Image d’en-tête : Eugène Delacroix, Le Sultan du Maroc Moulay Abd-er-Rahman sortant de son palais de Meknès, 1845, musée des Augustins, Toulouse (Wikimedia Commons, Public domain)
L’art au Maroc : zelliges, Delacroix et les peintres de Tanger
Au carrefour de l’Afrique, de l’Europe et du monde arabe, le Maroc a développé un art d’une extraordinaire richesse décorative : zelliges, stucs ciselés et bois peints des médersas de Fès, tombeaux saadiens de Marrakech, tapis et bijoux berbères. En 1832, son voyage au Maroc bouleverse Eugène Delacroix ; un siècle plus tard, Henri Matisse y trouve à son tour une lumière nouvelle. Et c’est à Tanger que naît, avec Mohammed Ben Ali Rbati, la peinture marocaine moderne.

L’art des dynasties : médersas et zelliges

Sous les Mérinides (XIIIe-XVe siècle), Fès se couvre de médersas, collèges religieux dont les cours sont de véritables joyaux : la médersa Bou Inania et la médersa Attarine associent zelliges (mosaïques de céramique émaillée aux motifs géométriques), stucs sculptés comme de la dentelle et bois de cèdre peints. À Marrakech, les Tombeaux saadiens (XVIe siècle) poursuivent cette tradition d’un raffinement inouï.
Delacroix au Maroc (1832)

En 1832, Delacroix accompagne une ambassade française auprès du sultan Moulay Abd-er-Rahman. Il remplit sept carnets de croquis et d’aquarelles, aujourd’hui au Louvre et à Chantilly : « Les Romains et les Grecs sont là, à ma porte », écrit-il. De ce voyage naîtront pendant trente ans des chefs-d’œuvre : Noce juive, Le Sultan du Maroc, Les Fanatiques de Tanger, des chasses aux lions et des fantasias.
Matisse à Tanger (1912-1913)

Au cours de deux séjours à Tanger, Henri Matisse peint à l’hôtel Villa de France une trentaine de toiles, dont Paysage vu d’une fenêtre, Zorah sur la terrasse et Le Café marocain. La lumière du Maroc et l’art décoratif islamique nourriront toute son œuvre (voir le fauvisme).
Mohammed Ben Ali Rbati, le premier peintre marocain

Cuisinier de profession, Mohammed Ben Ali Rbati (1861-1939) est découvert par le peintre irlandais John Lavery, dont il est le cuisinier à Tanger. Il expose à Londres en 1916 et devient le premier peintre marocain de chevalet. Ses scènes de la vie tangéroise (fêtes, mariages, marchés, cafés), d’un style naïf et minutieux, sont d’une grande fraîcheur.
La peinture marocaine moderne
Le peintre Jacques Majorelle crée à Marrakech son célèbre jardin bleu, racheté plus tard par Yves Saint Laurent. Après l’indépendance (1956), l’École des beaux-arts de Casablanca, avec Farid Belkahia, Mohamed Melehi et Mohamed Chabâa, invente un art moderne nourri des traditions berbères et artisanales ; Ahmed Cherkaoui et Chaïbia Talal marquent aussi cette période. Ces œuvres ne sont pas encore dans le domaine public.
Les grands artistes
- Eugène Delacroix (1798-1863)
- Mohammed Ben Ali Rbati (1861-1939)
- Henri Matisse (1869-1954)
- Jacques Majorelle (1886-1962)
- Ahmed Cherkaoui (1934-1967)
- Farid Belkahia (1934-2014)
- Mohamed Melehi (1936-2020)
- Chaïbia Talal (1929-2004)
Chronologie
- 789 — Fondation de Fès
- 1351-1357 — Médersa Bou Inania
- XVIe siècle — Tombeaux saadiens
- 1832 — Voyage de Delacroix au Maroc
- 1912-1913 — Matisse à Tanger
- 1916 — Exposition de Ben Ali Rbati à Londres
- 1956 — Indépendance du Maroc
- 1962-1969 — École de Casablanca
- 2014 — Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain à Rabat
Galerie






À voir
- Delacroix au Maroc (vidéos YouTube)
- Matisse à Tanger (vidéos YouTube)
- Les médersas de Fès (vidéos YouTube)
- Le musée Mohammed VI, Rabat (vidéos YouTube)
Pour aller plus loin en ligne
Pour aller plus loin
- Maurice Arama, Delacroix. Le voyage au Maroc, 1987.
- Jack Cowart (dir.), Matisse au Maroc, 1990.
- Toni Maraini, Écrits sur l’art, 1989.
- Voir aussi Chronologie des mouvements artistiques, Afrique du Nord, La Peinture Africaine et Les Arts.