Orazio Puglisi

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Rome

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Rome est l’une des rares capitales du monde qui a été constamment habitée depuis près de trois millénaires. Les spécialistes considèrent que Rome était, à l’époque impériale (c’est-à-dire pendant la période comprise entre les débuts de l’époque chrétienne et le VIe siècle), la plus grande ville du monde, comptant entre un et deux millions d’habitants[38] (à peu près la taille de Londres au début du XIXe siècle, lorsque Londres était la plus grande ville du monde).

Miniature de la construction de Rome du manuscrit enluminé de l’Histoire ancienne jusqu’à César de Saint-Jean-d’Acre (Ms 562), 1260-1270, conservé à la Bibliothèque municipale de Dijon

Rome a commencé à avoir des caractéristiques strictement urbaines avant même l’avènement de la dynastie étrusque des Tarquins (fin du VIIe siècle av. J.-C.). Vers le milieu du VIe siècle av. J.-C., sous le roi Servius Tullius, on estime que Rome comptait déjà au moins 30 000 habitants, ce qui en faisait l’un des centres les plus importants de la région étrusque et du Latium. Moins de trois siècles plus tard, à la veille des guerres puniques (vers 270 avant J.C.), la ville apparaissait déjà, avec 187 000 habitants, comme l’une des grandes métropoles de la Méditerranée occidentale, dépassée en population seulement par Carthage[39],[40].

À la fin de l’époque républicaine (seconde moitié du IIe siècle av. J.-C.), Rome devint le centre habité le plus peuplé du monde, et cela pendant presque toute l’ère impériale, certainement jusqu’au premier sac par les Wisigoths (410), sans doute encore jusqu’à la veille de la conquête des Vandales et du second pillage, presque un demi-siècle plus tard, en 455.

Sous Auguste, la population romaine s’élevait à environ un million d’habitants, atteignant son expansion maximale à l’ère antonine (milieu du IIe siècle apr. J.-C.), avec entre 1 200 000 et 1 700 000 habitants entassés dans environ 49 000 bâtiments (la plupart comprenant plusieurs étages)[41],[42]. La ville devra attendre le recensement de 1951 pour atteindre à nouveau ces niveaux démographiques. Au cours des deux cents années suivantes, la population connut un certain déclin, s’établissant au début du Ve siècle entre 700 000 et un million d’habitants. Au milieu de ce même siècle, quatre décennies après le sac de 410, la métropole capitoline abritait encore 650 000 habitants dans ses murs. Le deuxième sac des Vandales (455), beaucoup plus destructeur et sanglant que le précédent, et les longues années de guerre et de famine qui suivirent décimèrent la population romaine. Au début du VIe siècle, la ville n’abritait plus qu’environ 200 000 personnes. Selon Procope, après son premier sac de Rome en 546, le Goth Totila n’aurait laissé à Rome que cinq cents habitants presque morts de faim. La ville, après avoir subi plusieurs sacs, tant par les Goths que par les Byzantins, ne comptera plus que 30 000 habitants à la fin des guerres gothiques, ce déclin démographique entraînant une rétraction du tissu urbain vers l’anse du Tibre et le champ de Mars[43]. La population de la ville est restée à ces niveaux pendant presque tout le Moyen Âge. Au XIe siècle, le sac de Rome opéré par les Normands de Robert Guiscard décima encore plus la petite communauté romaine[44]. La renaissance qui a suivi, approchant au XIIe siècle les 80 000 habitants, a toutefois cessé au XIVe siècle en raison de la peste et des conflits entre les nobles romains, les papes et la ville. Une forte augmentation démographique s’est produite au XVe siècle et dans les premières décennies du siècle suivant. Selon le recensement pontifical réalisé entre la fin de 1526 et le début de 1527, à l’époque du Sac de Rome, la ville de Rome comptait 55 035 habitants, principalement composés de colonies originaires de différentes villes italiennes, à majorité florentine, mais réduits à 20 000 après cet événement tragique, devenant une petite ville.

La reprise est cependant assez rapide : en 1600, Rome avait atteint 110 000 habitants. L’augmentation de la population s’est toutefois ralentie au cours du XVIIe siècle et de la première moitié du XVIIIe siècle ; la ville n’atteignant que 156 000 habitants en 1750. Par la suite, cette hausse modeste a été maintenue, avec des hauts et des bas déterminés par certains événements historiques importants (dont l’invasion napoléonienne en premier lieu), pendant les cent vingt années qui ont suivi.

Après l’annexion de Rome au royaume d’Italie en 1870 et son choix comme capitale du pays, la ville connut un développement spectaculaire : les 210 000 habitants qu’elle comptait à cette date (quatrième place après Naples, Milan et Gênes) étaient passés à 500 000 au début du XXe siècle. Le million d’habitants est franchi dans les années 1930, Rome redevenant la plus grande municipalité de la péninsule.

Après la Seconde Guerre mondiale, Rome a continué à se développer et à augmenter sa population à la suite du boom économique, qui a conduit à la construction de nombreuses zones suburbaines dans les années cinquante et soixante. Les deux millions d’habitants sont atteints en 1960, et en 1980 la ville abritait 2,8 millions de personnes[45].

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