\u00e0-dire quant \u00e0 la place accord\u00e9e au spectateur\u00a0: dans les temps recul\u00e9s, il \u00e9tait inconcevable pour un Chinois que l\u2019\u0153uvre soit suspendue, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019autres \u0153uvres, aux cimaises d\u2019un mus\u00e9e. Celle-ci \u00e9tait soigneusement roul\u00e9e dans une bo\u00eete sp\u00e9cialement con\u00e7ue pour l\u2019abriter et la prot\u00e9ger\u00a0; elle n\u2019\u00e9tait sortie et suspendue qu\u2019en hommage au visiteur que l\u2019on recevait. Autre temps aussi bien en Chine qu\u2019en France o\u00f9 il est quasi impossible sans bousculade extr\u00eame de voir une \u0153uvre picturale. Disons qu\u2019aujourd\u2019hui la plupart du temps on ne voit\u00a0<strong>sensiblement<\/strong>\u00a0rien du tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelles sont les th\u00e9matiques de la peinture chinoise\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le paysage d\u2019abord\u00a0: suivant les saisons, il sera plus ou moins accueillant, mais il est souvent, chez les peintres du Nord, d\u2019une aust\u00e8re noblesse\u00a0: gorges profondes, sommet vertigineux. Il y a toujours des arbres, tant\u00f4t d\u00e9pouill\u00e9s, aux branches souvent tordues (chez Ma Yuan).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Passage oblig\u00e9 de tout peintre chinois,\u00a0<strong>le bambou\u00a0<\/strong>: c\u2019est l\u2019exercice privil\u00e9gi\u00e9, susceptible de montrer son habilet\u00e9, car ce v\u00e9g\u00e9tal est flexible et ses mouvements capables de donner \u00e0 voir le\u00a0<em>Dao<\/em>, la voie qui est mouvement. Il dit l\u2019osmose de l\u2019homme et de la Nature. En outre, il ploie sans se briser et, en ce sens, symbolise les vertus confuc\u00e9ennes.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/8\/81\/Orchid%C3%A9e_et_bambou_par_Zhao_Yong.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0\u00c0 la fois instrument du peintre et sujet de repr\u00e9sentation, le bambou sert d\u2019initiation aux d\u00e9butants et de morceau de virtuosit\u00e9 pour les plus assur\u00e9s qui, en quelques instants, multiplient les feuilles selon des trac\u00e9s vari\u00e9s aux noms \u00e9loquents\u00a0: \u00ab\u00a0comme un croissant de lune \u00bb, \u00ab\u00a0la queue d\u2019un poisson \u00bb, \u00ab\u00a0une oie sauvage en vol \u00bb, \u00ab\u00a0un poisson rouge \u00bb, etc., et les inclinent de fa\u00e7on \u00e0 donner l\u2019impression de la force du vent. Le bambou est aussi le symbole de la fid\u00e9lit\u00e9, de la constance\u00a0; par la rectitude de sa tige, la r\u00e9gularit\u00e9 de ses n\u0153uds, la p\u00e9rennit\u00e9 de son feuillage, il \u00e9voque l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la loi morale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Wen Tong peignait en tenant d\u2019une seule main deux pinceaux qu\u2019il maniait simultan\u00e9ment l\u2019un tra\u00e7ant les feuilles les plus proches, l\u2019autre les plus lointaines\u00a0; il \u00e9tait capable d\u2019une telle prouesse, car comme le dit un proverbe chinois \u00ab\u00a0il avait les bambous dans son c\u0153ur \u00bb. Nous avons l\u00e0 l\u2019exemple de ce que nous rencontrerons \u00e0 plusieurs reprises, \u00e0 savoir que la peinture chinoise est d\u2019abord \u00e9laboration mentale et sensible et non ressemblance formelle. On peint non ce qu\u2019on voit, mais ce que l\u2019on a dans l\u2019esprit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre th\u00e9matique\u00a0: les fleurs et les animaux, singes, oiseaux, chevaux\u00a0; certaines sc\u00e8nes de genre, surtout \u00e0 l\u2019\u00e9poque des Six dynasties, mais pas de batailles, pas de nus. Comme le sugg\u00e8re Fran\u00e7ois Jullien (<em>Le nu impossible<\/em>), l\u2019absence de nus dans la peinture chinoise serait li\u00e9e \u00e0 l\u2019absence de la notion de forme, d\u2019essence et \u00e0 la pr\u00e9dominance de la notion de transformation, au fait que les souffles circulent partout dans le monde comme dans l\u2019homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019o\u00f9 viennent les peintres\u00a0? Leur origine est diverse, mais souvent ils ont appartenu \u00e0 des familles de lettr\u00e9s, de hauts fonctionnaires, occupant des postes importants et souvent leurs p\u00e8res \u00e9taient eux-m\u00eames peintres. Mais nous avons aussi le cas inverse, celui de peintres issus de familles tr\u00e8s pauvres, de pauvres errants, abrit\u00e9s dans des ermitages, s\u2019adonnant \u00e0 la boisson. L\u2019ivresse participe de leur comportement extravagant, surtout chez les bouddhistes Chan\u00a0: on cite le cas de peintres, trempant leur chevelure dans la peinture et en barbouillant ensuite le papier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a l\u2019habitude de distinguer la peinture des lettr\u00e9s de la peinture des professionnels, class\u00e9s parmi les artisans. Les premiers seraient plus inspir\u00e9s, plus cultiv\u00e9s, \u00e9videmment, les autres plus laborieux, sachant le m\u00e9tier, mais manquant d\u2019envergure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On distingue aussi, j\u2019y referai allusion, les peintres de l\u2019\u00c9cole du Nord et ceux de l\u2019\u00c9cole du Sud. D\u00e9nomination trompeuse en rien g\u00e9ographique, mais qui s\u00e9pare les peintres du Nord, aust\u00e8res et profonds, structurant rigoureusement leur lavis, de ceux du Sud, plus anecdotiques, plus riants, plus impressionnistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">O\u00f9 peut-on voir aujourd\u2019hui de la peinture chinoise\u00a0? Il est \u00e9vident que les plus anciennes peintures, en Chine comme partout, ne se sont pas conserv\u00e9es. Certaines ont \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de copies dans les ann\u00e9es qui ont suivi. Celles qui ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9es sont rarement en Chine. Les Japonais, tr\u00e8s amateurs de lavis, en abritent beaucoup dans leurs mus\u00e9es ou dans des collections particuli\u00e8res. On peut \u00e9galement en voir dans les mus\u00e9es \u00e0 Taiwan et en Am\u00e9rique, \u00e0 Boston.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un des points qui para\u00eet int\u00e9ressant \u00e0 souligner c\u2019est la liaison de la peinture et de l\u2019esth\u00e9tique, c\u2019est-\u00e0-dire de la r\u00e9flexion sur la cr\u00e9ation picturale. Il y a eu un nombre incroyable de trait\u00e9s d\u2019esth\u00e9tique. C\u2019est une sp\u00e9cificit\u00e9 de la Chine, car si dans l\u2019esth\u00e9tique occidentale il y eut, depuis la plus haute Antiquit\u00e9, des r\u00e9flexions sur le Beau, le sublime, bref les grandes cat\u00e9gories esth\u00e9tiques, on ne trouve qu\u2019au XII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle un manuel technique, celui du pr\u00eatre Th\u00e9ophile, et il fallut attendre le XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle pour avoir le trait\u00e9 du moine du mont Athos, Denys de Fourna. Rien de tel en Chine o\u00f9 on comptait par centaines de tels trait\u00e9s. D\u00e8s le VI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, Xie He donne dans son\u00a0<em>Catalogue classant les peintres anciens<\/em>,\u00a0<strong><em>Gu hua pin lu<\/em><\/strong>, les principes fondamentaux, les six canons auxquels on fera constamment r\u00e9f\u00e9rence. Je rappelle les deux canons les plus importants\u00a0: il s\u2019agit<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1) \u00ab\u00a0d\u2019animer les souffles harmoniques \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de saisir le rythme du monde et de faire que le pinceau-encre l\u2019\u00e9pouse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2) de manier le pinceau selon le principe de l\u2019os, c\u2019est-\u00e0-dire de la structure. Viennent ensuite des pr\u00e9ceptes plus courants\u00a0: conformit\u00e9 des formes aux objets, ad\u00e9quation des couleurs, disposition des \u00e9l\u00e9ments. Ce qui compte d\u2019abord c\u2019est de suivre la voie, le\u00a0<em>Dao<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les tr\u00e8s nombreux autres trait\u00e9s d\u2019esth\u00e9tique, je n\u2019en citerai que deux, tr\u00e8s connus du grand public, antith\u00e9tiques mais compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Propos sur la peinture\u00a0<\/em>\u756b\u8a9e\u9304 de Shitao, datant de la fin du XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle (traduit en fran\u00e7ais par Ryckmans). Il s\u2019agit d\u2019un ouvrage exclusivement philosophique dont la pens\u00e9e est organis\u00e9e en syst\u00e8me synth\u00e9tique. On est situ\u00e9 sur un plan abstrait. Aucune recette pratique, aucune anecdote, aucun jugement critique. Shitao, dont le surnom qu\u2019il s\u2019\u00e9tait donn\u00e9 est \u00ab\u00a0le moine citrouille am\u00e8re\u00a0\u00bb, s\u2019occupe exclusivement de l\u2019acte de peindre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l\u2019inverse,\u00a0<em>Les enseignements de la peinture du jardin grand comme un grain de moutarde (Jiezi yuan huazhuang)\u00a0<\/em>\u82a5\u5b50\u5712\u756b\u8b5cde Wang Gai (traduction Petrucci) est une encyclop\u00e9die de la fin du XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle (fin des Ming, d\u00e9but des Qing)\u00a0: ce ne sont que renseignements pratiques sur les mani\u00e8res de peindre le tronc et les feuilles des divers arbres, les montagnes, les ponts, les chemins, etc. Je ne rentrerai pas dans le d\u00e9tail, je signale simplement une notion qui intervient tout le temps dans le lavis\u00a0: celle de\u00a0<strong>ride<\/strong>, en chinois\u00a0<em>cun.<\/em>\u00a0La ride est ce qui s\u2019obtient en frottant au moyen d\u2019un pinceau pointu man\u0153uvr\u00e9 de biais. Les rides disent le relief, la texture, le grain, la luminosit\u00e9. Elles trouvent leur origine dans l\u2019observation des structures naturelles. Il y en a beaucoup. Je ne cite que les plus courantes\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 rides, nuages enroul\u00e9s\u00a0: superposition de volutes circulaires, sugg\u00e9rant certains effets fantastiques. Nous en verrons chez Guo Xi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 rides, taill\u00e9es \u00e0 la hache\u00a0: trac\u00e9es largement, \u00e0 l\u2019emporte-pi\u00e8ce avec le c\u00f4t\u00e9 du pinceau\u00a0; effet franc et brutal\u00a0; on en trouve chez Ma Yuan et Xia Gui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 rides, chanvre \u00e9parpill\u00e9\u00a0: longs trait l\u00e9gers plus ou moins parall\u00e8les ou emm\u00eal\u00e9s. C\u2019est peut-\u00eatre le type le plus r\u00e9pandu. On en trouve chez Shen Zhou.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 rides, pierres d\u2019alun, petits blocs de pierres joints, arrondis, sorte de bosses chauves faisant penser \u00e0 des petits pains cuits \u00e0 la vapeur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gu kaizhi (kou kai-tche ) \u987e\u607a\u4e4b; traditional Chinese : \u9867\u6137\u4e4b<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/9\/96\/Ku_K'ai-chih_001.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Gu kaizhi ouvre en quelque sorte la peinture chinoise. F. Cheng compare son r\u00f4le \u00e0 celui de Giotto. C\u2019est l\u2019\u00e9poque des six dynasties, deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du quatri\u00e8me si\u00e8cle. \u00c0 part les peintures des grottes et des tombeaux, c\u2019est le plus ancien peintre connu. Les \u0153uvres qui nous sont parvenues sont sans doute des copies. Gu Kaishi est issu d\u2019une famille distingu\u00e9e et lui-m\u00eame occupe des fonctions officielles, bien que subalternes. Mais, en son temps, sa peinture lui valut une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 immense\u00a0: il peint dans un temple de Nankin une fresque repr\u00e9sentant Vimalakirti, et des autres fresques bouddhiques. Mais il s\u2019inspire aussi du tao\u00efsme. Nous avons de lui un rouleau sur soie (h, 25cm), \u00e0 l\u2019encre avec rehauts de couleurs, intitul\u00e9\u00a0:\u00a0<em>Admonitions aux femmes du gyn\u00e9c\u00e9e imp\u00e9rial<\/em>. Ce rouleau est compos\u00e9 de plusieurs sc\u00e8nes, certaines perdues, beaucoup restaur\u00e9es. Il illustre un texte du IV<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, \u00e9non\u00e7ant les principes moraux du confucianisme. L\u2019une des sc\u00e8nes montre une dame refusant de voyager avec l\u2019empereur de peur de le distraire\u00a0; dans une autre sc\u00e8ne, une femme s\u2019interpose entre l\u2019empereur et un loup agressif qui avait \u00e9chapp\u00e9 aux chasseurs. Une autre encore nous dit qu\u2019il ne suffit pas de savoir se parer, il faut encore savoir s\u2019embellir moralement. La derni\u00e8re sc\u00e8ne, nous montre une monitrice donnant conseils aux plus jeunes femmes. Le personnage principal s\u2019incline, pinceau et tablettes en main. Sa pose est gracieuse et digne. Aujourd\u2019hui ce rouleau est au British Museum, vendu par un officier britannique qui l\u2019avait vol\u00e9 lors de la guerre des boxers.\u00a0Nous avons l\u00e0 une sc\u00e8ne de genre. Elles sont plus rares en Chine qu\u2019en Occident, les peintres chinois pr\u00e9f\u00e9rant la peinture de paysage.<\/p>\n<p>Yan Liben (Yen Li-Pen) \u95bb\u7acb\u672c. Dynastie Tang.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/8\/82\/Chen_Wendi_Tang.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0Lui aussi est issu d\u2019une famille aristocratique. Son p\u00e8re \u00e9tait un haut fonctionnaire qui dirigea la construction du grand canal et la restauration de la grande muraille. En 626, le peintre fut charg\u00e9 de faire les portraits de dix-huit lettr\u00e9s. Mais il semblerait que sa situation de peintre\u00a0(donc d\u2019artisan) ait \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue comme humiliante. Il fut cependant promu au Minist\u00e8re de travaux publics.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une de ses \u0153uvres, le rouleau (20 x 121) repr\u00e9sentant le portrait des treize empereurs qui se sont succ\u00e9d\u00e9 des Han au Sui, fut appr\u00e9ci\u00e9. Elle servait \u00e0 des fins didactiques d\u2019\u00e9ducation du peuple. La composition met en sc\u00e8ne dans un lavis aux couleurs plates chaque empereur s\u00e9par\u00e9ment. Certains sont debout entour\u00e9s de leurs ministres, d\u2019autres sont assis avec leurs servantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019empereur ici repr\u00e9sent\u00e9 est l\u2019empereur Wenti (V<sup>e<\/sup>-VI<sup>e<\/sup>)\u00a0: il est assis sur une couche basse\u00a0: ses servantes sont derri\u00e8re lui. Le personnage de l\u2019empereur frappe par sa majest\u00e9\u00a0: dessin\u00e9 tr\u00e8s finement il manifeste une grande majest\u00e9. On remarquera la d\u00e9licatesse du dessin de la barbe, de la moustache, des sourcils. L\u2019expression du visage est concentr\u00e9e, m\u00e9ditative, ce qui ne devrait pas \u00e9tonner chez cet empereur, c\u00e9l\u00e8bre pour ses recherches sur le tao\u00efsme. Un historien plus tardif nous dit que Yan Liben fut souvent sollicit\u00e9 pour peindre les ambassades \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la cour de Chine.<\/p>\n<p>Jing Hao, \u8346\u6d69<\/p>\n<p>Dong Yuan, \u8463\u6e90<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019\u00e9poque de cinq dynasties, on assiste \u00e0 la naissance du paysage chinois qui, sous les Song, parviendra \u00e0 son apog\u00e9e. Le traitement pictural du paysage aura certes diverses modalit\u00e9s, mais il sera toujours trait\u00e9 au lavis\u00a0: pinceau et encre. De l\u2019un et de l\u2019autre il y aura de multiples emplois, selon que le pinceau est fin ou gros, l\u2019encre plus ou moins dilu\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce X<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, parmi les artistes c\u00e9l\u00e8bres, on distinguera le Nord et le Sud. Certes cette distinction entre deux \u00e9coles est, je l\u2019ai dit, discutable. Mais on peut cependant caract\u00e9riser l\u2019\u00e9cole du Nord comme celle des paysages grandioses, abrupts, a\u00e9r\u00e9s, \u00e0 la perspective ouverte, aux rochers \u00e0 pic, dentel\u00e9s, trait\u00e9s avec des traits hach\u00e9s. Le Sud, au contraire, nous offrira des collines plus arrondies, une v\u00e9g\u00e9tation plus luxuriante, bref un paysage plus lyrique, plus intimiste, trait\u00e9 \u00e0 la fibre de chanvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Caract\u00e9ristique des premiers, citons Jing Hao, originaire du Henan, \u00e0 la fois confuc\u00e9en et adepte du bouddhisme Il v\u00e9cut solitaire. Il sera aussi un remarquable esth\u00e9ticien, dont l\u2019\u0153uvre, un court trait\u00e9,\u00a0<em>Notes sur l\u2019art du pinceau<\/em>, Bifa Ji, \u7b14\u6cd5\u8a18 \u2013 conversation entre un vieillard exp\u00e9riment\u00e9, qu\u2019on peut assimiler \u00e0 un immortel, passant en revue tous les probl\u00e8mes picturaux, et un jeune peintre, \u2013 fera date.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\">\u00a0 \u00a0\u00a0<img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/2\/23\/Mount_la.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0Regardons cet impressionnant paysage aux pics \u00e9lev\u00e9s, avec ces petits ermitages lov\u00e9s dans les rares endroits sans v\u00e9g\u00e9tation. Le tout est aride, abrupt, les arbres plus ou moins d\u00e9chiquet\u00e9s. Triomphe de la Nature, d\u2019une nature pens\u00e9e, construite mentalement, que l\u2019homme doit seulement contempler. Ci-contre,\u00a0<em>le Mont Lu<\/em>, 36 x 60, Ta\u00efwan.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0<img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/2\/23\/Dong_Yuan._Wintry_Groves_and_Layered_Banks_ca._950_(181,5x116,5cm)_Kurokava_Inst._Hyogo.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0Tout autre est le style du Sud, celui d\u2019un Dong Yuan. La technique est beaucoup plus impressionniste\u00a0: montagnes brumeuses, humidit\u00e9 de l\u2019atmosph\u00e8re, exub\u00e9rance de la flore, impr\u00e9cision des formes. La montagne en d\u00e9grad\u00e9 descend vers le fleuve. Tout ici est en arrondi, en douceur. L\u2019homme s\u2019y int\u00e8gre sans probl\u00e8me. C\u2019est un paysage \u00e0 sa mesure.<\/p>\n<p>Fan Kuan, \u8303\u5bec, X<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, Song.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/thumb\/9\/90\/Fan_Kuan-Sitting_Alone_by_a_Stream.jpg\/409px-Fan_Kuan-Sitting_Alone_by_a_Stream.jpg\" srcset=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/thumb\/9\/90\/Fan_Kuan-Sitting_Alone_by_a_Stream.jpg\/614px-Fan_Kuan-Sitting_Alone_by_a_Stream.jpg 1.5x, https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/thumb\/9\/90\/Fan_Kuan-Sitting_Alone_by_a_Stream.jpg\/818px-Fan_Kuan-Sitting_Alone_by_a_Stream.jpg 2x\" alt=\"File:Fan Kuan-Sitting Alone by a Stream.jpg\" width=\"409\" height=\"599\" data-file-width=\"968\" data-file-height=\"1417\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0Kuan, qui signifie \u00ab\u00a0le magnanime \u00bb, \u00e9tait son surnom. Il s\u2019\u00e9tait retir\u00e9 dans le massif du mont Hua dans le Shaanxi, et voulut rendre le paysage, non avec une fid\u00e9lit\u00e9 de copiste, mais pour son esprit, comme une exp\u00e9rience spirituelle\u00a0: paysage du Nord, aust\u00e8re, grandiose o\u00f9 l\u2019homme intervient comme immerg\u00e9 en lui, participant \u00e0 la cr\u00e9ation. On s\u2019explique pourquoi son \u0153uvre fut qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0divine\u00a0\u00bb. Sa technique est une perspective surplombante (<em>gaoyuan<\/em>) qui nous donne \u00e0 voir le fond de la vall\u00e9e. Ainsi dans l\u2019un de ses paysages les plus c\u00e9l\u00e8bres,\u00a0<em>Voyageurs dans\u00a0les gorges d\u2019un torrent<\/em>, (206 x 103, Taiwan) on rep\u00e8re au fond de la vall\u00e9e un groupe minuscule de voyageurs, au premier plan\u00a0; au deuxi\u00e8me plan, on distingue quelques arbres sur de rochers, puis un banc de brume, enfin les hautes montagnes, entre les failles desquelles coule une cascade. Tel est bien le paysage, Shanshui.<\/p>\n<p>Mi Fu (XIe) \u7c73\u9efb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mi Fu\u00a0est certainement l\u2019un des plus grands peintres et calligraphes chinois. Il est le repr\u00e9sentant de la peinture des lettr\u00e9s, si rigoureuse dans ses exigences qu\u2019elle pourra passer par la suite pour dogmatique. Mais Mi Fu l\u2019inaugure et son temp\u00e9rament original et fougueux le porte \u00e0 certaines extravagances. On le voit, arriv\u00e9 dans un poste, venir saluer d\u2019abord un rocher de forme \u00e9trange, manifestant par l\u00e0 son respect de la Nature. Appartenant \u00e0 une famille de hauts fonctionnaires, il put fr\u00e9quenter et converser avec les plus grands. Il \u00e9tait en outre dou\u00e9 pour tout\u00a0; d\u2019une grande \u00e9rudition, il avait en mati\u00e8re d\u2019art un jugement critique tr\u00e8s perspicace\u00a0: calligraphe exemplaire (il y consacrait beaucoup de temps), il \u00e9tait aussi po\u00e8te, \u00e9crivain, collectionneur. De tels dons n\u2019encourageaient pas l\u2019humilit\u00e9 et Mi Fu portait sur ses contemporains des jugements peu am\u00e8nes. Son arrogance et sa suffisance trouvent leur source dans ses exigences, celles de son id\u00e9al esth\u00e9tique, o\u00f9 triomphent des valeurs comme la spontan\u00e9it\u00e9, la na\u00efvet\u00e9, inh\u00e9rentes au Sud, dont il est un repr\u00e9sentant. On comprend qu\u2019il ne tenait pas en grande estime les paysagistes du Nord que nous venons de voir. Son esth\u00e9tique met en valeur la qualit\u00e9 spirituelle de l\u2019inspiration aux d\u00e9pens du m\u00e9tier. L\u2019important n\u2019est pas dans la mani\u00e8re, mais dans le rythme spirituel, le souffle du c\u0153ur.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/7\/7c\/Mi_Fei_001.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0On reconna\u00eet au premier coup d\u2019\u0153il sa facture\u00a0: montagnes embrum\u00e9es, couronn\u00e9es de \u00ab\u00a0points \u00e0 la mani\u00e8re de Mi\u00a0\u00bb, jeu de taches qui, en dehors des contours et des rides, sugg\u00e8rent. On ne conna\u00eet pas de peinture authentique de Mi. Son fils en a copi\u00e9 beaucoup.<br \/>\nCette peinture s\u2019intitule\u00a0: Devant la montagne au printemps. Th\u00e8me traditionnel de la vaine visite au ma\u00eetre qui a d\u00e9sert\u00e9 son ermitage. Les touches sont largement pos\u00e9es les unes \u00e0 c\u00f4t\u00e9s des autres, les feuillages naissant simplement indiqu\u00e9s par des \u00ab\u00a0traits grains de riz \u00bb. Extr\u00eame simplicit\u00e9 de la demeure du sage dans une nature apais\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quittons maintenant la peinture des lettr\u00e9s et des acad\u00e9miques, pour aborder un autre genre de peinture, le lavis toujours, mais bross\u00e9 avec un pinceau inspir\u00e9, dynamique, maniant tous les jeux d\u2019encre (\u00e9clabouss\u00e9 (<em>pomo<\/em>), avec le doigt)\u00a0: le lavis des peintres Chan (XII<sup>e<\/sup>, XIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On sait que le bouddhisme, introduit en Chine au d\u00e9but de l\u2019\u00e8re chr\u00e9tienne, a \u00e9t\u00e9 autour des X \u2013 XI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle un peu occult\u00e9 par le n\u00e9o-confucianisme. Mais il subsistait de nombreux monast\u00e8res, et il est fr\u00e9quent dans la destin\u00e9e de certains peintres, introduits d\u2019abord dans les Cours imp\u00e9riales, de s\u2019en \u00e9loigner plus tard, lass\u00e9s des fastes, et d\u00e9sireux de trouver la paix et le calme pour peindre. C\u2019est le cas de ceux dont nous allons parler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lavis Chan se caract\u00e9rise par sa facture, d\u2019une part (il est ex\u00e9cut\u00e9 sous le coup d\u2019une inspiration, elle-m\u00eame longtemps attendue mais subite) et, la plupart du temps, il est iconoclaste, bafouant tout ce qui est sacr\u00e9, exaltant la vie simple\u00a0: \u00e9cho du tao\u00efsme dont l\u2019asc\u00e8te Chan n\u2019est pas \u00e9loign\u00e9.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/s-media-cache-ak0.pinimg.com\/236x\/29\/e9\/48\/29e9484db74625545095a25fe6a0e518.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0Le premier lavis propos\u00e9 est attribu\u00e9 \u00e0 Shih ko (Song du Nord), sur lequel nous savons tr\u00e8s peu de choses. Sans doute s\u2019agit-il d\u2019une copie du XIII<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle d\u2019un peintre du X<sup>e<\/sup>. Je ne donne qu\u2019une partie du lavis, alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un diptyque, lui-m\u00eame appartenant \u00e0 un rouleau\u00a0; le tout est intitul\u00e9\u00a0<em>Deux esprits en harmonie. (<\/em>Mus\u00e9e national de Tokyo, encre sur papier) On peut voir dans celui-ci un patriarche somnolent appuy\u00e9 sur un tigre. Le sage est comme s\u00e9par\u00e9 de tout ce qui l\u2019entoure, isol\u00e9 du monde. Le tigre tourne sa t\u00eate vers la droite, l\u2019homme vers la gauche. Les deux corps symbolisent le yin (tigre) et le yang, le sage. Le trait utilis\u00e9 ici s\u2019appelle \u00ab\u00a0fei bai\u00a0\u00bb, blanc volant. Pour dessiner la fourrure de l\u2019animal et le v\u00eatement de l\u2019homme, le peintre ne s\u2019est pas servi d\u2019un instrument traditionnel mais d\u2019un pinceau de paille ou de bambou effiloch\u00e9. La peinture ici est calligraphique dans les traits du v\u00eatement, et les diff\u00e9rentes nuances de l\u2019encre modulent les poils du tigre. Une sagesse au plus pr\u00e8s de la nature, mais une nature spiritualis\u00e9e. Il ne s\u2019agit pas d\u2019un clochard mais du stade supr\u00eame de la sagesse o\u00f9 tout est r\u00e9concili\u00e9<\/p>\n<p>Ma Yuan \u99ac\u9060<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En quittant le Nord, aust\u00e8re, pour un Sud plus riant et accueillant, nous passons de la peinture des lettr\u00e9s, exigeante et originale \u00e0 une peinture plus s\u00e9duisante et, pour cela, plus populaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00e9v\u00e9nements politiques, l\u2019occupation par les Tartares avaient contraint les artistes \u00e0 descendre vers le Sud et ils \u00e9lirent Hangzhou comme leur capitale, en y fondant l\u2019Acad\u00e9mie\u00a0: celle-ci enseigna \u00e0 tous ses participants un m\u00e9tier s\u00fbr, utile certes, mais, plus tard appr\u00e9hend\u00e9 comme un carcan. Mais nous n\u2019en sommes pas l\u00e0\u00a0: et il est certain que ce douzi\u00e8me si\u00e8cle est dans la peinture de paysage un sommet\u00a0: moment qui fit conna\u00eetre \u00e0 l\u2019occident ce lavis chinois que le Japon appr\u00e9cie grandement. Nous passons d\u2019un paysage grandiose et aust\u00e8re \u00e0 un paysage plus intimiste, plus romantique, plus circonscrit, plus cadr\u00e9, quoique souvent dans un coin (d\u2019o\u00f9 le surnom attribu\u00e9 \u00e0 Ma Yuan\u00a0: Ma-le-coin).<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/thumb\/2\/2b\/Ma_Lin_Painting.jpg\/517px-Ma_Lin_Painting.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0Ce tableau, qui est loin d\u2019\u00eatre le meilleur (mais il faut savoir que le probl\u00e8me des datations et attributions est complexe, et puis n\u2019oublions pas que nous sommes au XII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, donc loin dans le temps) est pourtant tout \u00e0 fait caract\u00e9ristique de Ma yuan\u00a0: un seul coin du lavis est occup\u00e9, l\u2019autre indique l\u2019infini, le Vide, \u00e0 contempler. Un pin dont les branches contourn\u00e9es et tordues jettent dans l\u2019espace des masses savamment r\u00e9parties de petites \u00e9toiles dessinant les aiguilles de pin, selon un trait d\u00fbment r\u00e9pertori\u00e9, z\u00e8bre le tableau\u00a0: c\u2019est la signature de Ma yuan. Sur un promontoire, un homme est assis, accoud\u00e9 \u00e0 une table o\u00f9 il va peindre ou \u00e9crire. Derri\u00e8re lui un petit serviteur se tient, susceptible de lui apporter encre et pinceaux. Tout est l\u00e0\u00a0: le calme de la contemplation et de la m\u00e9ditation, la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de la Nature, source de l\u2019inspiration.<\/p>\n<p>On pense \u00e0 cette phrase de Wang Wei (V<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle)\u00a0: \u00ab A l\u2019aide du seul pinceau, on peut \u00e9voquer le c\u0153ur m\u00eame du Grand Vide (le\u00a0<em>Dao<\/em>)\u2026\u00bb<\/p>\n<p>Xia gui\u590f\u572d;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contemporain de Ma yuan, Xia Gui. D\u2019une grande virtuosit\u00e9 technique, il se pla\u00eet \u00e0 nous faire go\u00fbter un paysage qu\u2019il brosse en quelques coups de pinceau rapides et efficaces sugg\u00e9rant un monde, o\u00f9 l\u2019homme, bien que microscopique, a sa place.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/b\/bc\/Xia_Gui,_Streams_and_Mountains_with_a_Clear_Distant_View,_detail.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici, (105 x 70) un immense rocher garni d\u2019arbres, dont les branches surplombent le vide, est peint avec ces rides taill\u00e9es \u00e0 la hache. Au bas du tableau, deux petits personnages et au loin une petite barque noy\u00e9e dans la brume. En bas, \u00e0 droite, une sorte d\u2019abri et quelques v\u00e9g\u00e9tations l\u00e9g\u00e8res. Grandeur et majest\u00e9 de la nature, mais d\u2019une nature accueillante \u00e0 l\u2019homme. Tout est \u00e0 peine sugg\u00e9r\u00e9, elliptique. On pense \u00e0 certains dessins de peintres occidentaux, un Durer, un Seurat.<\/p>\n<p>Autre exemple\u00a0: (22 x 25) \u00ab\u00a0<em>Bateau \u00e0 l\u2019ancre sur la rive, pr\u00e8s des montagnes.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/f\/f7\/Xia_Gui_-_Untitled_Album_Leaf.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un talus o\u00f9 quelques arbres cachent une maison, un pont o\u00f9 se trouve un p\u00e9cheur, quelques barques amarr\u00e9es aupr\u00e8s des roseaux et, au loin, les monts \u00e9mergeant de la brume. L\u00e0 encore, c\u2019est le quotidien des travaux et des jours\u00a0: un lavis que l\u2019on peut parcourir pour y d\u00e9couvrir ce qui est \u00e0 premi\u00e8re vue inaper\u00e7u, comme dans ce rouleau horizontal de 8 m., intitul\u00e9\u00a0<em>\u00ab\u00a0Vue claire et lointaine d\u2019un fleuve dans les montagnes\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0o\u00f9 l\u2019amateur peut successivement parcourir des paysages, comme dans un voyage.<\/p>\n<p>Liang kai. (\u6881\u6977)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant d\u2019aller se retirer dans un des centres Chan de Hangzhou, Liang kai devait mener une carri\u00e8re acad\u00e9mique, puisqu\u2019il fut m\u00eame r\u00e9compens\u00e9 par le ruban d\u2019or. C\u2019est dire que son pinceau, apparemment libre, ivre m\u00eame (et il est vrai que ces peintres s\u2019adonnaient souvent \u00e0 une certaine ivresse qui n\u2019\u00e9tait pas que spirituelle), \u00e9tait toujours gouvern\u00e9 et que, derri\u00e8re le geste spontan\u00e9, il y avait une ma\u00eetrise acquise par une discipline s\u00e9v\u00e8re. Nous sommes l\u00e0 au c\u0153ur de la th\u00e9orie et de la pratique Chan (Zen)\u00a0: une constante m\u00e9ditation int\u00e9rieure, un approfondissement de sa propre r\u00e9alit\u00e9 ins\u00e9parable de celle de l\u2019univers, une fusion avec le\u00a0<em>Dao<\/em>, sa mouvance et son perp\u00e9tuel renouvellement. Tao\u00efsme et bouddhisme incitaient \u00e0 ce d\u00e9tachement, \u00e0 ce vide v\u00e9cu ; et, \u00e0 partir de l\u00e0, tout devenait possible, la c\u00e9l\u00e9bration respectueuse comme la d\u00e9rision le plus iconoclaste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les \u0153uvres de Liang Kai (on aimerait en montrer beaucoup\u00a0; la plupart sont au Japon, tr\u00e8s amateur de ce type de lavis) nous en avons retenu deux apparemment antith\u00e9tiques, mais apparemment seulement. La premi\u00e8re (tout le monde la conna\u00eet) est un portrait du grand po\u00e8te Li Po, peut-\u00eatre le seul po\u00e8te chinois connu en France. N\u00e9 au VIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, il appartint un temps assez court \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie imp\u00e9riale, puis mena une vie errante, jouissant des plaisirs qu\u2019il c\u00e9l\u00e9bra dans ses po\u00e8mes. On ne sait pas trop de quoi il mourut.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/f\/f8\/Liang_Kai_-_Li_Bai_Strolling.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Ce portrait est assez extraordinaire, car en quelques coups de pinceaux et peu d\u2019encre (encre br\u00fbl\u00e9e du chignon, noire soutenu des cheveux), tout est dit\u00a0: le v\u00eatement est \u00e0 peine indiqu\u00e9, mais le mouvement de ses plis souligne la marche\u00a0: le port est plein de noblesse et peut-\u00eatre de suffisance, de hauteur en tout cas, le regard (dont on a souvent soulign\u00e9 l\u2019\u00e9clat) bien droit, la bouche entr\u2019ouverte puisque selon le titre de ce lavis Li po est en train de r\u00e9citer un de ses po\u00e8mes. Tout ici dit le\u00a0<em>Junzi.<\/em><\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/a\/a0\/Huineng_Cut_Bamboo.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Le deuxi\u00e8me lavis s\u2019intitule\u00a0:\u00a0<em>Le sixi\u00e8me patriarche coupant un bambou<\/em>. Le personnage repli\u00e9 sur ses jambes, presque accroupi, est croqu\u00e9 vivement. Tout se passe comme s\u2019il \u00e9tait \u00e9crit, signifi\u00e9 plus que peint. Le trait se brise pour signifier les reins, l\u2019encre se fait plus dense pour souligner la tension de la nuque et la concentration mentale. Un pinceau tr\u00e8s fin distribue broussaille les rares cheveux et les poils d\u00e9sordonn\u00e9s de la barbe.\u00a0Le reste du paysage est ind\u00e9cis, jongleries du pinceau exaltant ses possibilit\u00e9s. Huineng tient devant lui un bambou que la hache va trancher. Du bambou de Huineng il ne reste plus qu\u2019une petite branche isol\u00e9e sur la gauche\u00a0; en haut \u00e0 droite une vaste zone de silence. L\u2019explication traditionnelle de cette peinture veut que Huineng ait atteint l\u2019illumination en entendant le bruit du bambou qu\u2019il coupait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un autre lavis montre le sixi\u00e8me patriarche d\u00e9chirant un sutra, incongruit\u00e9 vis-\u00e0-vis des textes sacr\u00e9s, moins iconoclastie que volont\u00e9 de se lib\u00e9rer de toute suj\u00e9tion. Ajoutons, Putai contemplant un combat de coq, \u00e9vocation du sage d\u00e9pourvu de tout savoir encombrant, revenu \u00e0 une simplicit\u00e9 premi\u00e8re. Remarquons la densit\u00e9 de l\u2019encre du v\u00eatement, la posture attentive et souriante du personnage, l\u2019agilit\u00e9 des traits d\u2019encre dessinant les coqs, et en haut \u00e0 gauche cette encre \u00e9clabouss\u00e9e, tandis qu\u2019une tige z\u00e8bre le lavis de gauche \u00e0 droite.<\/p>\n<p>Muqi \u7267\u8c3f<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contemporain de Liang kai, Muqi partageait sa vision du monde, sa spiritualit\u00e9. Tous deux \u00e9taient moines bouddhistes, de ce bouddhisme teint\u00e9 de tao\u00efsme, le Chan. M\u00eame effacement du moi, identique identification avec la Nature, semblable distance vis-\u00e0-vis des affaires du monde et de tout investissement activiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les lavis de Muqi sont au plus pr\u00e8s de l\u2019expression de la vie simple des plantes, des animaux, singes, oiseaux divers. R\u00e9duits \u00e0 leurs essences, d\u00e9pouill\u00e9s de toute ornementation, ils imposent leur pr\u00e9sence par la vigueur du pinceau qui les expriment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce paysage, lavis l\u00e9g\u00e8rement rehauss\u00e9, montre dans le premier plan \u00e0 gauche une colline o\u00f9 l\u2019on per\u00e7oit les toits de quelques maisons lov\u00e9es entre les arbres, puis une \u00e9tendue d\u2019eau, fleuve avec, \u00e0 peine esquiss\u00e9es, quelques petites embarcations, puis un second, un troisi\u00e8me, quatri\u00e8me plan de monts \u00e9tag\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/1\/14\/Mu-ch'i_001.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u0153uvre suivante, extr\u00eamement c\u00e9l\u00e8bre,\u00a0<em>Les six kakis<\/em>\u00a0\u00ab\u00a0(35x 29) pourrait d\u00e9router par sa totale simplicit\u00e9\u00a0: on pense \u00e0 certains peintres occidentaux du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0ou du XX<sup>e<\/sup>, un Manet, un Morandi.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/c\/c7\/%E5%85%AD%E6%9F%BF%E5%9B%BE.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0Un sp\u00e9cialiste a essay\u00e9 d\u2019expliquer une telle vision \u00e0 un occidental qui n\u2019y voyait goutte. Mais il avait tort. L\u2019artiste Chan n\u2019aurait pas cherch\u00e9 \u00e0 expliquer\u00a0: il aurait gard\u00e9 le silence. C\u2019est d\u2019ailleurs ce que les artistes font avec les spectateurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les taches d\u2019encre s\u2019\u00e9quilibrent dans la plus grande simplicit\u00e9, chaque tige, chaque feuille a sa diff\u00e9rence subtile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec Liang kai et Muqi se cl\u00f4t l\u2019\u00e9poque Song, plus pr\u00e9cis\u00e9ment des Song du Sud. C\u2019est une \u00e9poque o\u00f9 la peinture de lavis atteint un sommet. Mais celle-ci, surtout en ce qui concerne le lavis Chan, n\u2019aura pas toujours eu bonne presse. Les lettr\u00e9s n\u2019appr\u00e9ciaient gu\u00e8re les productions de ceux qu\u2019ils jugeaient extravagants. Et leur condamnation implicite nuira \u00e0 la reconnaissance et \u00e0 la diffusion de leur \u0153uvre, sauf au Japon, je l\u2019ai dit, o\u00f9 ils eurent beaucoup d\u2019\u00e9mules, pas toujours de qualit\u00e9 comparable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec l\u2019invasion de la Chine par les Mongols, nous ne trouverons plus de peintres de cette qualit\u00e9, mais il y aura de grands peintres\u00a0: \u00e0 l\u2019\u00e9poque Yuan d\u2019abord, avec Wu Zhen, le peintre de bambous, avec Zhao Mengfu, essentiellement calligraphe, avec ceux que l\u2019on a appel\u00e9s \u00ab\u00a0les quatre grands ma\u00eetres Yuan\u00a0\u00bb, dont Ni Zan est peut-\u00eatre le plus remarquable, avec sa peinture p\u00e2le, aust\u00e8re, distante \u00e0 la limite de l\u2019effacement. Cette peinture intitul\u00e9e\u00a0<em>Les six gentilshommes<\/em>\u00a0montre des arbres d\u00e9nud\u00e9s, solitaires\u00a0: technique du pinceau sec, encre dilu\u00e9e\u00a0: sensation du froid, du givre, du vide, de l\u2019espace. Horizon lointain\u00a0: six arbres en lignes sur une rive\u00a0: un pin, un cypr\u00e8s, un camphrier, un sophora, un orme, un phoebe. Il y a peu d\u2019hommes chez Ni Zan, qui veut \u00e9chapper \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de son temps.<\/p>\n<p>Dai Jin, \u6234\u8fdb<\/p>\n<p>Shen Zhou, \u6c88\u5468<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous parvenons maintenant \u00e0 l\u2019\u00e9poque Ming, qui suit l\u2019\u00e9poque Yuan (Mongol) et qui sera \u00e0 son tour renvers\u00e9e par les Mandchous. Avec les Ming, c\u2019est le retour aux traditions surtout dans le domaine de la peinture. Dans la Chine du Sud, deux \u00e9coles s\u2019opposent\u00a0: l\u2019\u00e9cole\u00a0<em>Zhe,<\/em>\u00a0dans le Zhejiang et l\u2019\u00e9cole\u00a0<em>Wu<\/em>\u00a0dans le Jiangsu. La premi\u00e8re cherche l\u2019alliance de la rigueur acad\u00e9mique et de l\u2019inspiration personnelle. La seconde, install\u00e9e \u00e0 Suzhou, cherche \u00e0 renouer avec l\u2019inspiration litt\u00e9raire des Yuan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la premi\u00e8re appartient, entre autres, le peintre Dai Jin (Hangzhou) D\u2019une grande habilet\u00e9 gestuelle, les lettr\u00e9s lui reprochaient son manque de culture g\u00e9n\u00e9rale, sa m\u00e9connaissance de certains usages. On raconte qu\u2019il avait peint pour la Cour un p\u00eacheur v\u00eatu d\u2019un magnifique manteau rouge. Son adversaire fit remarquer au Souverain que cette couleur ne convient que pour les plus hauts personnages. Dai Jin se vit alors interdire de peindre pour la Cour. Il rentra donc dans sa province natale et continua \u00e0 pratiquer sa passion, la peinture de th\u00e8mes bouddhistes, d\u2019animaux et de fleurs. Dai Jin emprunte beaucoup \u00e0 ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, aux Ma et aux Xia pour la vivacit\u00e9, l\u2019espace laiss\u00e9 libre, mais aussi \u00e0 Fan Kuan pour l\u2019ampleur de certains paysages. Moins contemplatifs que les moines des Song les p\u00eacheurs peints de Dai Jin sont pleins de vivacit\u00e9 et de dynamisme. Tel nous les r\u00e9v\u00e8le ce fragment d\u2019un long rouleau de 7m et de 46 cm de hauteur, o\u00f9 \u00e0 travers les roseaux dans leurs barques des p\u00e9cheurs s\u2019activent ou se reposent tout en discutant\u00a0; au bord des barques sont amarr\u00e9es, un enfant s\u2019amuse avec un filet\u2026<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/7\/71\/Tai_Ch'in_001.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00c0 l\u2019\u00e9cole\u00a0<em>Zhe<\/em>\u00a0s\u2019opposait l\u2019\u00e9cole\u00a0<em>Wu<\/em>. Elle sera ici repr\u00e9sent\u00e9e par l\u2019un des plus grands peintres, Shen Zhou. Issu d\u2019une illustre famille, il re\u00e7ut une \u00e9ducation raffin\u00e9e, et fut en contact avec les hommes les plus \u00e9minents de son \u00e9poque. Calligraphe, peintre, po\u00e8te, Shen Zhou a volontairement beaucoup copi\u00e9 afin d\u2019acqu\u00e9rir un grand m\u00e9tier. Son \u0153uvre est d\u2019une d\u00e9concertante diversit\u00e9, manifestant une intelligence aigu\u00eb qui lui permet de donner une vie nouvelle \u00e0 la tradition, de cr\u00e9er \u00e0 partir de mod\u00e8les qu\u2019il transfigure. Ainsi de la\u00a0<em>Vue du Mont Lu<\/em>\u00a0(1467) o\u00f9 l\u2019artiste s\u2019inspire de Wang Meng (Wang Meng, fait partie des quatre grands ma\u00eetres Yuan au XIV<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. Il signe ses peintures \u00ab\u00a0le B\u00fbcheron du mont de la Grue jaune \u00bb, lieu o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait retir\u00e9, apr\u00e8s avoir \u00e9volu\u00e9 dans des milieux d\u2019artistes; il finira en prison, sans doute \u00e0 cause de rivalit\u00e9s)\u00a0pour les rochers, le jeu des rides, mais aussi propose une vision symbolique\u00a0: voir les pics des cinq vieillards juxtapos\u00e9s comme des pierres lev\u00e9es<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/a\/a0\/Lofty_Mt.Lu_by_Shen_Zhou.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Autre peinture de Shen Zhou\u00a0:\u00a0<em>R\u00e9union dans un parc<\/em>. Elle est de type \u00ab\u00a0or et jade \u00bb ou \u00ab\u00a0bleu et vert \u00bb. Peinture archa\u00efsante, tr\u00e8s en vogue dans les acad\u00e9mies imp\u00e9riales sous les Ming, reprenant ce qui s\u2019\u00e9tait pratiqu\u00e9 sous les Tang et le Song\u00a0: larges aplats de couleurs, \u00e9voquant la montagne \u00e0 la saison printani\u00e8re, le pinceau se limitant \u00e0 tracer les contours.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"irc_mi aligncenter\" src=\"https:\/\/i.pinimg.com\/474x\/0b\/7a\/8d\/0b7a8db81754174d8dd7f076bbce5324.jpg\" alt=\"R\u00e9sultat de recherche d'images pour &quot;Shen Zhou&quot;\" width=\"312\" height=\"595\" \/><\/p>\n<p>Shitao, \u77f3\u6fe4<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans doute le plus connu des peintres chinois. On a beaucoup \u00e9crit sur lui et, en fran\u00e7ais, de beaux livres lui sont consacr\u00e9s (par F. Cheng,\u00a0<em>Shitao ou la saveur du monde<\/em>), des \u00e9missions radio ont \u00e9galement eu lieu sur lui, des commentaires de certaines de ses \u0153uvres (une \u00e9mission,\u00a0<em>Palettes<\/em>, d\u2019Alain Jaubert). Il y a donc beaucoup \u00e0 dire et dans le contexte qui est le n\u00f4tre je ne puis \u00eatre que succincte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux mots sur sa biographie\u00a0: il naquit en 1642 (donc fin des Ming\u00a0; deux ans plus tard\u00a0: instauration des Qing) dans une famille imp\u00e9riale, mais son p\u00e8re fut assassin\u00e9, \u00e0 cause de querelles qui opposaient des factions rivales. Shitao (son signifie vague de pierre, ou vague cristallis\u00e9e, un de ses multiples surnoms, parmi \u00ab\u00a0moiti\u00e9 d\u2019homme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0racine obscure \u00bb, \u00ab\u00a0rong\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os \u00bb, etc.) fut donc confi\u00e9 d\u00e8s ses premi\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 des moines bouddhistes (Chan) qui firent son \u00e9ducation, pensant qu\u2019il serait moine. Mais assez vite il adopta l\u2019\u00e9tat la\u00efc. On le classe n\u00e9anmoins au nombre des quatre moines de la dynastie des Qing\u00a0: Zhuba (j\u2019en parlerai tout \u00e0 l\u2019heure), Kun Can, Hong Ren. Il ne d\u00e9daigna pas fr\u00e9quenter l\u2019aristocratie mandchoue, mais surtout voyagea beaucoup, avant de se fixer \u00e0 Yangzhou.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peintre \u00e9clectique, aucun des genres ne lui semble interdit\u00a0; portraits, paysages, fleurs, etc. Il est capable du plus classique comme du plus \u00e9chevel\u00e9. Il dira que sa m\u00e9thode est de ne pas en avoir. La peinture est pour lui une fusion avec le cosmos et son mouvement. Il disait\u00a0: \u00ab\u00a0Je vois ce que vous ne voyez pas, mais je ne vois pas les choses humaines et basses que vous voyez.\u00bb Subtilit\u00e9 des traits, jeu avec des encres diverses, tout demande une intimit\u00e9 avec le v\u00e9g\u00e9tal, le min\u00e9ral, le souffle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lavis suivant,\u00a0<em>Monts Jingting en automne<\/em>, se trouve au Mus\u00e9e Guimet \u00e0 Paris. C\u2019est un rouleau vertical, encre sur papier, dat\u00e9 de 1671\u00a0; 86 x 41, 7. Ce rouleau, fid\u00e8le \u00e0 la perspective traditionnelle chinoise rendue en \u00e9tagements de plans successifs, pr\u00e9sente un paysage de massifs rocheux bois\u00e9s, au centre, une cascade se jette dans un cours d\u2019eau. Noy\u00e9 dans les frondaisons un homme pr\u00e8s d\u2019un pavillon contemple le spectacle. Dans un colophon, le peintre relate les circonstances de sa cr\u00e9ation\u00a0: \u00ab\u00a0Je vis l\u00e0 tour \u00e0 tour des peintures authentiques de Ni Zan et de Huang Gongwang. Mes jours d\u00e8s lors furent au gr\u00e9 des impressions que j\u2019en conservais \u00bb. L\u2019\u00e9tranget\u00e9 de ce paysage avec sa montagne sombre enserr\u00e9e de nuages blancs, est renforc\u00e9e par les coups de pinceau rapides et nerveux. L\u2019appr\u00e9ciation d\u2019une telle peinture porte sur la qualit\u00e9 du geste qui l\u2019a r\u00e9alis\u00e9, valorisant la simplicit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/9\/9b\/Guimet_shitao_monts_jinting.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre exemple\u00a0:\u00a0<em>Rive aux fleurs de p\u00eacher<\/em>\u00a0montre les possibilit\u00e9s infinies de Shitao dans ce lavis color\u00e9, o\u00f9 tout est \u00e0 peine esquiss\u00e9. On pense aux derni\u00e8res aquarelles de C\u00e9zanne.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"irc_mi aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/thumb\/6\/68\/ShiTao_Riverbank_of_Peach_Blossoms.jpg\/373px-ShiTao_Riverbank_of_Peach_Blossoms.jpg\" alt=\"Image associ\u00e9e\" width=\"373\" height=\"480\" \/><\/p>\n<p>Bada Shanren, zhu da, \u516b\u5927 \u5c71\u4eba\u3002\uff081626-1705\uff09<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 peu pr\u00e8s contemporain de Shitao, bien que l\u00e9g\u00e8rement plus \u00e2g\u00e9, Zhu Da ou encore Bada Shanren repr\u00e9sente un des sommets de la peinture chinoise \u00e0 la fin du XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. Comme lui, il se classe parmi ces individualistes, excentriques, extr\u00eamement dou\u00e9s, \u00e0 l\u2019\u00e9cart de tout enseignement dogmatique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On sait qu\u2019il descendait d\u2019une famille imp\u00e9riale, qu\u2019il fut initi\u00e9 par son p\u00e8re \u00e0 la calligraphie. Profond\u00e9ment boulevers\u00e9 par le suicide de l\u2019empereur, en rapport avec la prise de pouvoir des Mandchous, il se fait moine. Dans ces monast\u00e8res, il d\u00e9veloppe une intense activit\u00e9 picturale (fleurs, l\u00e9gumes, bananiers, mais aussi animaux divers, oiseaux, poissons, etc.). Bouddhiste d\u2019abord, il adopte ensuite le tao\u00efsme et va jusqu\u2019\u00e0 fonder un monast\u00e8re. Suspect d\u2019activit\u00e9s subversives, il se r\u00e9fugie \u00e0 nouveau dans le bouddhisme. C\u2019est \u00e0 ce moment que se situe l\u2019\u00e9pisode de ce qu\u2019on a appel\u00e9 sa folie\u00a0: un beau matin, il \u00e9crivit sur sa porte\u00a0:\u00a0\u00ab muet \u00bb et d\u00e8s lors ne parla plus si ce n\u2019est en sons inarticul\u00e9s. On a beaucoup glos\u00e9 sur un tel comportement (explicable en partie par des difficult\u00e9s de prononciation, b\u00e9gaiement), mais, peut-\u00eatre aussi, simple ruse pour avoir la paix, car sa peinture ne t\u00e9moigne aucunement d\u2019un quelconque d\u00e9r\u00e8glement mental. Tout y est, au contraire, admirablement construit en quelques dizaines de coups de pinceaux, et un maniement subtil des nuances de l\u2019encre. Dans sa capture des oiseaux, l\u2019expression rendue est vivante et souvent pleine d\u2019humour. Rien de fig\u00e9 ici, mais le mouvement m\u00eame de la vie.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/b\/b2\/Chu_Ta_003.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ainsi de ces oisillons tout fr\u00e9missant de vie, le plumage \u00e9bouriff\u00e9, duveteux, appuy\u00e9s sur ces branches d\u00e9nud\u00e9es\u00a0: un espace vide en haut \u00e0 droite du tableau (on songe au Song du Sud) laisse la lumi\u00e8re et le vent venir hanter ce paysage un peu froid.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/5\/50\/F43842004.8.27.9.41.422.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Ici, l\u2019oiseau sur le rocher n\u2019est pas seul. \u00c0 ses pieds, deux poissons.\u00a0(33x 25) La encore ce maniement des encres bien noires pour la houppe, la naissance des branches, tandis que l\u2019\u0153il aux aguets et le bec restent bien blancs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je voudrais maintenant aborder bri\u00e8vement notre modernit\u00e9. Elle se caract\u00e9rise, dans ce domaine comme dans d\u2019autres, par le fait que la Chine est sortie de son isolement et donc que les peintres chinois vont faire voyage et un s\u00e9jour en Occident, \u00e0 Paris souvent, subissant la s\u00e9duction de la peinture \u00e0 l\u2019huile. Nous ne sommes donc plus dans le lavis sur papier et sur soie. Dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle et pendant le XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, les artistes chinois se trouvent \u00e9cartel\u00e9s entre un respect de la tradition et des styles du pass\u00e9, et un d\u00e9sir de modernit\u00e9 qui les incite \u00e0 pratiquer d\u2019autres types de repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la fronti\u00e8re du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0et du XX<sup>e<\/sup>\u00a0le c\u00e9l\u00e8bre Qi Baishi (1864-1957) reste amoureux du lavis, se permettant seulement de le colorer l\u00e9g\u00e8rement. Ses th\u00e8mes \u00e9galement sont classiques\u00a0: fleurs, insectes, cigales, crevettes. Son pinceau a la vivacit\u00e9 d\u2019un Shitao et d\u2019un Bada Shanren. Le travail des encres est vari\u00e9 pour dire le subtil entrecroisement des pattes et des antennes de ces crustac\u00e9s. Le maniement du pinceau t\u00e9moigne d\u2019un savoir calligraphique et pictural que Qi Baishi, issu d\u2019un milieu pauvre, a acquis au cours d\u2019une vie de travail. Sa renomm\u00e9e aujourd\u2019hui est universelle et Picasso le saluait comme le peintre de l\u2019Orient. Ses \u0153uvres atteignent sur le march\u00e9 de Hongkong des prix variant entre 300 000 et 1 million de dollars.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u0153uvre ci-dessous a les dimensions suivantes\u00a0: 47x 35. Ces \u00e9crevisses sont \u00e0 la fois r\u00e9alistes \u2013 leurs anatomies sont scrupuleusement repr\u00e9sent\u00e9es, nombre de pattes,\u00a0nageoire caudale antennes, carapace \u2013 et po\u00e9tiques gr\u00e2ce aux jeux d\u2019encres et \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9gance des mouvements.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/uploads6.wikiart.org\/images\/qi-baishi\/shrimp-1.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Apr\u00e8s Qi Baishi, la peinture chinoise s\u2019ouvre au monde occidental. Les peintres chinois vont donc pratiquer la peinture \u00e0 l\u2019huile, ce qu\u2019ils n\u2019avaient jamais fait auparavant et tenter de concilier, d\u2019harmoniser leur h\u00e9ritage et les courants modernes. Certains mettront davantage l\u2019accent sur l\u2019aspect traditionnel du point de vue de la technique \u2013\u00a0un Zhang Daqian, par exemple, qui mourut \u00e0 Ta\u00efpei entour\u00e9 de la v\u00e9n\u00e9ration nationale \u2013 ou en accentuant certaine th\u00e9matique \u2013 un Xu Beihong et ses chevaux \u2013 d\u2019autres encore \u2013 Ding Yan yong \u2013 se couleront dans l\u2019expression occidentale au point que ne resteront chinois que les yeux des portraits. Aujourd\u2019hui, il est difficile de distinguer la peinture chinoise de ce qui n\u2019est pas chinois, mis \u00e0 part peut-\u00eatre \u2013 mais c\u2019est vrai surtout pour les Installations \u2013 une violence, une volont\u00e9 de briser tous les tabous. Pour ne donner qu\u2019un exemple\u00a0: Wang Chu Yu feuillette d\u2019un doigt qu\u2019il vient d\u2019inciser la constitution chinoise\u00a0: volont\u00e9 de critiquer le r\u00e9gime\u00a0; certes, il y a la censure, mais elle est exerc\u00e9e tr\u00e8s arbitrairement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A P\u00e9kin, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e \u00e0 visiter le nouveau quartier de Dashanzi 798, construit pour l\u2019art contemporain, site assez semblable au Magasin \u00e0 Grenoble, en beaucoup plus grand puisqu\u2019il abrite pr\u00e8s de 300 galeries. Un coup d\u2019\u0153il rapide m\u2019a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une production assez proche de l\u2019impressionnisme ou encore du pop occidental.\u00a0On peut voir un cheval de Xu Beihong.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/c\/c7\/XuBeihong-Pferd.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00c0 propos de cette th\u00e9matique du cheval, animal essentiel en Chine, surtout pour les conqu\u00eates li\u00e9es \u00e0 l\u2019expansion de la Chine, je ne vous ai pas cit\u00e9 un peintre c\u00e9l\u00e8bre du VIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle\u00a0: Han Gan. Voici une de ses peintures (56 x45), encre et couleurs sur soie. Elle est intitul\u00e9e,\u00a0<em>Le Vacher<\/em>. On y voit une paire de chevaux fringants, l\u2019un noir, l\u2019autre blanc. Au premier plan, le cheval noir, \u00e0 la selle joliment d\u00e9cor\u00e9e, en retrait le cheval blanc. Chevaux bien charpent\u00e9s, pleins de vivacit\u00e9, piaffant, les oreilles dress\u00e9es. Le dessin du personnage, costaud lui aussi, est magistral par sa pr\u00e9cision, la minutie des traits du visage.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/f\/f6\/Palefrenier_menant_deux_chevaux_par_Han_Gan.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, pour terminer, pointons l\u2019influence occidentale\u00a0: voici une peinture de Ding Yan-Yong (XX<sup>e<\/sup>) tr\u00e8s proche, me semble-t-il, de certains Matisse, en un peu moins bien \u2026<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/image.invaluable.com\/housePhotos\/christies\/59\/112359\/H0027-L04080085.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"rteright\" style=\"text-align: justify;\">R\u00e9gine Pietra<br \/>\nProfesseur honoraire de philosophie<br \/>\nUniversit\u00e9 Pierre Mend\u00e8s France Grenoble<\/p>\n<p class=\"rteright\">regine.pietra@wanadoo.fr<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Image mise en avant : La d\u00e9esse de la lune. Artiste inconnu. La\u00a0peinture chinoise, l&rsquo;une des formes de l&rsquo;art chinois, d\u00e9signe toute forme de peinture originaire de Chine ou pratiqu\u00e9e en Chine ou par des artistes\u00a0chinois\u00a0hors de Chine. &nbsp; La peinture chinoise sur rouleaux est tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre. 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