Orazio Puglisi

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Iran

Image d’en-tête : Sultan Muhammad, La Cour de Gayumars, Shahnameh de Shah Tahmasp, vers 1522-1525, musée Aga Khan, Toronto (Wikimedia Commons, Public domain)

La peinture en Iran : l’âge d’or de la miniature persane

Peu de civilisations ont aimé la peinture autant que la Perse. Pendant près de mille ans, les peintres iraniens ont illustré les grands poèmes de leur littérature, le Livre des Rois de Ferdowsi, les romans de Nizami, les poèmes de Saadi et de Hafez, dans des miniatures aux couleurs de pierres précieuses, aux jardins fleuris et aux ciels d’or. De Behzad à Reza Abbasi, de la cour timouride de Hérat à la cour séfévide d’Ispahan, la miniature persane est l’un des sommets de l’art universel.

Behzad, Construction du fort de Khawarnaq
Kamāl ud-Dīn Behzād, La Construction du château de Khawarnaq, vers 1494, British Library (Wikimedia Commons, Public domain)

Des Mongols aux Timourides

Après la conquête mongole (XIIIe siècle), les ateliers de Tabriz s’ouvrent à l’art chinois : nuages en volutes, rochers tourmentés, paysages profonds. Le grand Shâhnâmeh des Ilkhanides (vers 1330) en est le chef-d’œuvre. Sous les Timourides, au XVe siècle, la miniature atteint la perfection à Hérat, en Afghanistan actuel, où Behzad (vers 1450-1535) révolutionne l’art : ses compositions vivantes, ses personnages individualisés et ses scènes de la vie quotidienne (bâtisseurs, mendiants, derviches) font de lui le plus célèbre peintre de l’Orient.

Le Shâhnâmeh de Shah Tahmasp

Shahnameh de Shah Tahmasp
Page du Shâhnâmeh de Shah Tahmasp, vers 1525-1535 (Wikimedia Commons, Public domain)

Vers 1522, le jeune Tahmasp Ier commande le plus somptueux manuscrit de l’histoire de l’art persan : un Shâhnâmeh de 258 miniatures, auquel travaillent pendant vingt ans les meilleurs peintres de Tabriz, dont Sultan Muhammad, auteur de La Cour de Gayumars, considérée comme la plus belle miniature persane jamais peinte. Offert en 1568 au sultan ottoman, le manuscrit fut démembré en 1959 et ses pages dispersées dans le monde entier.

Mir Sayyid Ali et la cour séfévide

Mir Sayyid Ali
Mir Sayyid Ali, scène de genre, vers 1540 (Wikimedia Commons, Public domain)

Les peintres de Tahmasp, comme Mir Sayyid Ali et Abd al-Samad, partent ensuite pour l’Inde, où ils fondent la peinture moghole à la cour d’Humayun et d’Akbar. Leurs scènes de palais, de campements nomades et de jardins fourmillent de détails pittoresques et pleins d’humour.

Reza Abbasi et l’école d’Ispahan

Reza Abbasi, Les Amants
Reza Abbasi, Les Deux Amants, 1630, Metropolitan Museum of Art (Wikimedia Commons, Public domain)

Sous Shah Abbas Ier (1587-1629), la capitale est transférée à Ispahan, « la moitié du monde ». Le goût change : on collectionne désormais des feuilles isolées, réunies en albums. Reza Abbasi en est le maître : ses jeunes gens élégants, ses amants enlacés, ses derviches et ses portraits, dessinés d’une ligne souple et calligraphique, ont une sensualité nouvelle.

Les peintures murales de Chehel Sotoun

Chehel Sotoun, peintures murales
Peintures murales du pavillon de Chehel Sotoun, Ispahan (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

Le pavillon des « Quarante Colonnes » (Chehel Sotoun), à Ispahan, construit en 1647 par Abbas II, abrite de grandes fresques historiques : la bataille de Chaldiran contre les Ottomans, l’accueil de l’empereur moghol Humayun par Shah Tahmasp, des banquets royaux. Ce sont les plus grandes peintures séfévides conservées.

L’art qadjar et Kamal-ol-molk

Portrait de Fath Ali Shah
Portrait de Fath Ali Shah Qadjar, début du XIXe siècle (Wikimedia Commons, Public domain)

Sous la dynastie des Qadjars (1789-1925), la peinture à l’huile s’impose : grands portraits en pied de Fath Ali Shah à la barbe immense, princesses, danseuses et natures mortes, dans un style hiératique et décoratif très original. La peinture laquée et la peinture des cafés (qahveh-khaneh), qui illustrait les récits épiques, sont très populaires. Kamal-ol-molk (1848-1940), formé en Europe devant Rembrandt et Titien, introduit le réalisme et fonde en 1911 une école d’art à Téhéran.

Les grands artistes

Chronologie

  • vers 1330 — Grand Shâhnâmeh des Ilkhanides
  • 1469-1506 — Cour timouride de Hérat, Behzad
  • 1501 — Fondation de la dynastie séfévide
  • vers 1522-1540 — Shâhnâmeh de Shah Tahmasp
  • 1598 — Ispahan devient capitale
  • 1647 — Pavillon de Chehel Sotoun
  • 1789 — Dynastie qadjare
  • 1911 — Kamal-ol-molk fonde l’École des arts de Téhéran
  • 1977 — Ouverture du musée d’Art contemporain de Téhéran

Galerie

Reza Abbasi, Jeune homme à l'épée
Reza Abbasi, Jeune homme à l’épée, Detroit Institute of Arts (Wikimedia Commons, Public domain)
Dust Muhammad, Haftvad
Dust Muhammad, L’Histoire de Haftvad et du ver, Shâhnâmeh de Shah Tahmasp (Wikimedia Commons, Public domain)
Behzad, Bahram Gur à la chasse
Behzad (attribué), Bahram Gur à la chasse (Wikimedia Commons, Public domain)
Jalal al-Din Mirza
Portrait de Jalal al-Din Mirza, fils de Fath Ali Shah (Wikimedia Commons, Public domain)
Mir Sayyid Ali
Mir Sayyid Ali, portrait, vers 1550 (Wikimedia Commons, Public domain)
Chehel Sotoun, Shah Ismail
Shah Ismail Ier, peinture murale de Chehel Sotoun (Wikimedia Commons, Public domain)
Kamal-ol-molk
Peintures de Kamal-ol-molk au palais du Golestan, Téhéran (Wikimedia Commons, CC BY 4.0)

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