Image d’en-tête : Peinture murale du tombeau de la reine Néfertari, Vallée des Reines (QV 66), Thèbes, vers 1255 av. J.-C. (Wikimedia Commons, CC0)
La peinture en Égypte : cinq mille ans d’images
Aucune civilisation n’a peint aussi longtemps et avec autant de constance que l’Égypte antique. Pendant trois mille ans, les peintres des tombeaux ont représenté les dieux, les pharaons, les travaux des champs et les banquets de l’au-delà, selon des règles immuables et dans des couleurs éclatantes, que le climat sec a préservées jusqu’à nous. Puis l’Égypte a vu naître les portraits du Fayoum, l’art copte, les splendeurs du Caire fatimide et mamelouk, et, au XXe siècle, une peinture moderne qui a cherché à renouer avec ce prestigieux héritage.

La peinture des tombeaux

Les Égyptiens peignaient pour l’éternité. Les murs des tombeaux, couverts d’un enduit, recevaient des couleurs minérales (ocre, bleu égyptien, malachite, noir de carbone) posées à plat, selon des conventions strictes : tête et jambes de profil, œil et épaules de face, taille des personnages proportionnelle à leur rang. Les tombeaux des nobles de Thèbes sous le Nouvel Empire, comme celui de Nebamun (British Museum) ou de Nakht, montrent avec une fraîcheur étonnante la chasse dans les marais, les banquets, les musiciennes et les danseuses. Le tombeau de Néfertari, épouse de Ramsès II, est surnommé « la chapelle Sixtine de l’Égypte ».
Les portraits du Fayoum

À l’époque romaine (Ier-IIIe siècle), dans l’oasis du Fayoum, les Égyptiens hellénisés font placer sur le visage de leurs momies un portrait peint sur bois, à l’encaustique (cire chaude) ou à la détrempe. Ces visages aux grands yeux, d’un réalisme saisissant, sont les seuls portraits peints de l’Antiquité gréco-romaine parvenus en grand nombre ; ils annoncent l’art des icônes. On en conserve environ un millier, au Louvre, au British Museum et au musée du Caire.
L’art copte

Les chrétiens d’Égypte, les Coptes, développent du IVe au XIIe siècle un art original : tissus brodés, sculptures et icônes aux grands yeux hérités des portraits du Fayoum. L’icône du Christ et l’abbé Ména (VIe-VIIIe siècle), du monastère de Baouit, aujourd’hui au Louvre, est l’une des plus anciennes icônes connues. Les monastères du désert, comme Saint-Antoine sur la mer Rouge, ont conservé de magnifiques ensembles de fresques.
Le Caire islamique

Sous les Fatimides (969-1171), qui fondent Le Caire, puis sous les Mamelouks (1250-1517), l’Égypte devient un centre majeur de l’art islamique : cristaux de roche taillés, céramiques lustrées, verres émaillés, bois sculptés et surtout corans enluminés aux frontispices géométriques d’or et de bleu, parmi les plus beaux du monde musulman.
L’Égypte des orientalistes

L’expédition de Bonaparte (1798-1801) et la Description de l’Égypte lancent l’égyptomanie. Au XIXe siècle, les peintres européens affluent : l’Écossais David Roberts publie ses célèbres lithographies des temples et du Caire, Jean-Léon Gérôme peint des scènes de rue, de prière et de marché d’une précision photographique.
La peinture égyptienne moderne

En 1908, le prince Youssouf Kamal fonde au Caire l’École des beaux-arts. Le sculpteur Mahmoud Mokhtar (1891-1934) réalise le monument du Réveil de l’Égypte, symbole de la renaissance nationale. Les peintres Mahmoud Saïd, Mohamed Naghi et Ragheb Ayad cherchent une peinture à la fois moderne et égyptienne ; dans les années 1940, le groupe surréaliste Art et Liberté, autour de Georges Henein, fait du Caire une capitale de l’avant-garde. Ces œuvres ne sont pas encore dans le domaine public.
Les grands artistes
- Les peintres des tombeaux de Thèbes (Nouvel Empire)
- Les portraitistes du Fayoum (Ier-IIIe siècles)
- Les peintres d’icônes coptes
- David Roberts (1796-1864)
- Jean-Léon Gérôme (1824-1904)
- Mahmoud Mokhtar (1891-1934)
- Mohamed Naghi (1888-1956)
- Mahmoud Saïd (1897-1964)
- Ragheb Ayad (1892-1982)
- Inji Aflatoun (1924-1989)
Chronologie
- vers 2600 av. J.-C. — Les Oies de Meïdoum
- vers 1350 av. J.-C. — Tombeau de Nebamun
- vers 1255 av. J.-C. — Tombeau de Néfertari
- Ier-IIIe s. — Portraits du Fayoum
- VIe-VIIIe s. — Icône du Christ et de l’abbé Ména
- 969 — Fondation du Caire
- 1798-1801 — Expédition d’Égypte
- 1842-1849 — Lithographies de David Roberts
- 1908 — École des beaux-arts du Caire
- 1928 — Le Réveil de l’Égypte de Mokhtar
Galerie









À voir
- La peinture égyptienne antique (vidéos YouTube)
- Le tombeau de Néfertari (vidéos YouTube)
- Les portraits du Fayoum (vidéos YouTube)
- Le Grand Musée égyptien (vidéos YouTube)
À télécharger (livres du domaine public, PDF)
- Télécharger le PDF — The Hellenic Portraits from the Fayum, collection Theodor Graf, 1893 (en anglais) (lire en ligne)
- Télécharger le PDF — Egyptian Sacrifices: a study of sacrificial scenes in painting, 1905 (en anglais) (lire en ligne)
Pour aller plus loin en ligne
- Antiquités égyptiennes, musée du Louvre
- Grand Musée égyptien, Gizeh
- Tombeau de Nebamun, British Museum (en anglais)
Pour aller plus loin
- Arpag Mekhitarian, La Peinture égyptienne, Skira, 1954.
- Euphrosyne Doxiadis, Portraits du Fayoum, Gallimard, 1995.
- Marie-Hélène Rutschowscaya, Coptic Fabrics, 1990.
- Voir aussi Chronologie des mouvements artistiques, La peinture au Moyen-Orient et Les Arts.