{"id":14506,"date":"2024-10-01T04:50:55","date_gmt":"2024-10-01T02:50:55","guid":{"rendered":"https:\/\/oraziopuglisi.art\/?page_id=14506"},"modified":"2024-10-01T05:08:56","modified_gmt":"2024-10-01T03:08:56","slug":"generalites-4","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/oraziopuglisi.art\/index.php\/generalites-4\/","title":{"rendered":"G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s"},"content":{"rendered":"<h3 id=\"yui_3_5_0_1_1407502352875_23554\" style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais que signifie la pens\u00e9e \u00abpr\u00e9socratique\u00bb ? S\u2019agit-il de la pens\u00e9e telle qu\u2019elle existait avant la naissance de Socrate, vers 470 avant J\u00e9sus-Christ ? Avant son d\u00e9c\u00e8s vers 399 avant J\u00e9sus-Christ ? Ou avant son acm\u00e9 situ\u00e9e vers 430 avant J\u00e9sus-Christ ? Figure, parmi la liste des grandes figures habituelles qui composent les pr\u00e9socratiques, des penseurs effectivement ant\u00e9rieurs \u00e0 Socrate, mais aussi contemporains, voire qui lui ont surv\u00e9cu\u2026 Car, il existait une pens\u00e9e avant Socrate, inspir\u00e9e par les voyageurs revenant des contr\u00e9es de l\u2019Est, de l\u2019Inde et de ses gymnosophistes, probablement eux-m\u00eames influenc\u00e9s par des sagesses chinoises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui frappe, lorsque l\u2019on commence \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au corpus pr\u00e9socratique, est son caract\u00e8re fragmentaire, dispers\u00e9, \u00e9parpill\u00e9. Tout le contraire, par exemple, de l\u2019\u0153uvre de Platon, aujourd\u2019hui disponible dans son int\u00e9gralit\u00e9. Quel est cet \u00e9trange ph\u00e9nom\u00e8ne qui explique ainsi une telle diff\u00e9rence d\u2019h\u00e9ritage, pour des textes \u00e0 peu pr\u00e8s contemporains ? La r\u00e9ponse est aujourd\u2019hui \u00e9vidente. L\u2019histoire, telle que nous la connaissons, a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite pas les vainqueurs, c\u2019est \u00e0 dire les chr\u00e9tiens. Lorsque, vers le IV\u00e8me si\u00e8cle apr\u00e8s J\u00e9sus-Christ, les p\u00e8res de l\u2019\u00e9glise ont \u00e9t\u00e9 intronis\u00e9s par le pouvoir en place (l\u2019empereur Constantin), gardiens des cl\u00e9s de toutes les biblioth\u00e8ques occidentales, leur tentation fut grande de faire un brin de m\u00e9nage. Pour justifier le dogme nouveau, ils comprirent tout l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019ils pouvaient tirer d\u2019un tri dans les pens\u00e9es anciennes, retenant les \u0153uvres christano-compatibles et rejetant les autres. Et quoi de plus christano-compatible que l\u2019\u0153uvre compl\u00e8te de notre ami Platon o\u00f9 tout s\u2019y trouve d\u00e9j\u00e0, au moins en germe, un arri\u00e8re monde (le monde des id\u00e9es), l\u2019immortalit\u00e9 de l\u2019\u00e2me, la haine du corps, la haine du plaisir, la glorification de la souffrance\u2026 Et quoi de moins christano-compatibles que les ouvrages mat\u00e9rialistes qui avancent l\u2019id\u00e9e d\u2019une seule r\u00e9alit\u00e9, celle d\u2019ici-bas, sans au-del\u00e0, avec une \u00e2me constitu\u00e9e d\u2019atomes vou\u00e9e \u00e0 disparaitre en m\u00eame temps que le corps, avec la mort\u2026 Alors, ce fut autodaf\u00e9s sur autodaf\u00e9s, destructions de biblioth\u00e8ques enti\u00e8res, pers\u00e9cutions, jusqu\u2019\u00e0 qu\u2019il ne reste \u00e0 peu pr\u00e8s plus rien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rendons donc ici hommage \u00e0 Diog\u00e8ne Laerce, po\u00e8te grec du III\u00e8me si\u00e8cle apr\u00e8s J\u00e9sus-Christ qui, au travers de sa \u00a0\u00bb Vie, doctrine et sentences des philosophes illustres \u00a0\u00bb nous a l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce que nous savons des pr\u00e9socratiques. En revanche, d\u00e9non\u00e7ons ici l\u2019\u00e9ducation nationale, qui persiste \u00e0 faire la place belle \u00e0 Platon et ses acolytes, et ne r\u00e9serve que des miettes aux pr\u00e9socratiques qui pourtant, furent, comme nous allons le voir, bien plus clairvoyants.<\/p>\n<h2 id=\"yui_3_5_0_1_1407502352875_23561\" style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>La pens\u00e9e pr\u00e9socratique<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut distinguer deux lignes de force qui se sont affront\u00e9es aux alentours des IV, V et VI\u00e8me si\u00e8cle avant J\u00e9sus-Christ.<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>la premi\u00e8re, autour des dualistes (Pythagore, H\u00e9raclite qui engendr\u00e8rent Socrate, Platon, Aristote, X\u00e9nophon et quelques autres), qui distingue un monde sensible et mat\u00e9riel et un monde des id\u00e9es, de l\u2019\u00e2me ou de l\u2019esprit. Ils inspireront, comme nous l\u2019avons vu, plus tard le christianisme.<\/li>\n<li>la seconde, autour des monistes ou mat\u00e9rialistes (Leucippe, Antist\u00e8ne, Aristippe, Diog\u00e8ne, Eudoxe, D\u00e9mocrite, et quelques autres) qui r\u00e9fute les arri\u00e8res-mondes et ne reconnait qu\u2019une seule r\u00e9alit\u00e9 : la mati\u00e8re. La premi\u00e8re a cherch\u00e9 \u00e0 discr\u00e9diter la seconde en la<\/li>\n<\/ul>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>minimisant (trop vague, trop g\u00e9n\u00e9rale, trop floue) ;<\/li>\n<li>caricaturant (pas s\u00e9rieuse, d\u00e9bauch\u00e9e, bestiale) ;<\/li>\n<li>n\u00e9gligeant (ne sert \u00e0 rien) ;<\/li>\n<li>niant (elle n\u2019existe pas). Aucune r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 D\u00e9mocrite dans l\u2019\u0153uvre compl\u00e8te de Platon, malgr\u00e9 son ind\u00e9niable influence sur l\u2019\u00e9poque.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la suite, on r\u00e9servera au terme \u00ab pr\u00e9socratique \u00bb, la ligne de force discr\u00e9dit\u00e9e (la mat\u00e9rialiste), la premi\u00e8re (la dualiste) ayant \u00e9t\u00e9 suffisamment glorifi\u00e9e par les manuels scolaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Commen\u00e7ons par \u00e9vacuer les lieux communs habituels :<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>il n\u2019y a pas de pens\u00e9e pr\u00e9socratique car le v\u00e9hicule est souvent po\u00e9tique ;<\/li>\n<li>il n\u2019y pas de raison avant Socrate mais une pens\u00e9e mythologique ;<\/li>\n<li>les pr\u00e9socratiques sont des pr\u00e9-philosophes. Cette id\u00e9e correspondait \u00e9galement aux lectures marxistes qui voulaient voir \u00e9merger la raison comme le fruit de la d\u00e9mocratie ath\u00e9nienne.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est possible maintenant de donner quelques grands principes :<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>les pr\u00e9socratiques ne pensent pas en termes de corps et d\u2019esprit, de bien et de mal, ni en termes de morale ou d\u2019\u00e9thique ;<\/li>\n<li>le monde tout entier est l\u2019objet de leurs r\u00e9flexions. Ils font aussi bien de l\u2019astronomie, de la po\u00e9sie, que des math\u00e9matiques\u2026 Ils proposent une vision coh\u00e9rente du monde et vise \u00e0 embrasser tout le savoir ;<\/li>\n<li>ils cherchent des causalit\u00e9s raisonnables sans faire appel aux mythes et \u00e0 la magie ;<\/li>\n<li>ils r\u00e9duisent le divers \u00e0 l\u2019unit\u00e9, souvent aux \u00e9l\u00e9ments de la nature ou aux nombres.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Examinons maintenant, la pens\u00e9e de quelques illustres personnages.<\/p>\n<h2 id=\"yui_3_5_0_1_1407502352875_23589\" style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Leucippe de Millet (460 \u2013 370 avant J\u00e9sus-Christ)<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Leucippe pourrait \u00eatre n\u00e9 vers 460 et mort en 370 avant J\u00e9sus-Christ \u00e0 Millet en Asie mineure, la Turquie actuelle. Il est consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019inventeur de l\u2019atomisme (a-tome en grec que l\u2019on ne peut partager).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019antiquit\u00e9 grecque, la science et la philosophie sont m\u00eal\u00e9es. Elles peuvent aboutir \u00e0 une \u00e9thique. La pens\u00e9e de Leucippe est essentiellement une th\u00e9orie physique. La r\u00e9alit\u00e9 est faite d\u2019atomes en mouvement dans le vide. Ces atomes sont en nombre infini et ont des formes particuli\u00e8res. Leurs agencements sp\u00e9cifiques constituent la mati\u00e8re et le r\u00e9el. La perception de la r\u00e9alit\u00e9 est due aux simulacres qui sont des \u00e9manations de particules provenant de toute chose et de tout \u00eatre et qui stimulent nos cinq sens. Ainsi, ce que nous sentons ou voyons provient de ces simulacres. Le r\u00e9el est ainsi r\u00e9duit \u00e0 la mati\u00e8re. Compte tenu de l\u2019avancement de la science, l\u2019atome est une hypoth\u00e8se non v\u00e9rifiable \u00e0 l\u2019\u00e9poque mais dont l\u2019intuition g\u00e9niale serait venue \u00e0 Leucippe de l\u2019observation d\u2019un rai de lumi\u00e8re dans lequel dansaient des poussi\u00e8res. Cette th\u00e9orie des atomes dans le vide, seule r\u00e9alit\u00e9, d\u00e9bouche sur un radicalisme philosophique sans dieux ou avec des dieux mat\u00e9riels, faits d\u2019atomes, qui se d\u00e9sint\u00e9ressent des hommes et de leur destin et dont il n\u2019y a plus lieu d\u2019avoir peur. La th\u00e9orie atomiste fait l\u2019\u00e9conomie des mythes et des religions. L\u2019enseignement grec bas\u00e9 sur Hom\u00e8re et la mythologie, attribuant un r\u00f4le \u00e0 chaque dieu, est rejet\u00e9 au profit de la raison. C\u2019est un grand pas vers l\u2019ath\u00e9isme, et une id\u00e9e subversive pour l\u2019\u00e9poque. La construction de l\u2019homme repose alors sur lui-m\u00eame. Il doit trouver sa place dans un r\u00e9el qui existait avant lui et lui survivra. Il s\u2019agit \u00e9galement du d\u00e9but du monisme : il n\u2019existe qu\u2019une r\u00e9alit\u00e9 excluant les arri\u00e8res mondes, la transcendance disparait au profit de l\u2019immanence. Cette pens\u00e9e implique \u00e9galement une \u00e2me mat\u00e9rielle et mortelle en tant qu\u2019agencement d\u2019atomes qui eux sont durables. Leur permanence est notre seul rapport \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9. L\u2019\u00e2me mat\u00e9rielle est toujours pens\u00e9e par des scientifiques. Il est possible que Leucippe ait \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9 par des penseurs plus anciens, mais aucune information n\u2019existe \u00e0 ce sujet. Cette pens\u00e9e antique est la base de la pens\u00e9e mat\u00e9rialiste au travers des si\u00e8cles. Ses principales lignes de forces sont : le monisme, l\u2019ath\u00e9isme et l\u2019immanence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il existe \u00e9galement une \u00e9thique mat\u00e9rialiste, constitu\u00e9e d\u00e8s Leucippe, bas\u00e9e sur la joie, le plaisir, la paix avec soi, avec les autres et avec le monde, l\u2019invitation \u00e0 fabriquer une bonne et belle vie pour que la joie puisse y apparaitre. Les hommes cessent de vivre sous le regard des dieux pour vivre sous leur propre regard. La pens\u00e9e mat\u00e9rialiste qui suivra ne sera que des variations sur ces th\u00e8mes de base.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne nous reste qu\u2019un fragment qu\u2019on pr\u00eate \u00e0 Leucippe et qui est rapport\u00e9 par Cl\u00e9ment d\u2019Alexandrie (p\u00e8re de l\u2019\u00e9glise 150-220) : \u00ab Et \u00e0 vrai dire, le p\u00e9ripat\u00e9ticien Lykos disait, comme Leucime, que la joie authentique est le but de l\u2019\u00e2me : c\u2019est la joie que procure les choses belles \u00bb.Cette citation semble montrer une pens\u00e9e h\u00e9doniste voire une invention de l\u2019h\u00e9donisme par Leucippe. Il peut toutefois y avoir des pr\u00e9d\u00e9cesseurs \u00e0 Leucippe dont nous n\u2019aurions pas de trace. Nous ne sommes pas certains non plus que Leucime soit Leucippe. Le contexte est perdu. Cl\u00e9ment d\u2019Alexandrie, p\u00e8re de l\u2019\u00e9glise, ne partage pas la th\u00e9orie mat\u00e9rialiste de Leucippe et il se peut que la citation ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9form\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que signifie le mot \u00ab joie \u00bb pour Leucippe, avant l\u2019inflexion donn\u00e9e par le christianisme ? Quelle est la diff\u00e9rence avec le plaisir ? Que signifie une \u00ab joie authentique \u00bb ? On peut penser que \u00ab les choses belles\u00bb renvoient \u00e0 un contexte platonicien d\u2019id\u00e9e de beaut\u00e9 de la part de Cl\u00e9ment d\u2019Alexandrie ce qui ne correspond pas \u00e0 la pens\u00e9e mat\u00e9rialiste de Leucippe. La beaut\u00e9 peut \u00e9galement \u00eatre associ\u00e9e dans la Gr\u00e8ce antique \u00e0 une id\u00e9e de noblesse, de vertu et d\u2019excellence. Le sens de ces mots est ainsi sujet aux erreurs de traduction.<\/p>\n<h2 id=\"yui_3_5_0_1_1407502352875_23622\" style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>D\u00e9mocrite d\u2019Abd\u00e8re (460 \u2013 356 avant J\u00e9sus-Christ)<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Faire de D\u00e9mocrite un pr\u00e9socratique rel\u00e8ve de la falsification dans la mesure o\u00f9 il est contemporain de Socrate. D\u00e9mocrite est n\u00e9 vers 460 et mort vers 356 avant J\u00e9sus-Christ alors que Socrate est n\u00e9 en 469 et mort en 399. D\u00e9mocrite est donc plus jeune que Socrate et lui a surv\u00e9cu plusieurs dizaines d\u2019ann\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Platon a d\u00e9sir\u00e9 mettre le feu aux livres de D\u00e9mocrite, donnant ainsi naissance \u00e0 un couple de personnages conceptuels, compos\u00e9 du fondateur de l\u2019id\u00e9al asc\u00e9tique, Platon, et de celui de l\u2019id\u00e9al h\u00e9doniste, D\u00e9mocrite. Pour Platon le r\u00e9el n\u2019existe que par l\u2019id\u00e9e pure \u00e0 laquelle il renvoie ce qui en fait un partisan du dualisme. D\u00e9mocrite est dans une pens\u00e9e mat\u00e9rialiste, atomiste et moniste. Platon aurait \u00e9t\u00e9 dissuad\u00e9 de passer \u00e0 l\u2019acte du fait de l\u2019\u00e9chec auquel \u00e9tait vou\u00e9e l\u2019entreprise. Il optera pour faire un silence complet sur D\u00e9mocrite dont il ne citera ni le nom, ni les th\u00e8ses alors qu\u2019il le connaissait forc\u00e9ment compte tenu de sa r\u00e9putation. D\u00e9mocrite repr\u00e9sente 20 % du volume des pr\u00e9socratiques, ce qui est consid\u00e9rable, alors que ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit sur lui est extr\u00eamement limit\u00e9, contrairement \u00e0 d\u2019autres pr\u00e9socratiques qui, malgr\u00e9 un corpus beaucoup moins important, ont suscit\u00e9 plus de commentaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9mocrite est natif d\u2019Abd\u00e8re en Thrace. Il a h\u00e9rit\u00e9 avec ses trois fr\u00e8res de la fortune de son p\u00e8re qu\u2019il a utilis\u00e9 pour voyager. Il aurait \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019en Inde o\u00f9 il aurait rencontr\u00e9 des gymnosophistes. Il aurait \u00e9galement rencontr\u00e9 des mages chald\u00e9ens, des pr\u00eatres \u00e9gyptiens. D\u00e9mocrite \u00e9labore \u00e0 partir de ces diverses influences la premi\u00e8re pens\u00e9e mat\u00e9rialiste constitu\u00e9e comme telle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On le pr\u00e9sente comme un philosophe d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 en rapportant une anecdote dans laquelle il abandonne ses gains apr\u00e8s avoir sp\u00e9cul\u00e9 sur le cours du bl\u00e9. Il avait \u00e9galement un go\u00fbt pour la vie contemplative, \u00e0 l\u2019\u00e9cart du monde dans sa maison ou dans un cimeti\u00e8re. Sa r\u00e9putation est immense notamment pour son livre \u00abLe grand syst\u00e8me du monde\u00bb. Il avait une grande capacit\u00e9 dialectique et \u00e9tait connu pour savoir pr\u00e9dire l\u2019avenir. Toutefois, ses pr\u00e9dictions, contrairement \u00e0 celles des pr\u00eatres, visent \u00e0 montrer que lorsqu\u2019on sait voir l\u2019enchainement des causes et des effets, on peut pr\u00e9dire sans faire appel \u00e0 la pens\u00e9e magique.<\/p>\n<h2 id=\"yui_3_5_0_1_1407502352875_23659\" style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Quelques anecdotes<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9mocrite voit dans le port d\u2019Abd\u00e8re un porte-faix qu\u2019il ach\u00e8te et dont il fait son secr\u00e9taire. Ce porte-faix est Protagoras qui deviendra un des principaux repr\u00e9sentants de la pens\u00e9e sophistique. Cette histoire accr\u00e9dite la th\u00e8se d\u2019un lignage entre le mat\u00e9rialisme abd\u00e9ritain et la pens\u00e9e sophistique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tertullien, p\u00e8re de l\u2019\u00e9glise du 2\u00e8me si\u00e8cle apr\u00e8s J\u00e9sus-Christ, raconte que D\u00e9mocrite vieillissant ne veut plus d\u00e9sirer les femmes car il est \u00e0 pr\u00e9sent incapable de les satisfaire. Il capte alors les rayons du soleil avec le reflet d\u2019un bouclier et se br\u00fble les yeux. On en d\u00e9duit que les femmes d\u00e9sirables sont avant tout des simulacres et qu\u2019il suffit de fermer les yeux et ne plus les voir pour ne plus les d\u00e9sirer. Elle peut aussi illustrer la volont\u00e9 de se concentrer sur l\u2019int\u00e9rieur en \u00e9vitant le parasitage des sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9mocrite, accompagn\u00e9 d\u2019Hippocrate, salue une jeune fille dans la rue en lui d\u00e9clarant \u00abBonjour Mademoiselle\u00bb. Le lendemain, il la salue en lui disant \u00abBonjour Madame\u00bb. Hippocrate lui demande comment il fait pour deviner qu\u2019elle a perdu sa virginit\u00e9 dans la nuit. D\u00e9mocrite indique qu\u2019il a per\u00e7u des simulacres diff\u00e9rents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9mocrite au moment o\u00f9 il sent sa fin approcher accepte, \u00e0 la demande de sa s\u0153ur, de ne pas mourir imm\u00e9diatement mais d\u2019attendre quelques jours pour qu\u2019elle puisse pr\u00e9parer le rituel. Il passe ainsi trois jours \u00e0 humer des petits pains avant de mourir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il aurait d\u00e9clar\u00e9 vouloir que son corps soit conserv\u00e9 dans du miel, ce qui semble contradictoire avec sa pens\u00e9e qui affirme que l\u2019agencement des atomes disparait mais que les atomes eux m\u00eames sont immortels. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de les plonger dans le miel pour cela.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On voit au travers de ces anecdotes que tout passe par la mati\u00e8re et les simulacres. L\u2019olfaction est un sens important.<\/p>\n<h2 id=\"yui_3_5_0_1_1407502352875_23684\" style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>La pens\u00e9e atomiste<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les mat\u00e9rialistes ne font pas la diff\u00e9rence entre les sens nobles qui seraient les sens de la mise \u00e0 distance : la vue et l\u2019ou\u00efe, et les sens ignobles qui seraient ceux du contact : le toucher, le go\u00fbt et l\u2019odorat. Il n\u2019existe pas de hi\u00e9rarchie des sens dans la pens\u00e9e mat\u00e9rialiste contrairement \u00e0 la conception platonicienne. La physique mat\u00e9rialiste suppose des atomes en mouvement, en nombre infini, permettant une infinit\u00e9 de combinaison. Le r\u00e9el est fait de mati\u00e8re et il n\u2019y a pas de Dieux. Tout passe, tout change. L\u2019homme est \u00e0 une place cardinale et il doit prendre en consid\u00e9ration sa nature mat\u00e9rielle pour faire le meilleur usage de lui-m\u00eame en attendant la mort. Dans ce contexte moniste, l\u2019\u00e2me existe mais elle est mat\u00e9rielle au m\u00eame titre que le corps. Il s\u2019agit d\u2019une position de combat car anti-pythagoricienne et donc anti-platonicienne. Platon recycle en effet Pythagore dans sa conception dualiste opposant la bonne \u00e2me et le mauvais corps, comme D\u00e9mocrite recycle Leucippe sur le terrain du monisme. Pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me de la liaison du corps et de l\u2019\u00e2me, D\u00e9mocrite fait appel \u00e0 des atomes somatiques (soma=le corps) qui constituent le corps et des atomes psychiques qui constituent l\u2019\u00e2me. Nos mouvements, nos pens\u00e9es et r\u00e9flexions sont possibles gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019agencement des atomes psychiques qui sont lisses, ronds et chauds. Ils s\u2019organisent avec les atomes somatiques sur le mode du damier. Tout ce qui est psychologique est r\u00e9ductible \u00e0 des agencements physiques. Le corps et l\u2019\u00e2me ne vont pas l\u2019un sans l\u2019autre. Quand il y a du corps, il y a de l\u2019\u00e2me. En fait, il n\u2019y a qu\u2019un corps abordable de plusieurs mani\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les diff\u00e9rents temp\u00e9raments humains, rapides, lents, vifs, indolents\u2026 sont li\u00e9s aux agencements des atomes. La quantit\u00e9 d\u2019atomes psychiques ou somatiques chez un individu conditionne son caract\u00e8re, ses capacit\u00e9s, sa sant\u00e9. Aucun choix n\u2019est possible et l\u2019agencement des atomes rel\u00e8ve de la n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9mocrite propose une th\u00e9orie de la mort r\u00e9ductible \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne physique. Contrairement aux pythagoriciens, aux platoniciens et plus tard aux chr\u00e9tiens pour qui la mort est un d\u00e9tachement de l\u2019\u00e2me qui part vers un ciel des id\u00e9es, D\u00e9mocrite con\u00e7oit la mort comme la disparition ou la rar\u00e9faction des atomes les plus chauds.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019anecdote relative au d\u00e9sir de D\u00e9mocrite, \u00e0 premi\u00e8re vue \u00e9tonnante, de conserver son corps dans du miel peut \u00eatre li\u00e9e \u00e0 une volont\u00e9 de conserver une peu de sa chaleur et donc un peu de sa vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9mocrite affirme que si le corps intentait un proc\u00e8s contre l\u2019\u00e2me, il le gagnerait dans la mesure o\u00f9 l\u2019\u00e2me est \u00e0 l\u2019origine de nos malheurs et de nos souffrances. Les atomes de la vitalit\u00e9 et de l\u2019\u00e9nergie nous rendent d\u00e9sirants, dans la pulsion et dans l\u2019instinct conduisant \u00e0 la douleur et la souffrance. La pr\u00e9sence des atomes psychiques dans un corps est la cause de notre incapacit\u00e9 \u00e0 choisir et \u00e0 \u00eatre libres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour D\u00e9mocrite, il y a une obligation \u00e9thique \u00e0 \u00e9quilibrer l\u2019influence des atomes psychiques et des atomes somatiques. Cette \u00e9thique doit viser la joie. Comme la plupart des penseurs de la n\u00e9cessit\u00e9, la seule libert\u00e9 que nous accorde D\u00e9mocrite est consentir au r\u00e9el comme il est. Le mot \u00abjoie\u00bb doit ici \u00eatre compris dans ce contexte, d\u2019apr\u00e8s les recherches de Michel Onfray, comme : la tranquillit\u00e9 et la fermet\u00e9 d\u2019\u00e2me, l\u2019heureuse disposition, la gait\u00e9, la bonne humeur, la sant\u00e9 morale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La morale de D\u00e9mocrite est une morale du plaisir pris \u00e0 soi-m\u00eame par opposition avec les plaisir triviaux tels que ceux li\u00e9s \u00e0 l\u2019argent et aux richesses. Pour D\u00e9mocrite, cela est possible si on ne craint rien ni personne et que l\u2019on a fabriqu\u00e9 son autonomie. Pour cela il propose des m\u00e9thodes :<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>pratiquer dans une perspective utilitariste. D\u00e9mocrite consid\u00e8re que le contentement et l\u2019agr\u00e9able d\u00e9finissent l\u2019utile et qu\u2019inversement le m\u00e9contentement et le d\u00e9sagr\u00e9able d\u00e9finissent l\u2019inutile. L\u2019utile et l\u2019inutile correspondent au bien et au mal dans la pens\u00e9e moderne m\u00eame si ces notions n\u2019ont pas cours chez les pr\u00e9socratiques. Il s\u2019agit n\u00e9anmoins de l\u2019amorce de la diff\u00e9rentiation entre les morales de la vertu (Kant : il faut faire le bien par vertu parce qu\u2019elle est vertu) et les morales du bien (le bien est fluctuant en fonction des circonstances). La philosophie h\u00e9doniste est souvent une morale du bien, rarement de la vertu ;<\/li>\n<li>penser que la connaissance ne peut s\u2019acqu\u00e9rir qu\u2019\u00e0 partir des sens et non des id\u00e9es pures. La seul fa\u00e7on d\u2019appr\u00e9hender le r\u00e9el est la circulation de simulacres qui impressionnent nos sens. Il n\u2019est pas question de se passer d\u2019un des cinq sens pour acc\u00e9der \u00e0 la connaissance. Le vrai est la repr\u00e9sentation de l\u2019objet contrairement \u00e0 Platon pour qui le vrai est dans un r\u00e9f\u00e9rent id\u00e9al, une id\u00e9e pure. Il y a identit\u00e9 entre le monde et la v\u00e9rit\u00e9 et il n\u2019y a pas d\u2019arri\u00e8re mondes ;<\/li>\n<li>penser en perspectiviste et en relativiste c\u2019est \u00e0 dire qu\u2019il n\u2019y a pas de v\u00e9rit\u00e9 absolue mais que la v\u00e9rit\u00e9 est relative \u00e0 la perception qu\u2019on en a et \u00e0 la subjectivit\u00e9 qui la per\u00e7oit.<\/li>\n<li>pratiquer l\u2019ath\u00e9isme tranquille ou plut\u00f4t l\u2019id\u00e9e que si les dieux existent ils ne s\u2019occupent pas des hommes qui n\u2019ont alors pas \u00e0 s\u2019occuper des dieux. Tout ce qui advient dans le monde n\u2019est que le r\u00e9sultat d\u2019un encha\u00eenement de causalit\u00e9 et non de l\u2019intervention divine.<\/li>\n<li>pratiquer une di\u00e9t\u00e9tique des d\u00e9sirs. Les d\u00e9sirs ne sont n\u00e9gatifs que du fait des troubles qu\u2019ils peuvent causer en nous. Il faut donc choisir ses d\u00e9sirs et ses plaisirs. Un d\u00e9sir est bon si le plaisir qu\u2019il produit ne nous d\u00e9truit pas et ne nous ali\u00e8ne pas. Il faut donc \u00e9viter les exc\u00e8s et l\u2019intemp\u00e9rance.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a par ailleurs chez D\u00e9mocrite une grande confiance dans l\u2019usage de la raison au m\u00eame titre que plus tard chez les philosophes des lumi\u00e8res. D\u00e9mocrite donne des recettes pratiques pour atteindre la joie. Il nous invite ainsi \u00e0 n\u2019\u00eatre :<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>ni un bon \u00e9poux. Il faut \u00e9viter le mariage g\u00e9n\u00e9rateur des souffrances de la vie domestique ;<\/li>\n<li>ni un bon p\u00e8re. Il faut ne pas faire d\u2019enfants. Pouvoir en faire n\u2019implique pas devoir en faire. Il est impossible de r\u00e9ussir leur \u00e9ducation, Freud le dira plus tard. Ils sont sources de soucis quotidiens. Il est difficile de leur tenir un discours coh\u00e9rent et honn\u00eate : soit les parents sont dans la logique de l\u2019id\u00e9al et ils font un enfant incapable de vivre dans la soci\u00e9t\u00e9, soit ils en font quelqu\u2019un d\u2019apte \u00e0 vivre dans la soci\u00e9t\u00e9 mais il sera loin de l\u2019id\u00e9al. A la limite, D\u00e9mocrite recommande l\u2019adoption ;<\/li>\n<li>ni un bon citoyen. Il s\u2019agit d\u2019une id\u00e9e subversive pour l\u2019\u00e9poque. Le sage peut faire l\u2019\u00e9conomie des lois pourvu qu\u2019il fasse le bien. La question de la diff\u00e9rence entre le l\u00e9gal et le moral est pos\u00e9e. Il faut ainsi \u00e9viter les charges politiques et repr\u00e9sentatives car elles sont l\u2019occasion d\u2019induire des jugements, des commentaires \u2026 des passions mauvaises ;<\/li>\n<li>ni un \u00ab grec moyen \u00bb. Cela suppose une di\u00e9t\u00e9tique des passions telles que la jalousie, l\u2019envie et le ressentiment qui nous emp\u00eachent d\u2019habiter le pr\u00e9sent en le parasitant par le pass\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h2 id=\"yui_3_5_0_1_1407502352875_23710\" style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Les Sophistes<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le terme \u00ab sophiste \u00bb pose probl\u00e8me. Chez Platon et depuis lors, il est connot\u00e9 n\u00e9gativement et d\u00e9signe un personnage fautif, dont les raisonnements sont inutilement compliqu\u00e9s. Ils sont g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9s comme des rh\u00e9teurs qui manient une parole habile mais vide de contenu philosophique. Les sophistes sont, comme D\u00e9mocrite, qualifi\u00e9s par erreur de pr\u00e9-socratique puisqu\u2019ils sont contemporains de Socrate. Le terme sophiste ne doit pas faire penser que leur enseignement est identique m\u00eame si des points communs existent. Par exemple Antiphon est h\u00e9doniste, les autres non.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Principales id\u00e9es et caract\u00e9ristiques communes aux sophistes :<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La th\u00e8se essentielle des Sophistes est r\u00e9sum\u00e9e dans la c\u00e9l\u00e8bre formule de Protagoras : \u00ab L\u2019homme est la mesure de toute chose\u00bb Cette formule traduit que tout savoir est relatif et subjectif, que l\u2019individu ne peut acc\u00e9der au savoir que dans sa relation avec le monde r\u00e9el, par opposition \u00e0 Platon pour qui le savoir est issu de la relation avec le monde des id\u00e9es. La th\u00e8se de Protagoras suppose un relativisme, un perspectivisme et un individualisme philosophique.<\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li>La th\u00e9orie de la connaissance empirique : on ne d\u00e9duit pas le r\u00e9el \u00e0 partir des id\u00e9es mais du monde gr\u00e2ce aux sens qui nous permettent d\u2019appr\u00e9hender et de conna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9. On s\u2019occupe du ph\u00e9nom\u00e8ne et non de sa relation avec un \u00e9ventuel arri\u00e8re monde. On voit la filiation entre le mat\u00e9rialisme de D\u00e9mocrite et la pens\u00e9e sophistique ;<\/li>\n<li>La pratique d\u00e9mocratique et non aristocratique et \u00e9litiste de la philosophie. Il n\u2019y a pas de cours \u00e9sot\u00e9riques et exot\u00e9riques comme chez Platon. Les sophistes vont directement vers le peuple et ne choisissent pas leur auditoire ;<\/li>\n<li>L\u2019habilet\u00e9 rh\u00e9torique qui les fait craindre de leurs interlocuteurs :<\/li>\n<li>Le scepticisme politique : chez Platon, le philosophe doit \u00eatre roi et le roi philosophe. Il y a trois ordres, le roi et les puissants, les producteurs et les guerriers dans des ordres hi\u00e9rarchis\u00e9s qui ne communiquent pas et dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 chacun reste \u00e0 sa place. En revanche, les sophistes pensent qu\u2019il faut permettre au plus grand nombre d\u2019acc\u00e9der aux charges et \u00e0 la repr\u00e9sentation publique ;<\/li>\n<li>Le rapport \u00e0 l\u2019argent : les sophistes se font payer pour leurs enseignements et consid\u00e8rent l\u2019argent comme un moyen et non comme une fin en soi. Il ne faut pas se priver d\u2019argent, sans toutefois en \u00eatre l\u2019esclave, parce qu\u2019il permet d\u2019\u00e9viter des d\u00e9plaisirs et de r\u00e9gler certains probl\u00e8mes. En revanche Socrate consid\u00e8re que la v\u00e9ritable richesse n\u2019est pas dans la possession et qu\u2019il vaut mieux travailler sur ses d\u00e9sirs plut\u00f4t que de vouloir les \u00e9teindre en les satisfaisant.<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">Platon leur fait plusieurs reproches qui les accompagneront au cours des si\u00e8cles :<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>ils se font payer, contrairement \u00e0 Socrate. Le rapport \u00e0 l\u2019argent chez le philosophe reste pos\u00e9 encore aujourd\u2019hui. Il convient de pr\u00e9ciser que Platon \u00e9tait d\u2019extraction noble et pouvait se permettre de m\u00e9priser l\u2019argent dans la mesure o\u00f9 il n\u2019en avait pas besoin pour vivre ;<\/li>\n<li>ils ne sont en g\u00e9n\u00e9ral pas ath\u00e9niens (sauf Antiphon et Critias). Pour Platon il n\u2019y avait de grec qu\u2019ath\u00e9nien ;<\/li>\n<li>ils sont nomades. Ils donnent lieu \u00e0 un engouement consid\u00e9rable et gagnent beaucoup d\u2019argent ce qui d\u00e9plait \u00e0 la classe moyenne et \u00e0 une certain aristocratie ;<\/li>\n<li>ils travaillent sur la forme et non sur le fond et leur enseignement n\u2019est constitu\u00e9 que de techniques pour briller en soci\u00e9t\u00e9.<\/li>\n<li>ils permettent au peuple d\u2019acc\u00e9der aux charges repr\u00e9sentatives. Cela ne plait pas toujours aux classes dominantes.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 certaines th\u00e8ses communes, il existe n\u00e9anmoins des singularit\u00e9s.<\/p>\n<h2 id=\"yui_3_5_0_1_1407502352875_23737\" style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Antiphon d\u2019Ath\u00e8nes (480 \u2013 411 avant J\u00e9sus-Christ.)<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme pour beaucoup de pr\u00e9socratiques, il est difficile de mettre de l\u2019ordre et de la coh\u00e9rence dans sa pens\u00e9e. Il est mort en 411 avant J\u00e9sus-Christ, ce qui en fait un contemporain de Socrate. Des travaux r\u00e9cents ont mis en \u00e9vidence qu\u2019il y avait deux Antiphon. Celui qui nous int\u00e9resse est Antiphon d\u2019Ath\u00e8nes. On le retrouve m\u00eal\u00e9 \u00e0 des coups d\u2019\u00e9tat tout en d\u00e9fendant, ce qui peut paraitre contradictoire, une th\u00e9orie de la concorde. Les derni\u00e8res recherches le situeraient n\u00e9anmoins davantage dans une philosophie de la concorde que dans un contexte d\u2019intrigues politiques. Antiphon constitue un contrepoint \u00e0 Socrate. Des discussions entre les deux philosophes montrent de la part d\u2019Antiphon une critique de Socrate concernant l\u2019id\u00e9al asc\u00e9tique, son manque de go\u00fbt vestimentaire, sa salet\u00e9. Antiphon lui reproche \u00e9galement de ne pas prendre d\u2019argent et d\u2019\u00eatre ma\u00eetre de mis\u00e8re plut\u00f4t que ma\u00eetre de joie. Socrate consid\u00e8re quant \u00e0 lui que le para\u00eetre ne l\u2019int\u00e9resse pas, qu\u2019il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019\u00eatre et qu\u2019il enseigne la vertu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son enseignement, Antiphon vise l\u2019\u00e9vitement du d\u00e9plaisir et des douleurs. L\u2019\u00e2me et l\u2019esprit sont soumis \u00e0 des tensions dues aux combats entre les motifs. De ces tensions sortent des r\u00e9solutions qui nous conduisent \u00e0 faire ce que nous faisons et \u00e0 \u00eatre ce que nous sommes. Ainsi, ces motifs et ces jeux de forces nous d\u00e9terminent. Antiphon consid\u00e8re qu\u2019il faut \u00e9viter ces tensions de l\u2019\u00e2me pour parvenir au bonheur. Quand l\u2019\u00e2me est douloureuse le corps paie. Par ailleurs, Antiphon pense qu\u2019on peut acc\u00e9der \u00e0 l\u2019\u00e2me par la parole et le verbe pour d\u00e9nouer les tensions et d\u00e9livrer l\u2019individu. Il souhaite ainsi devenir un m\u00e9decin de l\u2019\u00e2me et \u00e9tablit les pr\u00e9mices de la psychanalyse, en m\u00eame temps que l\u2019individualisme post-moderne, l\u2019h\u00e9donisme libertaire et l\u2019humanisme \u00e9galitaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La psychanalyse. Antiphon pr\u00e9tend qu\u2019on peut acc\u00e9der \u00e0 la douleur de quelqu\u2019un en analysant ses r\u00eaves. Cette id\u00e9e est tr\u00e8s moderne dans une \u00e9poque o\u00f9 le r\u00eave est consid\u00e9r\u00e9 comme essentiellement pr\u00e9monitoire et dont la lecture est habituellement du ressort des pr\u00eatres. Antiphon r\u00e9cuse l\u2019interpr\u00e9tation magique et pr\u00e9tend que le r\u00eave permet de discerner les souffrances et l\u2019organisation du psychisme d\u2019un individu. Son interpr\u00e9tation doit d\u00e9couler d\u2019un encha\u00eenement logique de causalit\u00e9s. La raison doit ainsi r\u00e9duire le r\u00eave \u00e0 ce qu\u2019il est r\u00e9ellement afin de supprimer sa n\u00e9gativit\u00e9 et faire dispara\u00eetre la douleur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019individualisme post-moderne. Se construit par la recherche du bonheur avec le choix de la nature contre la soci\u00e9t\u00e9 : Antiphon consid\u00e8re que l\u2019individu doit se construire comme l\u2019ennemi des lois civiles et ob\u00e9ir aux lois de la nature. Cela suppose de renoncer aux traditions, aux coutumes et aux lois. Antiphon indique pour cela qu\u2019il faut distinguer la sph\u00e8re publique et la sph\u00e8re priv\u00e9e. Dans la premi\u00e8re, il faut certes ob\u00e9ir aux lois, mais dans la seconde n\u2019ob\u00e9ir qu\u2019\u00e0 soi-m\u00eame. La haine des lois proc\u00e8de d\u2019une option h\u00e9doniste dans la mesure o\u00f9 leur ob\u00e9ir ne procure aucun plaisir. On peut notamment s\u2019en rendre compte dans le fonctionnement de la justice. La proc\u00e9dure met \u00e0 \u00e9galit\u00e9 le coupable et la victime. Il est souvent difficile pour une victime de faire la preuve du pr\u00e9judice qu\u2019elle a subi. La v\u00e9rit\u00e9 ne surgit pas toujours des t\u00e9moignages partiaux ou malveillants et les jugements sont souvent d\u00e9termin\u00e9s par \u00e0 l\u2019habilet\u00e9 rh\u00e9torique des diff\u00e9rentes parties. De plus, les lois sont toujours prescriptives et liberticides. L\u2019ob\u00e9issance aux lois ne paie pas. Antiphon s\u2019empare de ce probl\u00e8me et ouvre ce qui serait aujourd\u2019hui un cabinet d\u2019avocats. Il se met au service des plus d\u00e9munis qui font g\u00e9n\u00e9ralement les frais de la justice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, la morale h\u00e9doniste d\u2019Antiphon suppose de se lib\u00e9rer des fausses valeurs sociales et de vivre selon la nature en se fabriquant soit m\u00eame ce qui est l\u2019id\u00e9al philosophique antique. Cette morale n\u00e9cessite le respect de certaines r\u00e8gles :<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>tourner le dos aux richesses pour privil\u00e9gier l\u2019\u00eatre sur l\u2019avoir. Il faut en particulier se d\u00e9faire de l\u2019obsession de l\u2019argent qui doit rester un moyen, non une fin ;<\/li>\n<li>tourner le dos aux honneurs qui sont inutiles ;<\/li>\n<li>ne pas sacrifier aux valeurs familiales qui d\u00e9tournent de la voie philosophique. Le plaisir d\u2019avoir une belle femme \u00e0 son bras ne durera pas. Il vaut mieux chercher le plaisir dans les choses essentielles ;<\/li>\n<li>fabriquer son bonheur dans l\u2019autonomie et dans l\u2019ind\u00e9pendance en d\u00e9cidant librement de ce qui est bon pour soi.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vivre selon la nature suppose en outre de savoir comment elle fonctionne en \u00e9tudiant tous les domaines du savoir, tels que la m\u00e9decine, la physique\u2026 Cette d\u00e9marche s\u2019inscrit dans le cadre g\u00e9n\u00e9ral de la philosophie antique qui vise \u00e0 se d\u00e9livrer de la peur et de la n\u00e9gativit\u00e9 par la connaissance. Outre, la connaissance des lois de la nature, il est \u00e9galement n\u00e9cessaire de conna\u00eetre les r\u00e8gles qui nous d\u00e9terminent par l\u2019introspection et par ce qu\u2019on appellera plus tard la psychanalyse. Enfin, il faut viser la jubilation en mettant en pratique ces principes philosophiques au quotidien.<\/p>\n<h2 id=\"yui_3_5_0_1_1407502352875_23769\" style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019humanisme \u00e9galitaire<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le refus de la culture au profit de la nature suppose des prises de positions politiques. Pour Antiphon la notion de barbare est li\u00e9e \u00e0 la prise en consid\u00e9ration de conception politique de la nationalit\u00e9. Or, dans la nature, il y a une \u00e9galit\u00e9 int\u00e9grale entre les individus. Cela s\u2019illustre notamment dans l\u2019identit\u00e9 des besoins, que l\u2019on soit barbare ou grec. Cette conception conduit \u00e0 une critique radicale de la soci\u00e9t\u00e9 grecque par une conception \u00e9galitaire du monde et non aristocratique comme la d\u00e9fend Platon. L\u2019id\u00e9e de mettre \u00e0 \u00e9galit\u00e9 tous les individus, y compris les hommes et les femmes, est tr\u00e8s subversive dans une soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2019est d\u00e9mocratique que pour une minorit\u00e9 d\u2019hommes. Ce d\u00e9saccord peut notamment justifier l\u2019antipathie de Platon \u00e0 l\u2019\u00e9gard des sophistes.<\/p>\n<h2 id=\"yui_3_5_0_1_1407502352875_23794\" style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Le droit naturel<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette expression est, a priori, un oxymore. Le concept est souvent utilis\u00e9 dans un contexte de darwinisme sociale. On peut toutefois le concevoir dans une logique qui supposerait qu\u2019au del\u00e0 du droit, il existerait des obligations morales qui pourraient \u00eatre qualifi\u00e9es de droit naturel. Antiphon introduit cette seconde notion pour fabriquer une soci\u00e9t\u00e9 permettant de vivre ensemble. Les lois fabriqu\u00e9es conform\u00e9ment au droit naturel permettraient dans l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 soi-m\u00eame la construction d\u2019une communaut\u00e9. En fabriquant un individu ob\u00e9issant au lois de la nature, on fabriquerait une collectivit\u00e9 y ob\u00e9issant aussi.<\/p>\n<h2 id=\"yui_3_5_0_1_1407502352875_23821\" style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Les cyr\u00e9na\u00efques<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu de choses ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites sur les cyr\u00e9na\u00efques et les doxographies sont rares. Le corpus est certes \u00e9clat\u00e9 mais leur comportement subversif ne les a pas rendus dignes d\u2019int\u00e9r\u00eat aux yeux de leurs contemporains qui consid\u00e9raient que leur \u0153uvre \u00e9tait en grande partie constitu\u00e9e de provocations. La philosophie traditionnelle s\u2019int\u00e9resse g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l\u2019id\u00e9al asc\u00e9tique faisant du philosophe un personnage s\u00e9rieux et en retrait de la vie triviale. Elle oppose dans cette logique un moi intellectuel digne d\u2019attention \u00e0 un moi du quotidien qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e8re oublier. Dans cette logique, elle s\u2019int\u00e9resse peu \u00e0 la biographie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019oubli des cyr\u00e9na\u00efques est visible chez les philosophes antiques et notamment chez Platon, \u00c9picure et Aristote. Aristippe de Cyr\u00e8ne n\u2019est cit\u00e9 qu\u2019une fois par Platon pour lui reprocher son absence lors de la mort de Socrate. C\u2019est ainsi la preuve que Platon le connaissait. En outre, Platon s\u2019est rendu \u00e0 Cyr\u00e8ne et s\u2019est trouv\u00e9, comme Aristippe, \u00e0 la cour de Denys de Syracuse. Ils se sont donc rencontr\u00e9s. Malgr\u00e9 leurs r\u00e9flexions sur le plaisir qui sont redevables \u00e0 Aristippe de Cyr\u00e8ne, parfois pour en contredire les th\u00e8ses, Platon, \u00c9picure et Aristote ne le citent jamais. Des philosophes plus r\u00e9cents consid\u00e9reront que les cyr\u00e9na\u00efques, de par leur comportement, n\u2019avaient pas suffisamment d\u2019\u00e9paisseur pour \u00eatre \u00e9tudi\u00e9s.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Aristippe de Cyr\u00e8ne (435 \u2013 356 avant J\u00e9sus-Christ.)<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aristippe a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit parfum\u00e9 traversant l\u2019agora de Cyr\u00e8ne. Il s\u2019agit d\u2019une mani\u00e8re sp\u00e9cifique de philosopher, bas\u00e9e sur une pens\u00e9e condens\u00e9e, se d\u00e9marquant des m\u00e9thodes classiques bas\u00e9es sur le dialogue. Aristippe s\u2019exprime en outre sur la place publique et s\u2019adresse \u00e0 tous, contrairement \u00e0 d\u2019autres philosophes qui pratiquent dans des \u00e9coles telles que l\u2019Acad\u00e9mie de Platon, le Lyc\u00e9e d\u2019Aristote ou le Jardin d\u2019Epicure. Dans l\u2019antiquit\u00e9 grecque, on ne diff\u00e9rencie pas, en mati\u00e8re de sexualit\u00e9, l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9, associ\u00e9e au bien, et l\u2019homosexualit\u00e9, associ\u00e9e au mal, mais l\u2019actif, positif et associ\u00e9 \u00e0 l\u2019homme, et le passif, n\u00e9gatif et associ\u00e9 \u00e0 la femme. Quand Aristippe parfum\u00e9 traverse l\u2019agora, il indique qu\u2019il est du c\u00f4t\u00e9 des femmes et du passif et que cela ne le d\u00e9range pas. Il rejette ainsi les codes de l\u2019\u00e9poque. Il affiche \u00e9galement son refus de la hi\u00e9rarchisation des sens en r\u00e9habilitant l\u2019olfaction (sens animal par excellence(voir d\u00e9tours)) : Il faut se souvenir de notre animalit\u00e9 (ce que refuse les platoniciens). Il indique aussi que le jugement d\u2019autrui importe peu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aristippe vise l\u2019autonomie, objectif g\u00e9n\u00e9ral de la philosophie antique. Il propose un h\u00e9donisme bas\u00e9 sur un plaisir mesur\u00e9. Il fixe des r\u00e8gles concernant les rapports \u00e0 l\u2019argent, aux autres, aux femmes, au pouvoir, au mod\u00e8le.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019argent. Aristippe se fait payer, contrairement \u00e0 Socrate. Toutefois, il est probable que ce dernier avait d\u2019autres sources de revenus car il entretenait sa femme et ses trois enfants. Pour Aristippe, bien que l\u2019argent ait une certaine importance, il ne faut pas en \u00eatre l\u2019esclave. Le m\u00e9priser de fa\u00e7on trop ostensible cache parfois une d\u00e9pendance. Comme pour Antiphon et les sophistes, l\u2019argent est susceptible d\u2019\u00e9viter des souffrances. Il faut donc tenir la position \u00ab ni ali\u00e9n\u00e9 par le manque, ni ali\u00e9n\u00e9 par l\u2019exc\u00e8s \u00bb. L\u2019extr\u00eame richesse et l\u2019extr\u00eame pauvret\u00e9 emp\u00eachent toutes deux l\u2019autonomie. Il s\u2019agit de trouver le juste milieu.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Autrui<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le rapport aux autres, il s\u2019agit de trouver la bonne distance, ni trop pr\u00e8s, ni trop loin.<\/p>\n<h2 id=\"yui_3_5_0_1_1407502352875_23909\" style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Les femmes<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aristippe assume une sexualit\u00e9 mesur\u00e9e. Il n\u2019y a pas chez lui de signe d\u2019homosexualit\u00e9. Il est mari et p\u00e8re mais cela n\u2019emp\u00eache pas les infid\u00e9lit\u00e9s. Comme pour l\u2019argent, la chair n\u2019est pas probl\u00e9matique tant qu\u2019elle n\u2019induit pas d\u2019ali\u00e9nation. En r\u00e9ponse \u00e0 un reproche qui lui est fait de pratiquer le bordel, il r\u00e9pond que le probl\u00e8me n\u2019est pas d\u2019y entrer mais de savoir en sortir. A une question sur la fr\u00e9quentation d\u2019une courtisane, il r\u00e9pond qu\u2019il la poss\u00e8de mais qu\u2019il n\u2019est pas poss\u00e9d\u00e9 par elle. On retrouve la volont\u00e9 d\u2019autonomie et de libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le pouvoir. A l\u2019occasion d\u2019une discussion, Socrate invite Aristippe a \u00eatre un bon citoyen et un bon p\u00e8re. Aristippe pense au contraire qu\u2019il faut construire son ind\u00e9pendance et sa libert\u00e9. Socrate lui demande ensuite s\u2019il pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre ma\u00eetre ou esclave, commander ou ob\u00e9ir. Aristippe refuse le choix. Il faut y voir une critique de Platon pour qui le philosophe doit commander et est seul habilit\u00e9 \u00e0 le faire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son mod\u00e8le : Ulysse. Il s\u2019agit encore d\u2019une opposition \u00e0 Platon qui voit en Ulysse un rus\u00e9, un menteur et un fourbe. Pourquoi Ulysse ? Essentiellement, car il habite le pr\u00e9sent. Mais aussi, parce qu\u2019il est fort, courageux, obstin\u00e9, endurant et qu\u2019 il n\u2019est pas impressionn\u00e9 par les Dieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Difficult\u00e9s concernant la compr\u00e9hension de l\u2019h\u00e9donisme d\u2019Aristippe. Il qualifiait la science d\u2019inutile pour la philosophie. Il n\u2019existe pas d\u2019\u00e9l\u00e9ment sur son interpr\u00e9tation du corps : est-il un ami ou un ennemi, existe-t-il une \u00e2me, mat\u00e9rielle ou immat\u00e9rielle, corruptible ou incorruptible ?\u2026 Par ailleurs, les textes sont contradictoires. Certains affirment que les plaisirs du corps et ceux de l\u2019esprit sont identiques, qu\u2019il n\u2019y a pas de hi\u00e9rarchie ni de plaisirs nobles ou ignobles. Une autre th\u00e8se affirme que les jubilations corporelles sont sup\u00e9rieures \u00e0 celle de l\u2019esprit. Toutefois, de telles consid\u00e9rations supposent un esprit ind\u00e9pendant du corps. Ces contradictions apparentes pourraient \u00eatre r\u00e9solues en consid\u00e9rant qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un seul corps ressentant diff\u00e9rents plaisirs qui passent soit par du c\u00e9r\u00e9bral, soit par du sensuel, mais qui sont de m\u00eame nature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme tous les h\u00e9donistes, Aristippe pense qu\u2019il existe un mouvement naturel des enfants ou des animaux vers le plaisir. En revanche, l\u2019\u00e9ducation est une invitation \u00e0 l\u2019anti-nature, sauf peut-\u00eatre chez Rousseau. La majorit\u00e9 des p\u00e9dagogues pensent qu\u2019il faut s\u2019arracher \u00e0 sa condition animale et naturelle pour aller vers la culture. La philosophie h\u00e9doniste s\u2019appuie sur la nature, la philosophie anti-h\u00e9doniste sur l\u2019anti-nature et la culture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question des m\u00e9faits de la culture qui invente les armes de destruction massives et conduit ou permet les massacres organis\u00e9s reste ouverte. Les animaux ne tuent que pour se nourrir sans y prendre plaisir contrairement \u00e0 l\u2019homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est souvent reproch\u00e9 aux Cyr\u00e9na\u00efques de d\u00e9fendre une jouissance animale, sans conscience. En fait, Aristippe con\u00e7oit un plaisir cr\u00e9\u00e9 par l\u2019intelligence et la r\u00e9flexion. Les humains doivent fabriquer leur plaisir \u00e0 partir d\u2019une culture. Aucun plaisir humain ne peut-\u00eatre purement naturel. Aristippe ne pense pas que la plaisir soit une jouissance bestiale qui peut avoir lieu ind\u00e9pendamment de la conscience, contre elle ou contre autrui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut vouloir aller vers le bonheur. La direction naturelle et la simple satisfaction du d\u00e9sir ne suffisent pas. Si on n\u2019a pas conscience du plaisir, il n\u2019existe plus. La jouissance est un pure produit de la conscience. Il ne faut \u00eatre ni consum\u00e9, ni br\u00fbl\u00e9 mais r\u00e9chauff\u00e9 par le plaisir. La bonne distance est n\u00e9cessaire. Il faut de plus \u00e9valuer le prix du plaisir et l\u2019\u00e9ventuel d\u00e9plaisir qui pourrait en d\u00e9couler afin de refuser les plaisirs qui co\u00fbtent trop chers. Cette conception est donc \u00e9loign\u00e9e de la d\u00e9bauche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contrairement aux Epicuriens les Cyr\u00e9na\u00efques pensent que le plaisir n\u2019est pas l\u2019absence de troubles mais le r\u00e9sultat positif d\u2019une construction.<\/p>\n<h2 id=\"yui_3_5_0_1_1407502352875_23933\" style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Les cyniques<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le terme cynique a aujourd\u2019hui un sens ambigu : il d\u00e9signe celui qui se r\u00e9clame d\u2019Antisth\u00e8ne et de Diog\u00e8ne en m\u00eame temps que celui qui est sans foi ni loi. Les cyniques sont contemporains de Socrate, de D\u00e9mocrite et d\u2019Aristippe de Cyr\u00e8ne. La pens\u00e9e cynique est avant tout anti-platonicienne. Diog\u00e8ne reproche \u00e0 Platon d\u2019avoir philosoph\u00e9 si longtemps sans n\u2019avoir jamais g\u00ean\u00e9 personne. Les cyniques partagent en outre une forme philosophique : ils enseignent dans la rue en se donnant en spectacle de fa\u00e7on subversive, joyeuse et ludique, en coh\u00e9rence avec leur pens\u00e9e : le cynique enseigne la subversion en la pratiquant. Le p\u00e8re du cynisme est Antisth\u00e8ne dit \u00ab le vrai chien \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le chien est le mod\u00e8le que revendiquent les cyniques pour sa vie errante. Il se comporte en outre comme devrait le faire le vrai philosophe : il mord la main de celui qui veut le nourrir, aboie et ne craint pas les regards. La pens\u00e9e cynique s\u2019oppose aux id\u00e9es platoniciennes que l\u2019on peut rapidement d\u00e9finir de la fa\u00e7on suivante : Platon affirme qu\u2019il existe deux mondes, l\u2019un sensible, l\u2019autre intelligible. Le monde sensible est appr\u00e9hend\u00e9 par les sens, le monde intelligible par l\u2019intelligence et la philosophie. Les non-platoniciens, parmi lesquels les cyniques mais aussi les mat\u00e9rialistes, les sophistes et les cyr\u00e9na\u00efques pensent que le r\u00e9el est limit\u00e9 au monde sensible et qu\u2019il n\u2019est que sa manifestation. Pour Platon le r\u00e9el est le monde intelligible dans lequel il n\u2019existe que des essences et des id\u00e9es pures qui pr\u00e9existent \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sensible. L\u2019id\u00e9e est la r\u00e9alit\u00e9, le monde sensible une fiction. Cette conception dualiste discr\u00e9dite le monde sensible. Dans ce contexte, les id\u00e9es sont \u00e9ternelles, incr\u00e9\u00e9es et existent ind\u00e9pendamment du monde sensible qu\u2019elles rendent possible. Le christianisme construira sa m\u00e9taphysique sur ce dualisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs anecdotes d\u00e9crivent l\u2019opposition des Cyniques, souvent emprunte d\u2019ironie, \u00e0 la pens\u00e9e platonicienne : Antisth\u00e8ne, dit qu\u2019il voit bien des chevaux mais pas la \u00abcabal\u00e9\u00eft\u00e9\u00bb c\u2019est \u00e0 dire l\u2019id\u00e9e du cheval. Il se moque ainsi de Platon et du rapport qu\u2019il suppose entre le monde des id\u00e9es et le monde sensible.<\/p>\n<h2 id=\"yui_3_5_0_1_1407502352875_23958\" style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Diog\u00e8ne<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Diog\u00e8ne s\u2019est converti au cynisme en voyant une souris manger les restes d\u2019un repas, enthousiasm\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de se contenter de si peu. Il est d\u00e9crit comme sale, barbu, d\u00e9ambulant avec une \u00e9cuelle et une lanterne, vivant dans une amphore, non comme on le repr\u00e9sente souvent dans un tonneau qui est une invention gauloise. Il est d\u00e9crit par Diog\u00e8ne Laerce trainant un hareng avec une ficelle. Il s\u2019agissait d\u2019une \u00e9preuve initiatique pour devenir un cynique partant de l\u2019id\u00e9e qu\u2019il fallait pouvoir incarner la philosophie en soutenant le regard des autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un anecdote rapporte que Diog\u00e8ne, apr\u00e8s avoir vu un enfant boire dans ses mains dispos\u00e9es en forme de coupe, jeta sa propre \u00e9cuelle, la consid\u00e9rant alors comme un luxe inutile. Il affirme ainsi que s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et sagesse s\u2019obtiennent par le d\u00e9pouillement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une seconde le d\u00e9crit muni de gants de boxe de l\u2019\u00e9poque, mena\u00e7ant les passants et traduisant ainsi que la philosophie doit \u00eatre pol\u00e9mique, qu\u2019elle doit inqui\u00e9ter. Platon n\u2019inqui\u00e8te pas. Diog\u00e8ne marche en arri\u00e8re dans une palestre, lieu o\u00f9 se pratique le sport en Gr\u00e8ce, pour montrer que les gens se trompent. Il indique \u00e0 ceux qui lui font remarquer l\u2019inanit\u00e9 de son comportement qu\u2019ils font eux aussi le contraire de ce qu\u2019il faudrait faire dans l\u2019existence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autres anecdotes r\u00e9v\u00e8hnent encore plus pr\u00e9cis\u00e9ment son antiplatonnisme :<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>il brandit sa lanterne en pleine journ\u00e9e \u00e0 la recherche un homme (il moque l\u2019id\u00e9e d\u2019homme de Platon) ;<\/li>\n<li>il d\u00e9plume un poulet et le lance \u00e0 Platon en lui disant \u00a0\u00bb voil\u00e0 l\u2019homme tel que tu l\u2019as d\u00e9fini\u00a0\u00bb. Platon sauve la face en indiquant que l\u2019homme est un bip\u00e8de sans plumes et aux ongles plats.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a le soucis du r\u00e9el et du monde concret.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme les sophistes, Diog\u00e8ne oppose fusis (la nature) et nomos (la loi) et se place, comme eux, du c\u00f4t\u00e9 du fusis. Dans cette logique une anecdote raconte qu\u2019il pratiquait l\u2019onanisme dans les rues d\u2019Ath\u00e8nes, prenant ainsi mod\u00e8le sur l\u2019animal et en particulier le poisson qui d\u00e9pose son frai en se frottant sur un rocher avant qu\u2019un autre individu ne le recouvre de sa propre semence donnant ainsi des \u0153ufs f\u00e9cond\u00e9s. Diog\u00e8ne pense que le poisson a raison de faire ainsi en r\u00e9pondant \u00e0 un besoin simplement et naturellement, sans chercher d\u2019artifices de la m\u00eame fa\u00e7on que l\u2019on satisferait la soif ou la faim. La culture, correspondant au nomos complique le probl\u00e8me en rendant n\u00e9cessaires des jeux de s\u00e9duction. Une autre le\u00e7on de cette anecdote est l\u2019indiff\u00e9rence qu\u2019il convient d\u2019avoir devant le regard des autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour parvenir \u00e0 la sagesse, il convient de pratiquer l\u2019asc\u00e8se du corps et de l\u2019esprit. L\u2019asc\u00e8se au sens grec n\u2019est pas un asc\u00e9tisme mais un chemin qui suppose l\u2019effort, l\u2019attention, le travail la volont\u00e9, l\u2019exercice et la ma\u00eetrise de soi, en aucun cas l\u2019abandon. Il s\u2019agit de ma\u00eetriser le corps sans \u00eatre son esclave, en philosophant avec lui, et pas seulement avec sa t\u00eate. La pratique de l\u2019asc\u00e8se pr\u00e9voit des exercices spirituels et corporels qui sont en fait li\u00e9s. Elle pouvait consister chez Diog\u00e8ne \u00e0 se rouler dans la neige ou \u00e0 embrasser des statues br\u00fblantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son mod\u00e8le : Hercule. Symbole de la force et de la domination de soi. Il sera \u00e9galement la figure embl\u00e9matique des sto\u00efciens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Diog\u00e8ne invite au cannibalisme. Pour lui, tout est dans tout et partout. La chair humaine est constitu\u00e9e de particules invisibles au m\u00eame titre que le pain et l\u2019eau. S\u2019il n\u2019appelle pas \u00ab atomes \u00bb ces particules, il y a n\u00e9anmoins une parent\u00e9 avec les atomistes et les mat\u00e9rialistes abd\u00e9ritains. Ces \u00e9l\u00e9ments peuvent laisser penser que Diog\u00e8ne avait une vision mat\u00e9rialiste et moniste du monde. En outre, en relativiste, il ne consid\u00e9rait pas comme v\u00e9rit\u00e9 intangible l\u2019interdit du cannibalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si g\u00e9n\u00e9ralement la philosophie cynique n\u2019est pas h\u00e9doniste, Diog\u00e8ne d\u00e9fend comme Aristippe de Cyr\u00e8ne que les plaisirs ne sont pas mauvais en soi mais que seuls ceux qui nous ali\u00e8nent le sont.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En conclusion, le cynisme propose une asc\u00e8se consistant \u00e0 prendre du plaisir sans perdre notre libert\u00e9 et sans se laisser ali\u00e9ner. Les vrais plaisirs d\u00e9crits par Diog\u00e8ne sont constitu\u00e9s de plaisir actifs : \u00abjoie incessante\u00bb, \u00abesprit joyeux\u00bb et \u00abjubilation en acte\u00bb, ainsi que de plaisirs n\u00e9gatifs : \u00abl\u2019absence de chagrin\u00bb, \u00abla paix de l\u2019\u00e2me\u00bb et \u00abla s\u00e9r\u00e9nit\u00e9\u00bb consistant dans l\u2019absence de troubles et de souffrance et pr\u00e9figurant ainsi l\u2019ataraxie d\u2019Epicure. En revanche, les faux plaisirs sont ceux qui \u00abaugmentent la peine\u00bb, \u00abcreusent le d\u00e9sir\u00bb et \u00abalimentent l\u2019\u00e9ternel retour du d\u00e9sir\u00bb.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Eudoxe de Cnide (408 \u2013 355 avant J\u00e9sus-Christ.)<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le peu de choses qui restent sur Eudox de Cnide (Asie mineure) ont \u00e9t\u00e9 transmises par Aristote. Certains pensent que Phil\u00e8be, invent\u00e9 par Platon, pourrait cacher Eudox de Cnide, Aristippe de Cyr\u00e8ne voire une synth\u00e8se des deux. Extraction modeste, il est l\u2019ami de Platon, ce qui est surprenant s\u2019agissant d\u2019un h\u00e9doniste. II aime les voyages : il se rend \u00e0 Ath\u00e8nes pour participer au d\u00e9bat philosophique et loge au Pir\u00e9e, \u00e0 environ 4\u00a0km de l\u2019agora, un trajet qu\u2019il effectue quotidiennement et qui lui permet de m\u00e9diter sur les \u00e9changes de la journ\u00e9e. Il rencontre des sophistes, notamment Protagoras et Gorgias. Il se rend \u00e9galement en Egypte o\u00f9 il vivra pendant plus d\u2019une ann\u00e9e \u00e0 la cour du pharaon., faisant de lui un sage accompli dans plusieurs domaines et notamment en math\u00e9matiques (nombres irrationnels et les grandeurs incommensurables), en astronomie, en g\u00e9ographie ainsi que sur le terrain politique et la l\u00e9gislation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa Pens\u00e9e. C\u2019est un personnage syncr\u00e9tique, h\u00e9ritier des mat\u00e9rialistes abd\u00e9ritains et de D\u00e9mocrite ainsi que de la cosmogonie platonicienne. A l\u2019\u00e9poque, les distinctions ne sont pas aussi nettes qu\u2019aujourd\u2019hui. Avant son voyage en Egypte, Platon ne lui porte pas beaucoup d\u2019estime. Diog\u00e8ne La\u00ebrce rapporte qu\u2019Eudox a donn\u00e9 une le\u00e7on \u00e0 Platon dans le placement des convives \u00e0 un banquet, sur la plan humain, symbolique et g\u00e9om\u00e9trique. Est-ce pour cette raison que Platon va l\u2019estimer davantage jusqu\u2019\u00e0 lui confier la direction de l\u2019Acad\u00e9mie pendant son voyage en Sicile pour y rencontrer Denys de Syracuse ? Comment \u00eatre platonicien et h\u00e9doniste ? En consid\u00e9rant le platonisme n\u2019est pas statique et cristallis\u00e9. Eudox peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un point de passage entre Platon et Aristote.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019y a pas, dans ce qui reste d\u2019Eudox, de dualisme, de haine du corps, de d\u00e9consid\u00e9ration de la chair, ni de c\u00e9l\u00e9bration de la pulsion de mort. Autrement dit il, n\u2019y a pas de schizophr\u00e9nie platonicienne. Sa grande th\u00e8se est que \u00ab la forme est immanente au monde sensible \u00bb. Il faut donc aller chercher la forme dans la mati\u00e8re et non dans les id\u00e9es. C\u2019est une id\u00e9e qui se retrouvera chez Aristote. Le r\u00e9el est restaur\u00e9 dans ses pr\u00e9rogatives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quatre th\u00e8ses sont d\u00e9velopp\u00e9es pour d\u00e9crire l\u2019h\u00e9donisme d\u2019Eudox :<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>le plaisir est un bien car tous les \u00eatres raisonnables ou non tendent vers lui ;<\/li>\n<li>la peine et la souffrance sont des repoussoirs pour tous ;<\/li>\n<li>le plaisir est une fin en soi et n\u2019a pas besoin d\u2019un objet associ\u00e9 pour aller vers lui. Nul besoin de chercher dans le plaisir de philosopher le \u00abphilosopher\u00bb, l\u2019important est de chercher de d\u2019obtenir le plaisir, peu importe les moyens ;<\/li>\n<li>le plaisir quand il est ajout\u00e9 \u00e0 une activit\u00e9 juste ou temp\u00e9rante rend plus d\u00e9sirable ce bien. Quand on fait le bien et que l\u2019on en tire du plaisir, cela valorise davantage encore le bien que l\u2019on fait.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9sum\u00e9, le plaisir est un bien. On aurait pu attendre une d\u00e9finition et une caract\u00e9risation du plaisir. On n\u2019en saura pas plus de la part d\u2019Eudox. Aristote se distingue d\u2019Eudox : le plaisir n\u2019est pas une fin en soi. Il n\u2019est positif que s\u2019il est associ\u00e9 \u00e0 une activit\u00e9 positive. Le plaisir de nuire ne peut \u00eatre un plaisir, le plaisir de philosopher oui. On n\u2019est plus dans une logique platonicienne qui condamne le plaisir parce qu\u2019il est plaisir mais dans une logique \u00e9thique et morale qui ne condamne pas le plaisir en soit mais qui le juge en fonction de son origine. Eudox et Aristote sont toutefois relativement proches dans leurs conceptions du plaisir.<\/p>\n<h2 id=\"yui_3_5_0_1_1407502352875_24007\" style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9socratiques<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Prodicos de C\u00e9os (460 \u2013 399 av J\u00e9sus-Christ. )<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Prodicos est un sophiste. Il est pr\u00e9sent\u00e9 comme un homme \u00e0 la voix grave, presque inaudible et au d\u00e9bit de paroles singulier. Quatre moments de la vie de Prodicos sont susceptibles d\u2019en faire un h\u00e9doniste :<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>Il enseigne dans un r\u00e9duit pr\u00eat\u00e9 par un ami, envelopp\u00e9 de couvertures et de fourrures. Cette posture est peu asc\u00e9tique et traduit une certaine mollesse. Il ne cachait pas son go\u00fbt pour l\u2019argent et pour les facilit\u00e9s qu\u2019il permet ;<\/li>\n<li>Philostrate indique dans \u00abla vie des Sophistes\u00bb que Prodicos s\u2019adonnait aux plaisirs ;<\/li>\n<li>Prodicos s\u2019interrogeait sur l\u2019ad\u00e9quation entre le signifiant et le signifi\u00e9. Une r\u00e9flexion de Prodocos nous est rapport\u00e9e sur la question du plaisir, de la joie, du bien-\u00eatre, de la volupt\u00e9 et de la d\u00e9lectation ;<\/li>\n<li>La Souda, ensemble de textes concernant l\u2019antiquit\u00e9, indique que Prodicos est mort \u00e0 Ath\u00e8nes condamn\u00e9 \u00e0 boire la cigu\u00eb pour avoir corrompu la jeunesse.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Prodicos a laiss\u00e9 un texte appel\u00e9 \u00abLe choix d\u2019Eracles\u00bb qui lui donne une r\u00e9putation d\u2019asc\u00e9tisme. Ce texte est perdu et seulement connu par l\u2019interm\u00e9diaire de Xenophon, lui m\u00eame platonicien. Il nous dit que ce texte illustre le principe du Y correspondant au choix entre la vie de plaisir et la vie d\u2019effort.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les pr\u00e9socratiques Mais que signifie la pens\u00e9e \u00abpr\u00e9socratique\u00bb ? S\u2019agit-il de la pens\u00e9e telle qu\u2019elle existait avant la naissance de Socrate, vers 470 avant J\u00e9sus-Christ ? Avant son d\u00e9c\u00e8s vers 399 avant J\u00e9sus-Christ ? Ou avant son acm\u00e9 situ\u00e9e vers 430 avant J\u00e9sus-Christ ? 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