Orazio Puglisi

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La Turquie

Image d’en-tête : Osman Hamdi Bey, Le Dresseur de tortues, 1906, musée de Pera, Istanbul (Wikimedia Commons, Public domain)

La peinture en Turquie : de la miniature ottomane à Osman Hamdi Bey

Pendant six siècles, l’Empire ottoman a régné de Vienne à Bagdad, et sa capitale, Istanbul, fut l’un des grands foyers artistiques du monde. Dans les ateliers du palais de Topkapı, les peintres de miniatures, les nakkaş, illustraient l’histoire des sultans, les fêtes de la cour et les campagnes militaires. À partir du XIXe siècle, la peinture à l’huile européenne s’impose, et des artistes comme Osman Hamdi Bey, peintre, archéologue et fondateur du musée archéologique d’Istanbul, créent une peinture turque moderne.

Gentile Bellini, Mehmed II
Gentile Bellini, Portrait du sultan Mehmed II, 1480, National Gallery, Londres : le conquérant de Constantinople fit venir le peintre vénitien à sa cour (Wikimedia Commons, Public domain)

Le nakkaşhane, l’atelier impérial

Nakkaş Osman, miniature
Atelier de Nakkaş Osman, miniature d’une chronique du règne de Soliman, palais de Topkapı (Wikimedia Commons, Public domain)

Dès le règne de Mehmed II, le conquérant de Constantinople (1453), le palais entretient un atelier de peintres, le nakkaşhane, où travaillent des artistes venus de Perse, des Balkans et d’Europe. Sous Soliman le Magnifique, au XVIe siècle, la miniature ottomane trouve son style propre : moins lyrique que la miniature persane, elle est d’abord historique et documentaire. Le maître Nakkaş Osman illustre les grandes chroniques du règne, comme le Süleymanname et le Hünername, avec une clarté de composition et un sens de la cérémonie remarquables.

Matrakçı Nasuh et les fêtes impériales

Surname-i Hümayun, défilé
Surname-i Hümayun, défilé des corporations, 1582 (Wikimedia Commons, Public domain)

Mathématicien, historien et champion d’escrime, Matrakçı Nasuh invente au XVIe siècle un genre unique : des vues topographiques de villes (Istanbul, Tabriz, Bagdad, Alep) peintes comme des cartes, sans figures humaines. Les Surname, livres des fêtes, montrent les défilés des corporations lors des circoncisions des princes : celui de 1582, peint pour Murad III, compte plus de quatre cents miniatures.

Levni et l’ère des Tulipes

Levni, la fanfare mehter
Levni, La Fanfare des janissaires (mehter), Surname-i Vehbi, vers 1720 (Wikimedia Commons, Public domain)

Au début du XVIIIe siècle, durant l’ère des Tulipes, période de raffinement et d’ouverture vers l’Europe, le peintre Levni renouvelle la miniature : ses figures isolées de jeunes femmes et de jeunes gens, ses danseurs et ses musiciens ont une grâce et une liberté nouvelles. Il illustre le Surname-i Vehbi, qui raconte les fêtes de 1720 sous Ahmed III.

L’occidentalisation : les peintres-soldats

Hoca Ali Rıza, Istanbul
Hoca Ali Rıza, vue d’Istanbul (Wikimedia Commons, Public domain)

Au XIXe siècle, les réformes des Tanzimat introduisent la peinture à l’huile dans les écoles militaires, où l’on apprend le dessin topographique. Une génération de « peintres-soldats » en sort : Şeker Ahmed Paşa, formé à Paris auprès de Gérôme, peint des natures mortes et des sous-bois d’une grande poésie ; Hoca Ali Rıza fixe à l’aquarelle et à l’huile les paysages et les vieux quartiers d’Istanbul ; Halil Paşa introduit une touche impressionniste. Le prince Abdülmecid II, dernier calife, est lui-même un peintre de talent.

Osman Hamdi Bey

Halil Paşa, La Jeune Fille peintre
Halil Paşa, Jeune fille peignant dans son atelier (Wikimedia Commons, Public domain)

Fils d’un grand vizir, Osman Hamdi Bey (1842-1910) étudie le droit puis la peinture à Paris, auprès de Gérôme et de Boulanger. Revenu à Istanbul, il fonde en 1881 l’Académie des beaux-arts (aujourd’hui université Mimar Sinan) et le Musée archéologique d’Istanbul, où il fait entrer le célèbre sarcophage d’Alexandre, qu’il a lui-même mis au jour à Sidon. Ses tableaux, comme Le Dresseur de tortues (1906), vendu en 2004 pour un montant record, offrent une vision ottomane, savante et ironique, de l’Orient que peignaient les orientalistes européens.

Vers la peinture républicaine

Abdülmecid II, Jeune fille
Abdülmecid II (dernier calife), Jeune fille (Wikimedia Commons, Public domain)

L’Italien Fausto Zonaro est peintre de la cour d’Abdülhamid II de 1896 à 1909. Après 1923, la République de Mustafa Kemal Atatürk envoie de jeunes peintres se former en Europe : la « génération de 1914 », puis le groupe D (1933), avec Bedri Rahmi Eyüboğlu et Fahrelnissa Zeid, ouvrent la peinture turque au cubisme et à l’abstraction. Leurs œuvres ne sont pas encore dans le domaine public.

Les grands artistes

Chronologie

  • 1453 — Prise de Constantinople par Mehmed II
  • 1479-1480 — Gentile Bellini à la cour de Mehmed II
  • 1520-1566 — Règne de Soliman le Magnifique, âge d’or de la miniature
  • 1582 — Surname-i Hümayun
  • 1718-1730 — Ère des Tulipes, Levni
  • 1839 — Début des Tanzimat
  • 1881 — Osman Hamdi Bey fonde l’Académie des beaux-arts et le Musée archéologique
  • 1906 — Le Dresseur de tortues
  • 1923 — Proclamation de la République
  • 1933 — Groupe D

Galerie

Fausto Zonaro
Fausto Zonaro, La Fille de l’ambassadeur anglais (Wikimedia Commons, Public domain)
Fausto Zonaro
Fausto Zonaro, Femme jouant d’un instrument à cordes (Wikimedia Commons, Public domain)
Surname-i Hümayun, navires
Surname-i Hümayun, défilé de navires, 1582 (Wikimedia Commons, Public domain)
Şeker Ahmed Paşa, Forêt
Şeker Ahmed Paşa, La Forêt (Wikimedia Commons, Public domain)
Levni
Levni, détail (Wikimedia Commons, Public domain)
Abdülmecid II, Goethe au harem
Abdülmecid II, Goethe au harem (Wikimedia Commons, Public domain)
Halil Paşa, Sainte-Sophie
Halil Paşa, Sainte-Sophie (Wikimedia Commons, Public domain)
Gentile Bellini, Mehmed II
Gentile Bellini, Mehmed II, version de Venise (Wikimedia Commons, Public domain)

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