Orazio Puglisi

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Le Maniérisme

Image d’en-tête : Parmigianino, La Madone au long cou, 1534-1540, Florence, Galerie des Offices (Wikimedia Commons, Public domain)

Le Maniérisme (vers 1520-1600), l’art de l’élégance et de l’étrange

Après la perfection harmonieuse atteinte par Léonard, Raphaël et Michel-Ange, une génération d’artistes refuse de simplement imiter leurs maîtres : elle allonge les corps, tord les poses, invente des couleurs acides et des espaces impossibles. Le maniérisme, né à Florence et à Rome vers 1520, se répand dans toute l’Europe, de Fontainebleau à Prague et de Tolède à Anvers. Longtemps méprisé comme un art de décadence, il est aujourd’hui admiré pour sa sophistication, son inquiétude et sa modernité.

Pontormo, La Déposition
Pontormo, La Déposition de croix, 1525-1528, Florence, église Santa Felicita : des corps flottants, sans pesanteur, aux couleurs irréelles. (Wikimedia Commons, Public domain)

La « manière » : un nom et une crise

Le mot vient de l’italien maniera, le « style », la « façon » : Giorgio Vasari, peintre et premier historien de l’art, louait la « belle manière » des artistes qui travaillaient « à la manière » de Michel-Ange et de Raphaël. Le maniérisme naît dans une période de crise : le sac de Rome par les troupes de Charles Quint en 1527, la Réforme protestante qui divise l’Europe, les guerres d’Italie. L’équilibre serein de la Renaissance laisse place à l’inquiétude, à la virtuosité et au raffinement extrême. Michel-Ange lui-même, dans le Jugement dernier de la chapelle Sixtine (1536-1541), en ouvre la voie.

Florence et Rome : Pontormo, Rosso, Parmigianino

Bronzino, Allégorie
Agnolo Bronzino, Allégorie du triomphe de Vénus, vers 1545, Londres, National Gallery. (Wikimedia Commons, Public domain)

À Florence, Pontormo et Rosso Fiorentino peignent des figures allongées aux visages angoissés et aux couleurs stridentes, roses, verts acides, orangés. À Parme et à Rome, Parmigianino pousse l’élégance jusqu’à l’étrangeté : sa Madone au long cou allonge démesurément le cou de la Vierge et le corps de l’Enfant ; son Autoportrait au miroir convexe déforme l’image comme dans un jeu optique. Le portraitiste de la cour des Médicis, Agnolo Bronzino, peint des princes figés dans une beauté glacée de porcelaine, et son Allégorie du triomphe de Vénus est une énigme érotique et savante. Le sculpteur Jean de Bologne invente la « figure serpentine » qui tourne sur elle-même et doit être regardée de tous les côtés.

L’école de Fontainebleau

Gabrielle d’Estrées
École de Fontainebleau, Gabrielle d’Estrées et une de ses sœurs, vers 1594, Paris, musée du Louvre. (Wikimedia Commons, Public domain)

Le roi François Ier appelle en France les Italiens Rosso Fiorentino et Primatice pour décorer le château de Fontainebleau : la galerie François-Ier, avec ses fresques encadrées de stucs, devient le modèle d’un maniérisme français raffiné et sensuel, l’école de Fontainebleau, dont le plus célèbre tableau, anonyme, montre Gabrielle d’Estrées et une de ses sœurs au bain. Le sculpteur Jean Goujon et le Florentin Benvenuto Cellini, auteur de la Salière de François Ier, y travaillent aussi.

Le Greco, Arcimboldo et le maniérisme européen

Arcimboldo, Vertumne
Giuseppe Arcimboldo, Vertumne (portrait de l’empereur Rodolphe II), vers 1590, château de Skokloster (Suède). (Wikimedia Commons, Public domain)

Le maniérisme gagne toute l’Europe. À Tolède, le Crétois Le Greco peint des visions mystiques aux corps immenses et flamboyants, comme L’Enterrement du comte d’Orgaz (1586). À Prague, à la cour de l’empereur Rodolphe II, collectionneur passionné de curiosités, le Milanais Giuseppe Arcimboldo compose des portraits faits de fruits, de légumes et de fleurs. Aux Pays-Bas, Bartholomeus Spranger et Hendrick Goltzius exaltent des corps musclés et tourmentés. Vers 1600, le naturalisme du Caravage et le classicisme des Carrache mettront fin à cette aventure et ouvriront l’ère du baroque.

Les grands artistes

Chronologie

  • 1520 — mort de Raphaël ; débuts de Pontormo et de Rosso
  • 1527 — sac de Rome par les troupes de Charles Quint
  • 1528 — Rosso et Primatice à Fontainebleau
  • 1534-1540 — Parmigianino, La Madone au long cou
  • 1536-1541 — Michel-Ange, Le Jugement dernier
  • 1550 — Vasari, Les Vies des meilleurs peintres
  • 1545-1563 — concile de Trente
  • 1586 — Le Greco, L’Enterrement du comte d’Orgaz
  • vers 1590 — Arcimboldo, Vertumne
  • vers 1600 — Caravage et les Carrache ouvrent l’ère baroque

Galerie

Autoportrait au miroir convexe
Parmigianino, Autoportrait au miroir convexe, vers 1524, Vienne, Kunsthistorisches Museum. (Wikimedia Commons, Public domain)
Le Greco
Le Greco, L’Enterrement du comte d’Orgaz, 1586, Tolède, église Santo Tomé. (Wikimedia Commons, Public domain)
Rosso Fiorentino
Rosso Fiorentino, Moïse défendant les filles de Jethro, vers 1523, Florence, Offices. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)
Jean de Bologne
Jean de Bologne, L’Enlèvement des Sabines, 1583, Florence, loggia dei Lanzi. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)
Salière de Cellini
Benvenuto Cellini, Salière de François Ier, 1540-1543, Vienne, Kunsthistorisches Museum. (Wikimedia Commons, CC0)
Galerie François-Ier
La galerie François-Ier du château de Fontainebleau. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

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