Eglise Saint Louis des Français

L’église Saint-Louis-des-Français (en italien : San Luigi dei Francesi) est une église romaine située entre le Panthéon et la place Navone. Elle est l’église nationale des Français à Rome. Prisée des touristes du monde entier, elle est connue pour ses trois œuvres murales inestimables du Caravage.
Histoire
Dessinée par Giacomo della Porta et principalement réalisée par Domenico Fontana, l’église fut construite entre 1518 et 1589 sur des terrains appartenant aux Médicis avant d’être consacrée en 1589[1]. Ce fut le cardinal Jules de Médicis, le futur pape Clément VII, qui en posa la première pierre, et ce fut grâce aux Valois Henri II, Henri III, Catherine de Médicis et au Duc Charles III de Lorraine que sa construction put être menée à bien sous la direction du cardinal Matthieu Contarelli[2]. Elle fut consacrée l’année de son achèvement comme l’église nationale des Français à Rome. Elle est dédiée à la Vierge Marie, à saint Denis et à saint Louis roi de France.
L’église, tout comme les autres églises françaises de Rome, est confiée à un recteur nommé par l’ambassadeur de France auprès du Saint-Siège en lien avec une structure nommée les Pieux Établissements de la France à Rome et Lorette.
Aménagement extérieur et intérieur, chapelles, orgue
On perçoit le caractère français dès la façade où l’on trouve plusieurs statues rappelant l’histoire de France : Charlemagne, saint Louis, sainte Clotilde et sainte Jeanne de Valois, œuvres de Pierre de L’Estache. On y trouve également la salamandre de François Ier aux deux extrémités. L’intérieur possède des fresques racontant l’histoire de saint Louis (par Charles-Joseph Natoire), saint Denis de Paris et Clovis.
L’intérieur, composé d’une nef, de deux bas-côtés et de chapelles latérales, est décoré en grande partie dans le style baroque par Antoine Derizet, et montre une profusion de marbre, de dorures et de stucs. Le Dominiquin a peint dans la deuxième chapelle de la nef de droite un de ses chefs-d’œuvre, des fresques racontant la légende de sainte Cécile. D’autres artistes œuvrèrent à la décoration de Saint-Louis-des-Français comme le Cavalier d’Arpin, Francesco Bassano le Jeune, Girolamo Muziano, Giovanni Baglione, Siciolante da Sermoneta, Jacopino del Conte, Pellegrino Tibaldi.
Les tableaux de la chapelle Contarelli forment un ensemble de trois toiles de grand format peintes par Caravage entre 1599 et 1602 sur une commande initiale du cardinal Matteo Contarelli pour l’église Saint-Louis-des-Français de Rome, qui est finalement honorée après sa mort par ses exécuteurs testamentaires. L’intervention du cardinal Del Monte, protecteur de Caravage, est déterminante dans l’obtention de ce contrat qui est le plus important de la jeune carrière du peintre, lequel n’a pas encore 30 ans. Les œuvres évoquent trois grandes étapes de la vie de l’apôtre saint Matthieu : son appel par Jésus-Christ (La Vocation de saint Matthieu), sa rédaction de l’Évangile guidée par un ange (Saint Matthieu et l’Ange), et son martyre (Le Martyre de saint Matthieu). Elles sont toujours conservées dans l’église Saint-Louis-des-Français.
Bien que Caravage travaille particulièrement vite, l’installation des toiles se fait lentement et par étapes : ce sont d’abord les deux toiles latérales représentant la Vocation et le Martyre qui sont accrochées en 1600, puis il est décidé d’y ajouter un tableau d’autel avec l’ange en remplacement d’une statue qui ne donne pas satisfaction ; mais ce tableau doit être refait car sa première version est rejetée. En 1603, l’ensemble est enfin mis en place de manière définitive et rencontre un grand succès, même si des critiques parfois virulentes sont émises contre ses aspects novateurs, en particulier contre le naturalisme de sa peinture ainsi que contre certains choix théologiques.
La renommée de Caravage, dont c’est la première commande à destination publique, augmente alors considérablement. Son œuvre commence à être véritablement connue, dans le milieu de la peinture romaine comme auprès du grand public.

La Vocation de saint Matthieu.

Saint Matthieu et l’Ange (seconde version).

Le Martyre de saint Matthieu.
Le commanditaire initial des tableaux, le cardinal Matteo Contarelli, porte le même nom que l’apôtre saint Matthieu : ce n’est évidemment pas une coïncidence dans la mesure où la chapelle est destinée à recevoir la tombe du cardinal, et donc à honorer sa mémoire. Par ailleurs, l’histoire de Matthieu est propre à plaire au prélat qui veut y associer son image : publicain de profession, et donc chargé de la collecte des taxes dans l’administration romaine, il provient d’une classe sociale élevée et, de tous les apôtres du Christ, c’est celui qui représente le mieux la culture[30]. En tant qu’évangéliste, Matthieu occupe une place primordiale : l’Église catholique lui a attribué la première place dans sa liturgie[31]. Son hypothétique antériorité historique dans la rédaction des évangiles est, quant à elle, très contestée depuis l’hypothèse de Griesbach[32].
L’apôtre Matthieu apparaît sous ce nom uniquement dans l’évangile selon Matthieu[33] : il est présenté assis à « un bureau de péage » où Jésus vient le chercher[n 9] ; l’évangile selon Marc reprend la scène à l’identique mais nomme le personnage « Lévi » (comme le fait l’évangile selon Luc[34]) et en précisant qu’il s’agit du « fils d’Alphée »[35]. Cette profession de collecteur de taxes est fort mal vue par les juifs, du fait de sa proximité avec le pouvoir romain au nom duquel elle s’exerce[36]. Dans chacune des versions de ce récit, Matthieu/Lévi suit immédiatement le Christ qui l’appelle ; Luc précise même qu’il le suit en « quittant tout »[37]. Un repas est ensuite organisé par Matthieu, qui réunit « publicains et pécheurs », et Jésus à qui on en fait le reproche explique qu’il n’est pas venu appeler les justes mais précisément les pécheurs. Cet épisode de l’appel de Matthieu par Jésus correspond bien à la scène représentée dans la Vocation de Caravage, même si bon nombre d’éléments dans cette scène (décor, personnages) relèvent de l’interprétation ou de l’imagination.
En revanche, la scène de la rédaction de l’Évangile sous la direction d’un ange, puis celle du martyre de Matthieu évangélisateur de l’Éthiopie[38] ne se trouvent dans aucun texte biblique. Mais la Légende dorée de Jacques de Voragine raconte que Matthieu est assassiné pour s’être opposé à l’amour du roi d’Éthiopie Hirtacus pour Iphigénie, la fille de son prédécesseur[39],[n 10].

