Image d’en-tête : Gustave Moreau, L’Apparition (Salomé et la tête de saint Jean-Baptiste), vers 1876 (Wikimedia Commons, Public domain)
Le Symbolisme (vers 1880-1910), l’art du rêve et du mystère
À la fin du XIXe siècle, en réaction contre le réalisme, le naturalisme et l’impressionnisme, qui ne montrent que le monde visible, des poètes et des peintres veulent « vêtir l’idée d’une forme sensible ». Le symbolisme explore le rêve, le mythe, l’âme, la mort et le désir, à travers des figures étranges : sphinx, chimères, femmes fatales, anges et visions. Né à Paris, il gagne Bruxelles, Vienne, Munich, Moscou et Oslo, et prépare le surréalisme et l’art abstrait.

Un mouvement de poètes
Le mot est lancé par le poète Jean Moréas dans un manifeste publié par Le Figaro le 18 septembre 1886. Mais le symbolisme a pour père Charles Baudelaire, dont le poème Correspondances affirme que « les parfums, les couleurs et les sons se répondent ». Stéphane Mallarmé, qui reçoit chaque mardi les artistes dans son salon de la rue de Rome, Paul Verlaine (« De la musique avant toute chose »), Arthur Rimbaud, Maurice Maeterlinck et Émile Verhaeren en sont les grandes voix. La musique de Wagner, puis celle de Debussy — Prélude à l’après-midi d’un faune, Pelléas et Mélisande — en sont l’écho sonore.
Les peintres français : Moreau, Puvis, Redon

Dans son atelier de la rue de La Rochefoucauld, aujourd’hui musée, Gustave Moreau peint des Salomé, des Orphée et des Jupiter couverts de bijoux et d’ornements, dans un monde d’or et de pierreries. Il sera le maître de Matisse et de Rouault. Pierre Puvis de Chavannes décore le Panthéon de grandes fresques aux couleurs pâles et aux figures immobiles. Odilon Redon, dans ses « noirs » au fusain et ses lithographies, fait naître des yeux-ballons, des araignées souriantes et des têtes flottantes, avant de passer, après 1890, à des pastels aux couleurs de rêve. Les Salons de la Rose-Croix du Sâr Péladan (1892-1897) réunissent les symbolistes de toute l’Europe.
La Belgique, l’Allemagne et la Suisse

Bruxelles est l’autre capitale du symbolisme : Fernand Khnopff peint des femmes-sphinx énigmatiques et des villes mortes, Félicien Rops des diableries érotiques, Jean Delville des visions ésotériques. En Suisse, Arnold Böcklin peint L’Île des morts, et Ferdinand Hodler des figures hiératiques aux gestes rythmés. À Munich, Franz von Stuck expose Le Péché, femme nue enlacée par un serpent.
Munch, Klimt et la fin du siècle

Le Norvégien Edvard Munch fait du symbolisme le cri de l’angoisse moderne : Le Cri (1893), visage terrifié sous un ciel rouge sang, est devenu l’une des images les plus célèbres de l’art. À Vienne, Gustav Klimt et la Sécession viennoise marient le symbolisme à l’ornement de l’Art nouveau, dans Le Baiser et la Frise Beethoven. En Angleterre, les préraphaélites — Dante Gabriel Rossetti, Edward Burne-Jones — avaient ouvert la voie dès 1848. Le symbolisme, par son exploration de l’inconscient et sa liberté face à la réalité visible, annonce à la fois le surréalisme et l’abstraction de Kandinsky.
Les grands artistes
- Gustave Moreau (1826-1898)
- Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898)
- Odilon Redon (1840-1916)
- Arnold Böcklin (1827-1901)
- Félicien Rops (1833-1898)
- Fernand Khnopff (1858-1921)
- Ferdinand Hodler (1853-1918)
- Franz von Stuck (1863-1928)
- Edvard Munch (1863-1944)
- Gustav Klimt (1862-1918)
- Edward Burne-Jones (1833-1898)
- Jean Delville (1867-1953)
Chronologie
- 1857 — Baudelaire, Les Fleurs du mal
- 1876 — Moreau, L’Apparition
- 1879 — Redon, album de lithographies Dans le rêve
- 1880-1886 — Böcklin, L’Île des morts (cinq versions)
- 1884 — Huysmans, À rebours
- 1886 — manifeste du symbolisme de Jean Moréas
- 1892 — premier Salon de la Rose-Croix
- 1893 — Munch, Le Cri
- 1896 — Khnopff, Des caresses
- 1898 — mort de Moreau, de Puvis de Chavannes et de Mallarmé
- 1902 — Klimt, Frise Beethoven ; Debussy, Pelléas et Mélisande
Galerie






À voir
- Gustave Moreau (vidéos YouTube)
- Odilon Redon (vidéos YouTube)
- Le symbolisme en peinture (vidéos YouTube)
À télécharger (livres du domaine public, PDF)
- Télécharger le PDF — Arthur Symons, The Symbolist Movement in Literature, Londres, 1899. (lire en ligne)
Pour aller plus loin en ligne
Pour aller plus loin
- Jean Cassou, Encyclopédie du symbolisme, Somogy, 1979.
- Rodolphe Rapetti, Le Symbolisme, Flammarion, 2005.
- Joris-Karl Huysmans, À rebours, 1884.
- Voir aussi Chronologie des mouvements artistiques, Art nouveau, Symbolisme russe et Art nouveau, Le Post-impressionnisme et Les Arts.