Orazio Puglisi

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Généralités

Image mise en avant : CharlesVI_et_Odette_de_Champdivers

La liste des monarques de France réunit les rois et les empereurs qui ont régné sur la France, au travers des différentes constructions politiques, territoriales et dynastiques qui se succédèrent : MérovingiensCarolingiensCapétiens (Capétiens directsValoisBourbonsOrléans) et Bonaparte. Parmi les différents moments de cette monarchie française, on distingue l’époque des royaumes francs au haut Moyen Âge, la Francie occidentale issue du partage au IXe siècle de l’Empire carolingien, le royaume de France en tant que tel jusqu’à la Révolution française, puis le Premier Empire, la Restauration, la monarchie de Juillet et enfin le Second Empire. Le dernier monarque ayant régné en France est l’empereur Napoléon III, déchu officiellement le , après la défaite de Sedan. Jusqu’alors, la France avait toujours été un royaume ou un empire, hormis durant deux périodes : la Première République, du  au , et la Deuxième République, du  au  (voir la liste des présidents de la République française).

La date de commencement de la France en tant que royaume et entité politique constituée est sujette à controverse. La date la plus reculée admise est celle de l’avènement de Clovis en 481, qui correspond globalement à l’émergence et la consolidation du Regnum Francorum. Sa conversion au christianisme lui a permis de réunir au royaume des Francs le royaume des Wisigoths, le royaume des Burgondes, le royaume de Soissons et les restes du pouvoir impérial exercés par les évêques dans les différentes cités gallo-romaines. Le territoire continue sur plusieurs siècles à s’appeler la Gaule, mais on possède depuis cette date des actes de la chancellerie de France qui attestent l’existence et la continuité d’un État franc, puis français.

 

Historiographie

Tableau de l’histoire de France depuis les Gaulois jusqu’à 1819.

Histoire des listes de souverains

Sous la royauté

Sous la royauté, diverses listes de souverains français ont existé et toutes n’étaient pas cohérentes ; ainsi la liste des rois représentés dans la Grand-Salle du Palais de la Cité ne coïncide pas avec celle du Registre de Guérin réalisé par le clerc Étienne de Gallardon sur ordre de l’évêque de Senlis1,2. Ces diverses listes avaient pour particularité d’intégrer les prédécesseurs païens de Clovis Ier, à commencer par FaramondNote 1, et de suivre la suite des rois de Neustrie en excluant ceux d’Austrasie3. Les différences portaient sur la prise en compte ou non de Charles Martel, représenté comme roi à la basilique Saint-Denis ou sur le reliquaire de Saint Louis à la Sainte-Chapelle4, de Charles de Basse-Lotharingie, intégré dans le Registre de Guérin1, ou de roi associé mais n’ayant pas régné, comme Philippe, frère aîné de Louis VII représenté à la Grand-Salle5,3. Du haut Moyen Âge jusqu’à la Renaissance, la légende de l’origine troyenne des Francs et des Gaulois permit également aux Francs puis aux Français de faire de leurs souverains les héritiers des rois de Troie et des Gaules ; ainsi, Jean Lemaire de Belges raconta l’histoire des rois des Gaules ancêtres des rois de Troie et de France6. Les listes produites par les serviteurs directs de la monarchie française s’en tenaient cependant aux seuls rois des Francs et de France. La liste de l’Almanach royal, paraissant sous l’Ancien Régime et la Restauration, ne donnait que les rois et les reines depuis Hugues Capet2.

Par les historiens

Depuis, plusieurs listes ont été établies par les historiens et pour une chronologie précise, notamment des règnes du haut Moyen Âge, on peut consulter :

  • Hervé PinoteauLa symbolique royale française, Ve – XVIIIe siècles, P.S.R. éditions, 2004, p. 867-873 ;
  • Christian Settipani et Patrick Van Kerrebrouck, La préhistoire des Capétiens, 481-987, 1re partie Mérovingiens, Carolingiens et Capétiens [« Nouvelle histoire généalogique de l’auguste maison de France », I, 1], 1993, p. 38-39 ;
  • Erich Zöllner, Geschichte der Franken bis zur Mitte des sechsten Jahrhundert, Munich, 1970, p. 106-108 ;
  • Margarete Weidmann, « Zur Chronologie der Merowinger im 7. und 8. Jahrhhundert », Francia, 1998, t. 25/1 Mittelalter-Moyen Âge, Sigmaringen, 1999, p. 177-230.

Le baron Hervé Pinoteau donne par exemple quatre-vingt-cinq souverains de Clovis Ier à Charles X en incluant les rois d’Austrasie, les empereurs LothaireNote 2 et Charles III le Gros, ainsi que les rois associés sous les premiers Capétiens directs7.

Titulature

Titres officiels

Le titre officiel des souverains français est le même depuis le tout premier roi franc jusqu’à la Révolution. En latin, on emploie le terme de rex Francorum, qui peut se traduire, selon les époques, soit par « roi des Francs », soit par « roi des Français », terme qui est par la suite décliné en rex Franciæ. Aucune source en français ne permet de savoir comment les rois s’intitulaient en langue romane avant le XIe siècle. Dans la Chanson de Roland, la titulature hésite entre « roi de France », « roi des Français » et « roi des Francs »8. Après 1789, le titre change en fonction des régimes, entre « roi de France », « roi des Français » et « empereur des Français ». Ces titres ont pu être complétés de titres complémentaires correspondant aux souverainetés étrangères acquises par le monarque.

Titres officieux

Au-delà du titre officiel, les rois de France bénéficiaient de deux qualifications accordées par les papes :

  • « Fils aîné de l’Église »14,15, parce que les rois de France étaient les successeurs directs de Clovis Ier, premier roi d’Occident baptisé et converti au christianisme nicéen16,17,18. Le titre de « fils aîné de l’Église » n’était pas officiel mais il s’imposa progressivement comme désignant sans équivoque le roi de France. Pour être tout à fait exact, on aurait dû préciser « Fils aîné de l’Église d’Occident » ;
  • « Roi Très chrétien »19,20,21,22, ce titre désigne à partir de Charles V le seul roi de France. Le titre de « Très chrétien » n’était pas officiel mais en revanche le prédicat « Sa Majesté Très Chrétienne » était officiellement utilisé dans les traités.

Numérotation

Règles de numérotation

Dès la fin du Moyen Âge, on commença à numéroter les rois depuis les Mérovingiens, à partir des ancêtres mythiques de la « Première race de France »23. Cette numérotation débute avec le mythique Faramond, premier roi franc païen, et omet plusieurs rois, car elle ne retient que le seul souverain de Paris ou de la Neustrie durant les périodes de partages successoraux du royaume des Francs. Ainsi, dans la grand-salle du palais de la Cité, la numérotation des rois Thierry et Dagobert ne tenait pas compte des rois des Francs d’Austrasie. Sous l’Ancien Régime, les rois de France tiennent les seuls rois de Neustrie pour leurs prédécesseurs et Charles VII est donné comme étant le « 57e roi de France », suivant la numérotation émise par Jean du Tillet24. On trouve ainsi les mentions de « Louis XIV68e roi de France » du vivant du roi25, et Louis XVI était connu comme le « 70e roi de France »26.

Compte tenu du fait que les rois d’Austrasie se considéraient et se titraient « rois des Francs », ils sont désormais donnés et numérotés dans les listes de souverains francs et français. Ainsi, Hervé Pinoteau donne Louis XVI 82e ou 83e roi de France27,Note 7. Après le partage de 843, les rois des Francs de l’Ouest, à partir de 911 et le règne de Charles III le Simple, sont les seuls à se titrer « rois des Francs ». Ils sont comptés dans la liste des rois français, les autres royaumes issus du partage ayant perdu conscience de leur lien avec le royaume des Francs originel, essentiellement basé en Gaule.

À noter:

Origine de la numérotation

La numérotation des grands personnages homonymes ne débute qu’au XIIIe siècle30. En France, celle des rois apparaît sous le règne de Louis IX, roi de  à 30. À la suite notamment de l’Histoire et culture historique dans l’Occident médiéval de Bernard Guenée30,31,32, les historiens s’accordent pour considérer le dominicain et encyclopédiste Vincent de Beauvais comme le premier chroniqueur connu à numéroter les rois de France30,31 ; Primat de Saint-Denis la systématise30,31,32.

Il est admis33 que Charles V, roi de France de  à , est le premier à se donner un numéro d’ordre34,35Louis XI, roi de France de  à , est le premier des « Louis » à prendre un numéro d’ordre34 ; son successeur, Charles VIII, roi de France de  à , le premier à graver son numéro d’ordre sur la matrice de son sceau34 ; et son successeur, Louis XII, roi de France de  à , le premier à graver son nom associé à son numéro d’ordre sur les monnaies royales34. Le numéro d’ordre de François Ier, roi de France de  à , ne lui a été attribué qu’après sa mort, par rétronymie, afin d’éviter la confusion avec son petit-fils, François II, roi de France de  à 34.

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